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| Pierre
Teilhard de Chardin La noosphère L’Internet comme support de l’intelligence collective | ||
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DORTIER,
Jean-François. |
" Depuis quelques années, explique Dortier, le paléontologue-jésuite et auteur du Phénomène humain, décédé en 1955, est devenu le prophète d’une pléiade de théoriciens d’Internet. Sa théorie de la noosphère (sphère des idées), n’est-elle pas l’anticipation de ce qu’Internet est en train de réaliser?, s’interroge-t-il. – Pour répondre à sa question, je dirais que oui, mais en précisant qu’il s’agit d’une sorte de réalisation de la noosphère au plan matériel. – Une ‘ conscience planétaire ’, née de l’interconnexion de millions de pensées individuelles et dont va émerger un nouveau stade de la pensée humaine, ce que Teilhard de Chardin nommait le point Omega. | |
Pour votre information, le livre est publié aux éditions du Seuil. Une des rééditions date de 1955, une autre est de 1970, et peut-être que d’autres ont suivi, je ne le sais pas. |
" Le phénomène humain, rédigé à la fin des années 30 et remanié en 1947-1948, offre une vision grandiose de l’évolution cosmique et humaine. La première partie de l’ouvrage (‘ La Prévie ’) nous plonge aux premiers temps de l’Univers, lorsque la matière s’organise : des particules élémentaires naissent des atomes; des atomes naissent les molécules. Puis apparaît la vie, et la deuxième partie décrit son expansion sur Terre. " Au fil du temps, les espèces animales et végétales prolifèrent et se complexifient. Les premières formes d’intelligences apparaissent. […] Puis un jour, une nouvelle espèce survient : ‘ L’homme entre sans bruit dans le monde. S’ouvre une nouvelle étape de l’histoire, celle de la Pensée (troisième partie). " | |
| Finalement, Teilhard de Chardin avait l’audace, dès 1930, d’exposer la théorie de l’évolution telle qu’elle est aujourd’hui acceptée. Mais il faut considérer, qu’à l’époque, elle ne l’était pas vraiment encore : elle l’était de quelques scientifiques, mais n’était surtout pas entrée dans le vocabulaire. Le Phénomène humain est, sans aucun doute, un classique.
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| Vers l’émergence d’une pensée universelle | ||
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" C’est ici que Teilhard de Chardin avance sa théorie de la noosphère, écrit Jean-François Dortier. Cette sphère des idées (en grec noos signifie idée) est définie comme une ‘ nappe pensante ’, à l’image de la biosphère et de l’atmosphère qui enveloppent la planète. La noosphère est apparue avec l’homme à la fin de l’ère tertiaire. Elle se développe avec toutes les formes de connaissances humaines qui se répandent sur la Terre : inventions techniques, morale, spiritualité, philosophie, sciences. Teilhard de Chardin survole à grands pas les grandes étapes de cette évolution psychique. | |
| " Des grains de pensée qui s’assemblent pour former une superconscience, tout cela ne fait-il pas songer à Internet? " | ||
| " Avec le 20e siècle, un nouvel âge de la pensée surgit : ‘ Nous passons, en ce moment même, par un changement d’âge, écrit Teilhard de Chardin. Âge de l’industrie, âge du pétrole, de l’électricité et de l’atome. Âge de la machine, âges des grandes collectivités et de la science. […] Ce grand organisme planétaire ne vit en définitive que pour et par une arme nouvelle. Sous le changement d’âge, un changement de pensée. ’ " Des mille pensées individuelles émerge une pensée collective, dont la Science est l’une des plus hautes conquêtes, explique Jean-François Dortier. Survient une nouvelle étape de l’évolution : la ‘ Survie ’. À ce stade, les pensées individuelles s’assemblent et fusionnent en une conscience collective.[…] L’esprit est illuminé. Tel est le point Omega. ‘ La noosphère tend à se constituer en un seul système clos. (…) Une collectivité harmonisée des consciences, équivalente à une sorte de superconscience. La Terre non seulement se couvrant de grains de pensée par myriades, mais s’enveloppant d’une seule enveloppe pensante, jusqu’à ne plus former fonctionnellement qu’un seul vaste grain de pensée, à l’échelle sidérale. La pluralité des réflexions individuelles se groupant et se renforçant dans l’acte d’une seule réflexion unanime. ’ " Des grains de pensée qui s’assemblent pour former une superconscience, tout cela ne fait-il pas songer à Internet?, intervient Jean-François Dortier, qui parle en sociologue. Un réseau d’ordinateurs interconnectés et d’où émergerait une conscience collective? L’analogie ne va pas manquer de susciter l’intérêt de théoriciens, dit-il. Dans un article consacré au phénomène, la philosophe américaine Joan Houston, qui dirige la Fondation de la recherche sur l’esprit, déclare que Teilhard de Chardin est ‘ devenu le saint patron de toute la coterie des théoriciens d’Internet ’. " Dès 1995, on voit fleurir – sur le Web justement – de nombreux sites consacrés à Pierre Teilhard de Chardin : la noosphère, l’intelligence collective et la cyberculture. Ces sites présentent un curieux mariage de spiritualité et de culture high-tech, précise J.-F. Dortier. Il est question de ‘ conscience planétaire ’, ‘ d’Esprit émergeant ’, ‘ d’intelligence collective ’, de ‘ cerveau global ’, de ‘ l’esprit du Cyberspace ’. | ||
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Teilhard de Chardin, prophète du Net | |
Derrick de Kerckhove : | " Le Net est grand et Teilhard de Chardin est son prophète " – un sous-titre que je trouve hautement tripatif. À ce propos, Jean-François Dortier cite plusieurs auteurs, dont Derrick de Kerckhove, auteur de L’intelligence des réseaux, qui est directeur du Programme McLuhan à l’Université de Toronto et qui parle des liens entre culture et technologie qu’il baptise " webitude ", cette " nouvelle condition cognitive " qui résulte de l’interconnexion de " millions d’intelligences humaines " à travers Internet. " Ce réseau repose sur plusieurs principes, résume Jean-François Dortier : l’interactivité (la personne qui reçoit et agit sur son environnement numérique); l’hypertextualité (tous les contenus de connaissances sont liés les uns aux autres et rendent possible ‘ la convergence de toutes les données ’); la connectivité (les personnes sont connectées entre elles). En somme, la pensée n’est plus hiérarchique mais interactive; le savoir n’est plus localisé mais dispersé. Il n’appartient plus à une élite mais est partagé et produit par tous. " | |
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" Pierre Lévy reprend ces thèmes, qui lui sont chers, dans World philosophie, poursuit Jean-François Dortier. Ce philosophe s’est imposé comme l’un des principaux gourous d’Internet à travers une série d’ouvrages : La Machine univers (1987), Les Technologies de l’intelligence (1990), L’intelligence collective (1997), Cyberculture (1999) Tous ces essais sont à mi-chemin entre la philosophie technique et l’utopie sociale. Dès La Machine univers, il soutenait que l’avènement de l’ordinateur est comparable à l’invention de l’écriture ou de l’imprimerie. Il va permettre un nouveau bond dans l’histoire de la pensée humaine. À condition, toutefois, d’ancrer l’outil technique dans un projet social : celui d’une culture informatique fondée sur l’échange des savoirs. Car P. Lévy situe ses analyses dans le cadre d’une utopie sociale totalement assumée. " L’intelligence collective est définie comme ‘ une intelligence partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, qui aboutit à une mobilisation effective des connaissances. Le réseau, mieux que l’entreprise issue des forges tayloriennes (de l'ingénieur F. Taylor), est le réceptacle organisationnel d’une intelligence collective mobilisatrice. Personne ne sait tout et tout le monde sait quelque chose. ’ Voilà l’idée. | ||
| Certains
vont trouver que ça fait un peu nouvel-âgeux, mais je vous ai déjà
dit que le Nouvel Âge avait beaucoup influencé la réflexion
des gens qui sont maintenant engagés dans le cyberespace. | " Son dernier livre World Philosophy (sur le mode de ‘ World Music ’) prend même des accents prophétiques, de poursuivre Dortier. Il y est question du tissu des âmes où convergent toutes les sciences, les religions, les philosophies, les sagesses d’Orient et d’Occident : ‘ Après le feu, la magie, l’art, la ville, l’écriture, voici donc le cyberespace, où convergent à la fois le langage, la technique et la religion. Le cyberespace est l’ultime machine à explorer toutes les formes. ’ Plus loin, le ton devient quasi mystique : ‘ Nous sommes les fils et les filles de toutes les sciences et de toutes les techniques. Dans l’espace de communication universelle convergent en chacun de nous, nous parvenant du fond, de longues lignées de chanteurs, de danseurs, de comédiens et d’artistes. Nous sommes les fils et les filles de tous les poètes. Tous les efforts humains pour élargir notre conscience convergent dans une noosphère – il ose employer le mot – qui, désormais, nous habite, parce qu’elle est l’objectivation de la conscience et de l’intelligence collective de l’humanité. " | |
Comme le fait remarquer Dortier, ce passage que je viens de vous citer maintenant est tiré d’un chapitre qui traite justement de " La montée vers la noosphère ". " Car la référence à Teilhard de Chardin est explicite ", note l’auteur de cet article. " Internet, nouvelle étape de la pensée universelle? L’idée est séduisante : le réseau des réseaux n’est-il pas ce formidable outil de partage des savoirs, de mémorisation des données, de création collective dont nous parlent les prophètes du Web? On trouve sur le Net toute une série d’instruments utiles pour la connaissance : bases de données, sites de documentation, bibliographies en ligne, forums de discussion, journaux, revues, archives électroniques de toutes sortes. Mais cela suffit-il à produire une intelligence collective?, demande Jean-François Dortier.
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Par 4 chemins/ Le
1er avril 2001/3e heure | ||
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