Sciences occultes
La magie : le Tao
et les maths de Pythagore

C’est un curieux ouvrage qui s’intitule Secrets de la magie, et qui comprend trois livres : Dogme et Rituel de la haute magie, Histoire de la magie, La clé des grands mystères. L'ouvrage, qui compte 1 007 pages, sans compter le répertoire, la bibliographie et l'index, a été publié aux éditions Robert Laffont dans une collection que vous avez dû remarquer si vous fréquentez un peu les libraires, qui s’appelle " Bouquins ". Il s'agit ici d'un ouvrage qui rassemble presque tous les écrits majeurs d’un personnage qui s’appelle Eliphas Lévi.

 

À propos de l'auteur

LÉVI, Éliphas.
Secrets de la magie –
Dogme et rituel de la haute magie.
Histoire de la magie.
La clef des grands mystères
,
Éd. Robert Laffont,

Coll. " Bouquins ",
Paris,
2000

Éliphas Lévi était un homme bien particulier, dont on dit qu'il est le plus bel exemple des marginaux visionnaires et prodigieux comme en a produit le 19e siècle avant que le moule ne soit brisé.

" L’ex-abbé Alphonse-Louis Constant (1810-1875) a tenté, d’abord par le christianisme, puis par le socialisme, enfin par l’occultisme – vous voyez qu’il était très vaste –, d'élever la destinée de l'homme contemporain ", lit-on en quatrième couverture. Il a été emprisonné à trois reprises, sous trois régimes politiques successifs, pour ses écrits. On dit qu'il est l'apôtre du féminisme dans l'église et dans la vie sociale, et l'ami des grands réformateurs.

" Devenu Éliphas Levi et retiré du monde et de ses vanités – que j’aime donc cette formule-là de son présentateur – il consacre ses dernières années à rédiger, dans une prose éblouissante, Dogme et Rituel de la haute magie, Histoire de la magie et Les clés des grands mystères. Trois ouvrages considérables qui ont influencé des personnages aussi divers que Nerval, Baudelaire, Victor Hugo, André Breton. "

 L'équilibre magique

Voici un passage du premier livre qui porte sur l’équilibre magique.

" L’équilibre est la résultante de deux forces. Si les deux forces sont absolument et toujours égales, l’équilibre sera l’immobilité, et par conséquent, la négation de la vie. Le mouvement est le résultat d’une prépondérance alternée. – Tantôt un aspect tantôt un autre aspect; tantôt une force tantôt l’autre force. – L’impulsion donnée à l’un des plateaux d’une balance détermine nécessairement le mouvement de l’autre. Les contraires agissent ainsi sur les contraires dans toute la nature par correspondances et par connexions analogiques. La vie entière se compose d’une aspiration et d’un souffle; la création est la supposition d'une ombre pour servir de limite à la lumière – c’est fort ça! –, d’un vide pour servir d’espace à la plénitude de l’être, d’un principe passif fécondé pour appuyer et réaliser la puissance du principe actif générateur.

" Toute la nature est bissexuelle et le mouvement qui produit les apparences de la mort et de la vie est une continuelle génération. "

Les contraires agissent ainsi sur les contraires dans toute la nature par correspondances et par connexions analogiques. "
 
À propos
de la lecture de cet ouvrage
Il faut bien le dire, cet ouvrage n’est pas d’une lecture facile. Il ne peut en être autrement parce que c’est une matière qu’il faut digérer peu à peu. Quand Éliphas Lévi traite, par exemple, du principe passif et du principe actif, il rejoint le Tao. Donc, le fait d'avoir quelques connaissances du Tao aide à comprendre de quoi il s’agit. Parce qu’au fond, ce qu’il raconte maintenant, vous pouvez le retrouver dans le Tao. Par exemple, quand il parle d’analogie entre cette pensée et une autre, il s’agit de la dualité. Cela tient de la tradition occidentale, mais au fond c’est la même chose que le Tao mais exprimé un peu autrement. Bref, on retrouve ces connaissances dans notre patrimoine occidental.

 

Le mouvement

" Le mouvement, c'est un échange perpétuel : celui qui donne reçoit et celui qui reçoit donne. Connaître la loi de cet échange, savoir la proportion alternative ou simultanée de ces forces, c’est posséder les premiers principes du grand arcane magique qui constitue la grande divinité humaine. "

Vous voyez jusqu’où ça va...

Ces textes appellent l’étude...

Car le propos va au-delà de la simple lecture. Je crois qu'il convient de choisir un chapitre, de le lire en notant ce que l'on retient d'important, qui nous fait penser à autre chose, et de regarder dans un dictionnaire pour voir ce que tel mot veut dire et dans tel autre livre pour voir comment on en parle ailleurs, etc. C’est ainsi que, tout à coup, on finit par avoir le sentiment qu'on commence à entrer dans ce monde de la haute magie. Mais à petits pas…


La magie mathématique de Pythagore
 

Dans son deuxième volume, Histoire de la magie, un des trois ouvrages regroupés dans Les secrets de la magie (Éd. Robert Laffont, Coll. " Bouquins "), Éliphas Lévi consacre son 6e chapitre à la " Magie mathématicienne de Pythagore ".

Pythagore est un mathématicien sur lequel j'ai beaucoup trippé, à tel point que j'ai écrit un ouvrage De McLuhan à Pythagore (Éd. Ferron), dans lequel je me suis amusé à démontrer jusqu'à quel point certains des principes énoncés par McLuhan, de même que beaucoup de modernes et de post-modernes, étaient l'équivalent de ce qui avait été énoncé par le passé et en particulier par Pythagore. Si bien que j'ai passé cinq ans de ma vie avec Pythagore.

" Le grand vulgarisateur de la philosophie des nombres ", écrit Éliphas Lévi à son sujet et précise qu'il avait été initié aux secrets de la kabbale.

" Suivant [Pythagore] , l'expression la plus haute de la justice, c'est le culte; le plus parfait usage de la science, c'est la médecine; le beau, c'est l'harmonie, la force, c'est la raison; le bonheur, c'est la perfection; la vérité pratique, c'est qu'il faut se méfier de la faiblesse et de la perversité des hommes. […]

" De même qu'il y a trois notions divines et trois régions intelligibles, il y a aussi un triple Verbe... "

" Pythagore disait :‘  De même qu'il y a trois notions divines et trois régions intelligibles, il y a aussi un triple Verbe, car l'ordre hiérarchique se manifeste toujours par trois. Il y a la parole simple, la parole hiéroglyphique et la parole symbolique; en d'autres termes, il y a le Verbe qui exprime, le Verbe qui cache, et le Verbe qui signifie; toute l'intelligence hiératique est dans la science parfaite de ces trois degrés. ’ "

On prête è Pythagore un poème, des vers dorés, qu'il n'aurait pas lui-même écrit, mais qui seraient un collage de certains de ses enseignements, par des formules qui tiennent de la poésie.

On retient donc de Pythagore, ses vers dorés, ses symboles, ses enseignements sur les nombres.

" Ses vers dorés, nous dit É. Lévi, sont devenus des lieux communs de morale vulgaire, tant ils ont eu du succès à travers les âges. En voici une traduction :

‘ Aux dieux, suivant les lois, rends de justes hommages – il veut dire par là que l'on se doit de rendre hommage à la culture de la société dans laquelle on vit, et à l'époque, c'était les dieux;
respecte le serment, les héros et les sages;
Honore tes parents, tes rois, tes bienfaiteurs;
Choisis pour tes amis les hommes les meilleurs;
[…]
Sers de tout ton pouvoir la cause du bon droit;
Qui fait tout ce qu'il peut fait toujours ce qu'il doit –
c'est un de mes préférés…;
Mais sache réprimer comme un maître sévère,
L'appétit, le sommeil, Vénus et la colère;

[…]

Et seul, sois pour toi-même un rigoureux témoin – témoin des émotions des épreuves, des doutes...
Sois juste en actions et non pas en paroles;
Ne donne pas au mal de prétextes frivoles.
Le sort nous enrichit, il peut nous appauvrir –
car chaque fois qu'une chose nous réussit, une autre pourrait ne pas réussir…;
Mais, faibles ou puissants, nous devons tous mourir.


 – Et il y a aussi cette formule que j'aime beaucoup, comme si chacun avait une part de souffrance (la sienne) qu'il devait assumer, sans lui résister : –
À ta part de douleurs ne sois point réfractaire :
Accepte le remède utile et salutaire,
Et sache que toujours les hommes vertueux,
Des mortels affligés sont les moins malheureux.

Aux injustes propos que ton cœur se résigne;
Laisse parler le monde et suis toujours ta ligne.

 – Il nous invite à nous méfier de la foule (groupes, sectes, etc.) –

Mais surtout ne fais rien par l'exemple emporté,
Qui soit sans rectitude et sans utilité.

Fais marcher devant toi le conseil qui t'éclaire,
Pour que l'absurdité ne vienne pas derrière.

La sottise est toujours le plus grand des malheurs,
Et l'homme sans conseil répond de ses erreurs.

[…]

Prête à l'étude un temps que le bonheur doit rendre.
Ne sois pas négligent du soin de ta santé;
Mais prends le nécessaire avec sobriété.

Tout ce qui ne peut nuire est permis dans la vie;
Sois élégant et pur sans exciter l'envie.

Fuis et la négligence et le faste insolent :
Le luxe le plus simple est le plus excellent.

N'agis point sans songer à ce que tu vas faire,
et réfléchis, le soir, sur ta journée entière. ’ "

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Par 4 chemins/ Le 21 janvier  2001/3e heure
Micro : Jacques Languirand/ Transcription : Noëllise Turgeon/
Édition : Stéphanie Adam Le Roch/ Révision : Nicole Dumais

Documentation : Rosalie Dumontier /Infographie : Pascal Languirand
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