Évolution
L'humain serait le 17e hominidé,
soutient Ian Tattersall

Je vais maintenant vous entraîner dans une dimension fort tripative, quant à moi. J’ai fait une découverte dans le dernier numéro du Courrier de l’UNESCO. Incidemment, cette revue devient un magazine extrêmement intéressant et fort bien fait. À un moment, il avait un air de bulletin paroissial, si j’ose dire, dont la grande paroisse était la Terre. Maintenant, il est devenu beaucoup plus intéressant, plus fouillé. Par exemple, il m’a permis de découvrir Ian Tattersall.

  À propos de Ian Tattersall

TATTERSALL, Ian.
" Dans le labyrinthe de l'évolution humaine ",
Courrier de l'UNESCO,
N° 1205,
Décembre 2000

La première chose que je puis vous dire de Ian Tattersall, c’est qu’il appartient à l’espèce de l’homo sapiens, dans la cinquantaine, et qu’il est conservateur du département d’anthropologie du Musée d’Histoire naturelle de New-York, ce qui n’est pas rien.

" Signes particuliers : a hérité du temps passé dans la jungle avec nos cousins les primates, d’une part la faculté de percevoir la diversité de nos ancêtres humains et, d’autre part, un profond respect de la nature. Il n’hésite pas à qualifier notre espèce de monstrueuse lorsque son avidité et son comportement irrationnel mettent la planète en péril. "

Monstrueuse! Rien de moins…

J’ai retenu un petit détail de sa biographie qui m’intéresse énormément :

" Importance historique : est passé maître dans l’art de faire tomber notre espèce de son piédestal. "

Avec lui, on s’aperçoit qu’on est peu de chose finalement...

 La thèse de Tattersall

La thèse de Tattersall concernant l’évolution humaine nous apprend qu’il y a eu beaucoup de tentatives de type humain.

On sait par exemple, vaguement – mais je pense que les scientifiques en savent plus long que nous sur la question – qu’il y a eu à un moment l’homme de Néandertal qui est disparu, l’Homo sapiens étant resté le seul type humanoïde qui soit devenu vraiment humain. La thèse de Tattersall concernant l’évolution humaine nous apprend qu’il y a eu beaucoup de tentatives de type humain. D’après lui, il y aurait eu probablement 17 formes d'hominidés (je ne sais trop quel mot employer pour parler d’êtres qui ne sont pas encore des êtres humains mais rendus à une autre étape de leur évolution).

" La compétition entre plusieurs espèces humaines remonte à quelque cinq millions d’années et a pris fin avec l’apparition de l’être humain actuel. Voilà deux millions d’années, par exemple, au moins quatre espèces humaines différentes se côtoyaient au sein d’un même milieu ", explique Tattersall.

 

Quand je lis une chose comme celle-là je me dis : Mais qu’est-il advenu des autres espèces? En attendant de trouver une réponse à cette question, voici une information assez surprenante qu’on nous donne sur la " jeunesse " de l’être humain comme tel :

L’anatomie humaine se serait fixée à une époque qui remonte à 100 000 ans et la conscience serait apparue autour d’il y a 40 000 ans. Je comprends pourquoi on est si économe en matière de conscience…

" Qu'est-ce qui aurait présidé à cette révolution? ", demande-t-on à Tattersall à propos de la naissance de la conscience.

" Personne n'en sait rien avec certitude, mais l’hypothèse la plus convaincante est que l’invention du langage a tout déclenché. Le langage n’est pas seulement le moyen d’exprimer des idées ou des expériences : il est essentiel au processus même de la pensée que nous ne pouvons concevoir sans lui. – Bien parler pour bien penser, c’est à retenir, ça peut servir –. L’aptitude que nous avons à forger des représentations symboliques est à la source de nos facultés créatrices, car l’association de ces représentations entre elles nous permet de penser : ‘ Et si…? ’ " Si telle chose se produisait…?

Il y a des gens curieux, j’en suis. Si j’avais rencontré Ian Tattersall, je lui aurais posé moi-même la question, à savoir si l’homme primitif était plus noble, plus heureux que l’homme civilisé. Ici, un journaliste lui demande :
" L’homme primitif a-t-il connu un état de grâce avant l’avènement de la civilisation? "

" [Éclat de rire] Tout d’abord, cet état de grâce est un concept que les hommes inventent en sachant qu’il n’existe pas. La plupart d’entre nous sommes en état de disgrâce et nous le serons toujours… " [rires]

Il y a un point sur lequel j’aimerais attirer votre attention. On lui demande à un moment à quoi on doit cette agressivité qui est la nôtre et qui menace de nous entraîner à la destruction de notre environnement et de nous-mêmes, finalement. Il répond :

" Nous sommes psychologiquement très complexes, voire tordus. C'est dû en partie à la façon dont notre cerveau s’est construit au cours du temps, chaque structure venant s’ajouter à la précédente. Il serait simpliste de dire que nous souffrons d’un conflit intrinsèque entre nos anciennes et nos nouvelles structures cérébrales. Mais il est évident que les clés de nos contradictions se cachent dans l’organe de contrôle qu’est le cerveau. "

C’est peut-être simpliste, mais il le dit quand même. Ça m’a amené à retrouver avec beaucoup de plaisir une théorie qui me paraît importante : celle du cerveau triunique, sujet d'une de mes chroniques du Guide Ressources que je vous invite à lire.

 Notre cerveau triunique

J’étais très heureux de retrouver cette théorie car j’avais beaucoup trippé sur l’approche de McLean, et je n’avais pas encore trouvé de scientifique qui la relevasse [mon subjonctif du mois…].

Selon McLean, ces trois cerveaux hérités de l’évolution n’ont pas fait l’objet d’une intégration véritable. Et c’est, en d’autres termes, ce que nous dit Tattersall quand il soutient que :

" Il serait simpliste de dire que nous souffrons d’un conflit intrinsèque entre nos anciennes et nos nouvelles structures cérébrales. Mais il est évident que les clés de nos contradictions se cachent dans l’organe de contrôle qu’est le cerveau. "

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Par 4 chemins/ Le 21 janvier  2001/2e heure
Micro : Jacques Languirand/ Transcription : Noëllise Turgeon/
Édition : Stéphanie Adam Le Roch/ Révision : Nicole Dumais

Documentation : Rosalie Dumontier /Infographie : Pascal Languirand
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