Retour à la section "INDIVIDU"La Voie
du Samouraï

 

les neuf principes fondamentaux de Miyamoto Musashi

NEUF : 

Ne rien faire d'inutile

Lin-Yu-tang; IN Anton Kielce, Le Taoïsme (éd. M.A., coll. "Orient secret").  
Ce principe recoupe un des points capitaux de l’enseignement du bouddhisme zen : le wu-wei, hérité de la tradition chinoise par suite de l’influence taoïste sur le chan qui allait devenir au Japon le zen.

On traduit souvent wu-wei par "non-agir", mais ce principe doit plutôt s’entendre comme l’action naturelle, spontanée, "sans rien d’inutile"...

Dans les arts martiaux, l’inutile c’est de résister par l’affrontement. On doit plutôt, comme je l’ai signalé ailleurs, tenter de vaincre sans combattre. Si l’adversaire fonce sur vous, plutôt que de vous opposer à son mouvement, de lui résister par l’affrontement, vous devez au contraire vous esquiver prestement tout en le tirant dans le sens où son mouvement l’entraîne déjà; ce qui a pour effet de lui faire perdre l’équilibre. C’est le sens de wu-wei que suggère Lin-Yu-tang : "[...] le principe d’esquiver une force qui vient sur vous de sorte qu’elle ne puisse vous atteindre"... Mais ce principe, comme il le précise plus loin, trouve à s’appliquer à toutes les circonstances de la vie : dans "[...] l’art de maîtriser les circonstances sans leur opposer de résistance."

Dubuc, Alain; éditorial du 11 juin 1988, IN La Presse.    

la "loi d’économie"

"La productivité, c’est l’art de faire le plus possible avec le moins possible, d’augmenter la production avec le même nombre de travailleurs, la même quantité de machines ou de matières premières. C’est en quelque sorte l’ingrédient de la vraie croissance."

Alain Dubuc

Joël de Rosnay; Le macroscope – Vers une vision globale (éd. Seuil).

 

 


Ce principe de Musashi,
"Ne rien faire d’inutile", évoque la "loi d’économie" de la systémique, que l’on peut ramener à la formule suivante : "Le plus petit input pour le plus grand output".

L’approche systémique, comme le rappelle Joël de Rosnay, "ne doit pas être considérée comme une «science», une «théorie» ou une «discipline», mais comme une nouvelle méthodologie, permettant de rassembler et d’organiser les connaissances en vue d’une plus grande efficacité de l’action." Il explique plus loin que cette approche s’appuie sur la notion de système. "D’après la définition la plus courante, «un système est un ensemble d’éléments en interaction». Une ville, une cellule, un organisme sont donc des systèmes. Mais aussi une voiture, un ordinateur ou une machine à laver! On voit qu’une telle définition est trop générale. Aucune définition du mot système ne peut d’ailleurs être satisfaisante. Seule la notion de système est féconde."

Le schéma suivant permet de se représenter un système quel qu’il soit :

 

   

Shéma système

.

Shéma système

CAUSE
Input/intrant
(données, entrées)

ACTION
Boîte noire

EFFET
output/extrant
(résultats, sorties)

     

L’input représente tout ce qui entre dans un système, à savoir :

• énergie,
• ou information (messages),
• ou matière (grandeurs matérielles).

L’output, tout ce qui sort du système, après avoir subi une transformation dans la boîte noire, à savoir :

• énergie,
• ou information (messages),
• ou matière (grandeurs matérielles).

Quant à la boîte noire, elle représente le fonctionnement interne du système qui conditionne, ou simplement transforme, un phénomène agissant dans l’input en un autre phénomène dans l’output. (Il faut comprendre que l’output est rarement de même nature que l’input : il peut entrer, par exemple, de la matière dans un système et en sortir de l’énergie, comme c’est le cas pour un véhicule moteur, etc.)

À ces trois fonctions s’en ajoute une autre : le feedback, parfois appelé en français "rétroaction", "boucle de retour" ou "effet de retour". C’est l’effet de réaction sur la cause, qui permet de réguler le fonctionnement du système. L’exemple le plus simple est celui du thermostat : dès que la température souhaitée est atteinte, le système ainsi régulé s’arrête, se met en veilleuse ou fonctionne au ralenti. Sans cette fonction, le système ou ce qui en dépend se trouve menacé.

La loi d’économie revient à optimiser le fonctionnement de l’ensemble du système, c’est-à-dire : le plus petit input pour le plus grand output en passant, dans la boîte noire, par l’action la plus efficace, nécessitant pour elle-même le moins d’énergie.

"Ceux qui veulent connaître ma tactique doivent obéir aux principes suivants selon lesquels ils peuvent pratiquer la Voie..."  
"Tout phénomène peut être considéré en tant que système,
rappelle Joèl de Rosnay, dans la mesure où tout phénomène constitue un ensemble d’éléments en interaction." Une entreprise, une institution, un groupe social, est un système. De même un individu, car il reçoit de l’énergie, sous une forme ou sous une autre, qu’il conditionne ou transforme pour l’émettre, sous une forme ou sous une autre. Quelle que soit la nature du système, la loi d’économie trouve à s’appliquer. Elle permet d’en optimiser le fonctionnement en suggérant des interventions ponctuelles dans ses fonctions.
"Rien d’inutile"...

La vision que suggère la systémique est même parfois fulgurante. C’est ainsi qu’à la lumière de la loi d’économie, les systèmes bureaucratiques apparaissent soudain dans toute leur aberration : à une étape de leur évolution, il entre dans de tels organismes plus de messages ou de quantités mesurables qu’il n’en sort, sans compter que la transformation absorbe à elle seule une bonne partie de l’énergie disponible ou produite. Il devient vite évident que l’objet réel de ces organismes, parvenus au stade entropique, n’est plus fonction du mandat qui leur a été confié mais se ramène à assurer leur propre survie en tant que système. C’est ici, bien sûr, un cas limite...

J’ai souvent évalué pour moi-même – et aussi pour d’autres, dans le cadre de conférences ou d’ateliers de croissance – le fonctionnement individuel de ce point de vue : input – ce que je reçois (ou ce que j’ai reçu) de la société, des autres; output – ce que je donne à la société, aux autres. Cet exercice permet d’évaluer, à partir du rapport entre l’input et l’output, son propre fonctionnement dans le monde : est-ce que je donne (moins, autant, plus) que je ne reçois (n’ai reçu jusqu’ici)? Il permet de se voir plus objectivement, ce qui a souvent pour effet de stimuler la motivation et de renouveler l’engagement personnel, car on n’aime guère reconnaître que l’on reçoit (que l’on a reçu) davantage que l’on ne donne! Du moins, les années d’adolescence passées.

     

un principe de vie

"Aucun vain combat ne l’agite..."

Li Fêng Lao-jên

Ce vers du poète taoïste se rapporte au sage considéré ici comme le guerrier accompli.

La «loi d’économie» est aussi un principe de vie. Elle doit nous inspirer non seulement dans la gestion de nos entreprises mais aussi dans nos vies : nos attitudes, nos comportements. Devant une tâche à accomplir, nous devons nous demander comment y parvenir sans perte inutile d’énergie.

Le dernier des neuf principes de Musashi nous rappelle en effet que l’objet de la démarche est la sagesse, l’action n’étant dans la tradition du guerrier que le moyen d’y parvenir.

 

Témoignage de Jacques Languirand : "Je suis un système".

 

Les principes de Musashi

1 - Éviter toutes pensées perverses
2 - Se forger dans la voie en pratiquant soi-même
3- Embrasser tous les arts
4 - Connaître la voie de chaque métier

5 - Distinguer les avantages et les inconvénients
6- S’habituer au jugement intuitif
7 - Connaître d’instinct ce que l’on ne voit pas
8 - Prêter attention au moindre détail
9 - Ne rien faire d’inutile

"Sur le chemin le plus long on avance pas à pas. Réfléchissez-y sans vous hâter. Prenez la pratique de ces règles pour fonction de samouraï. [...]

"Forgez-vous par l’étude de mille jours et polissez-vous par l’étude de dix mille jours. Il faut bien y réfléchir."

 

    Retour au début