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La Belle au Bois dormant

Vaughan, Frances E.;  L’éveil de l’intuition (éd. La Table Ronde).


"[...] l’intuition est une connaissance qui jaillit de l’expérience du silence et de l’absence de formes".

Frances E. Vaughan


L’intuition est en chacun de nous. Elle est l’Intelligence présente dans tout l’univers. Elle n’a donc pas à être créée. Elle n’a pas non plus à être développée, mais à être
éveillée peut-être. Comme la Belle au Bois dormant. Ce qui revient plus exactement, pour chacun d’entre nous, à s’éveiller à Elle : l’éveil à l’intuition. Mais comment s’éveiller à Elle? Les mots ne permettent pas de l’atteindre. Elle est au-delà des mots, du discours, de tout le discursif. Au-delà de la dualité. Il faut plutôt écarter ce qui l’empêche de se manifester pleinement. Plus nous réduisons notre opacité, plus nous devenons transparents à nous-mêmes, plus l’intuition se révèle à nous. Encore une fois me reviennent à l’esprit les deux termes qui définissent les étapes de la démarche : purification et réalisation. Je n’ai pas à me préoccuper de la seconde étape, celle de la réalisation. Le moment venu, elle va se manifester d’elle-même. Je dois plutôt m’employer à la purification, à devenir petit à petit moins opaque afin que puisse se révéler l’intuition. Non plus par éclairs, à l’occasion, quand les conditions sont favorables, mais continuellement. Ce qui empêche cette présence continue de l’intuition, la réalisation de l’intuition, c’est mon opacité. Ou encore, pour employer une autre image : le canal par lequel l’intuition peut se manifester est obstrué. Je dois donc m’employer à le déboucher de sorte que l’intuition puisse se manifester. Ce qui me rend opaque, ce qui obstrue le canal, c’est d’abord le mental. Le menteur. Le flux pratiquement ininterrompu de la pensée discursive. "Ça pense en moi." Les pensées et les émotions : le doute, la peur, la colère, la déception, la frustration... Le moyen qui s’offre de ralentir le flux des pensées et des émotions, d’en suspendre le cours, consiste à les voir. Par l’observation, la vigilance, la concentration de l’attention, voir les pensées et les émotions, comme les "nuages de l’égarement" dont parle Musashi. Le temps est couvert. Les voir et les nommer : le doute, la peur, la colère, la déception, la frustration... Voir et nommer les nuages qui entrent dans le champ de la conscience et qui en ressortent. Ils entrent dans le champ de la conscience et ils en ressortent. Voir, nommer et aller avec ce qui est. Puis, un jour, l’espace d’un moment, il n’y a plus de nuages. Puis ils reviennent. Mais le temps est moins couvert. Puis... Au-delà des nuages, il y a le firmament de la conscience. C’est l’Intelligence présente dans tout l’univers. C’est aussi l’une de ses manifestations : l’intuition. L’espace d’un moment, il n’y a plus rien qui empêche l’intuition de jaillir... "De l’expérience du silence et de l’absence de formes..."

Jacques Languirand

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