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La Voie du Samouraï
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les neuf principes fondamentaux de Miyamoto Musashi
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Miyamoto Musashi (1584-1645) : célèbre Samouraï
considéré comme un des grands Maîtres de la tradition du bushidô : la Voie des guerriers.
Escrimeur, il a créé lécole dite "des deux sabres" : un long et un
court. Devenu un personnage légendaire, sa vie aventureuse et ses exploits ont inspiré
dinnombrables romans, nouvelles et pièces de théâtre. À lâge de soixante
ans, quelques mois avant sa mort, il se retire dans une grotte pour méditer et rédige à
lintention de ses disciples luvre majeure de sa vie : Traité
des Cinq Roues.
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 Miyamoto Musashi
Dictionnaire des Arts Martiaux de Louis Frédéric (éd.Félin). |
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le
Traité des Cinq Roues
Ce traité porte sur les arts martiaux et plus particulièrement lescrime. Mais
les principes quil énonce trouvent aussi à sappliquer à toutes les
activités de nature stratégique, à tous les gestes de la vie quotidienne :
"Je comprenais bien, écrit Musashi, comme il est difficile de maintenir une
position face aux événements. [...] Jai appliqué les principes (avantages) de la
tactique à tous les domaines des arts. En conséquence, dans aucun domaine je nai
de maître."
Le Traité des Cinq Roues nest donc pas
seulement un livre de stratégie guerrière ou pour laction. Cest aussi un
guide sur la Voie, qui énonce les principes dun art de vivre. Livre à la fois
daction et de sagesse, ou plutôt de sagesse dans laction, il révèle le
secret dune stratégie victorieuse, dun trajet initiatique qui passe par la
maîtrise de soi.
Ce Traité est considéré comme un classique de la littérature universelle.
Une traduction française par M. et M. Shibata est parue récemment aux éditions Albin
Michel, dans la collection "Spiritualité vivante". Cest dans cette
édition que jemprunte la plupart des passages cités dans le présent essai.
Toujours populaire au Japon, le traité de Musashi a fait lobjet dune édition
récente par le Groupement détudes sur la gestion de Tokyo, destinée plus
spécialement aux gestionnaires. |
| Les contes des arts martiaux, réunis
par Pascal Fauliot (éd. Albin Michel). |
Musashi, un personnage légendaire
"Dans une
auberge isolée, un samouraï est installé à dîner, seul à une table. Malgré trois
mouches qui tournent autour de lui, il reste dun calme surprenant.
"Trois ronin
(guerriers vagabonds, sans maître) entrent à leur tour dans lauberge. Ils
remarquent aussitôt avec envie la magnifique paire de sabres que porte lhomme
isolé. Sûrs de leur coup, trois contre un, ils sassoient à une table voisine et
mettent tout en uvre pour provoquer le samouraï. Celui-ci reste imperturbable,
comme sil navait même pas remarqué la présence des trois ronin. Loin de se
décourager, les ronin se font de plus en plus railleurs. Tout à coup, en trois gestes
rapides, le samouraï attrape les trois mouches qui tournaient autour de lui, et ce, avec
les baguettes quil tenait à la main. Puis, calmement, il repose les baguettes,
parfaitement indifférent au trouble quil venait de provoquer parmi les ronin. En
effet, non seulement ceux-ci sétaient tus, mais pris de panique ils navaient
pas tardé à senfuir. Ils venaient de comprendre à temps quils
sétaient attaqués à un homme dune maîtrise redoutable. Plus tard, ils
finirent par apprendre, avec effroi, que celui qui les avait si habilement découragés
était le fameux maître : Miyamoto Musashi."
Cette légende illustre un
principe capital de la Voie du Samouraï, selon lequel on doit chercher à vaincre sans
combattre.
(On sest inspiré de ce récit
pour une scène du film Karate Kid, dans laquelle le maître attrape une mouche avec des
baguettes, sous le regard ébahi de son jeune disciple.)
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de
laction efficace et de la sagesse
Lenseignement de Musashi se définit à deux niveaux :
de laction efficace...
Ne nous y trompons pas. Tous les arts martiaux sont dabord des techniques de
défense. Quand on est dans laction, il faut gagner. Pour le Bushi ou Samouraï,
perdre cest mourir... Mais la question est de savoir comment gagner par une action
juste du point de vue de la tactique et de lattitude. Le guerrier doit, par exemple,
"faire perdre à ladversaire son équilibre mental" ou encore "faire
naître une certaine tension nerveuse en empêchant ladversaire dêtre sûr de
lui". Musashi souligne même limportance "de neutraliser
ladversaire directement, sans le laisser souffler, en évitant de croiser son
regard". Il ajoute dailleurs : "Le plus important est de
lempêcher de pouvoir se restaurer"... À propos de limportance de
savoir se rénover dans laction, Musashi dit plus loin : "Lorsque, au
cours dun combat qui reste à létat de mêlée, rien navance plus,
abandonnez vos idées premières, rénovez-vous en tout et prenez un nouveau rythme. Ainsi
découvrez le chemin de la victoire. Chaque fois que vous jugez quentre votre
adversaire et vous tout grince, changez dintentions immédiatement et parvenez à la
victoire en recherchant dautres moyens avantageux pour vous."
Ces règles trouvent à sappliquer aussi dans le monde de laction en
général...
Vaincre, soit! Mais de préférence sans combattre et, dans tous les cas, sans perdre
lhonneur.
... et de la sagesse
Musashi se rapproche pourtant davantage de la figure du sage que du technicien des
armes. Son enseignement vise dabord à remporter une victoire sur soi. Cest le
sens de sa maxime : "Devenez lennemi". Dans son action, le
guerrier doit atteindre en lui-même le point où cesse la violence. La maîtrise de soi,
enseigne le traité, augmente les chances de maîtriser le monde.
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| Épictète; Ce qui dépend de nous
(éd. Arléa).
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Lintérêt que présente
le modèle traditionnel japonais est considérable. Pourtant, lesprit qui anime les
principes de Musashi, visant à lefficacité dans laction et à la maîtrise
de soi pour atteindre la sagesse, nest pas étranger à la tradition occidentale. On
le trouve aussi dans la tradition gréco-romaine, en particulier chez les Stoïciens, bien
quil ne sagisse plus dans ce cas du modèle du guerrier mais plutôt de
lhomme en progrès et du philosophe, qui nen doit pas moins se considérer
comme son seul ennemi, cest-à-dire comme le seul véritable obstacle à vaincre.
Épictète revient très souvent sur ce thème. Il dit par exemple: "Attitude
et caractère de lhomme ordinaire: il nattend rien, en bien ou en mal, de
soi-même, et tout des circonstances extérieures. Attitude et caractère du philosophe:
il attend tout, en bien comme en mal, de soi-même. Signes distinctifs de lhomme en
progrès: il ne blâme personne, ne loue personne, ne reproche rien à personne,
naccuse personne; il ne dit jamais rien qui tende à faire croire quil sait
quelque chose ou quil est quelquun. En cas déchec ou dobstacle,
il ne sen prend quà soi-même. [...] En un mot, le seul ennemi quil ait
à redouter, cest lui-même." |
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les principes fondamentaux, selon Musashi
Lenseignement de Musashi peut se
ramener à neuf principes : |
| "Ceux qui veulent connaître ma tactique
doivent obéir aux principes suivants selon lesquels ils peuvent pratiquer la
Voie..." |
Éviter
toutes pensées perverses.
Se forger
dans la voie en pratiquant soi-même.
Embrasser
tous les arts et non se borner à un seul.
Connaître
la voie de chaque métier, et non se borner à celui que lon exerce soi-même.
Savoir
distinguer les avantages et les inconvénients de chaque chose.
En toutes
choses, shabituer au jugement intuitif.
Connaître
dinstinct ce que lon ne voit pas.
Prêter
attention au moindre détail.
Ne rien faire
dinutile.
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Pour approfondir le sens de ces neuf principes, il faut se reporter à différents
passages du traité, mais aussi les considérer en fonction de la tradition des arts
martiaux et du bouddhisme zen... Cest le périlleux exercice auquel je me suis
livré.
Jai aussi pris la liberté de prolonger ces principes par des commentaires
dinspiration moderne et occidentale. Certains de ces commentaires, qui nous
entraînent parfois assez loin de lénoncé proprement dit, paraîtront même
audacieux... Je crois pourtant avoir respecté lesprit des principes de Musashi.
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