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Mr. Hyde


mrJLanimation.gif (34299 octets)Nous vivons dans un monde de violence. Mais la violence, elle est d'abord en chacun de nous. C'est l'aspect obscur de la nature humaine : l'agressivité, la destructivité, la cruauté. Comme le bon Dr Jekyll, chacun de nous porte en lui le sombre et ténébreux Mr. Hyde...

 

L'aspect obscur de la nature humaine

La violence de l'homme n'est pas nouvelle. Nos actions sont souvent commandées par ces pulsions agressives ou destructrices. Elles peuvent être conscientes, mais le plus souvent elles sont inconscientes. Ce qui est nouveau, ce sont les armes dont nous disposons. Nous avons aujourd'hui le pouvoir d'en finir avec toute forme de vie sur cette planète. Nous sommes parvenus à un tournant de l'Histoire. Nous allons progresser, ou nous allons régresser, - ou simplement disparaître.

La différence tient sans doute à la façon dont les forces négatives de l'homme seront canalisées. C'est pourquoi nous devons nous interroger sur cet aspect obscur de la nature humaine. C'est même devenu impérieux : une des conditions de la survie de l'espèce.

Il se trouve que cette interrogation est aussi une occasion d'élever le niveau de conscience - individuel et collectif. L'interrogation sur l'aspect obscur de la nature humaine ne dépasse guère les milieux scientifiques. C'est un aspect de nous-mêmes que nous préférons ignorer, - que nous refoulons volontiers. Ne pas la reconnaître, c'est tellement plus confortable. L'agressivité de l'homme, sa capacité de destruction, sa cruauté, c'est un sujet tabou.

Cette question, elle n'est même que très rarement abordée par les grands médias qui, pourtant, témoignent jour après jour de cet aspect de la nature humaine... et qui en vivent.  On parle de guerre, de terrorisme, de crimes, mais sans jamais ou rarement s'interroger sur la source de tous ces maux, qui est en chacun de nous.

Une expérience a été faite récemment qui donne à réfléchir sur les mobiles obscurs de l'être humain. Des éducateurs ont entrepris d'atténuer l'agressivité chez un groupe d'enfants en favorisant, par un conditionnement positif, un comportement fraternel. Il s'agissait de déterminer dans quelle mesure on pouvait désamorcer l'agressivité. Le résultat fut très positif. En quelques semaines, on était parvenu à mettre l'accent sur la fraternisation et à réduire très sensiblement le comportement agressif de ces enfants.

Mais l'expérience comportait un second volet.

Il s'agissait de savoir aussi comment les parents réagiraient à cette tentative d'atténuer l'agressivité chez leurs enfants... Très mal.

Aussi bien le dire, sans tourner autour de la question : l'expérience fut très mal accueillie par les parents. Leurs enfants leur paraissaient comme démunis devant la vie. Au fond de nous-mêmes, nous tenons à ce que nos enfants soient capables de se défendre, ce qui le plus souvent signifie - avouons-le - être d'attaque.

 

Pour parler de l'aspect obscur de la nature humaine, je fais appel à trois scientifiques, appartenant à des disciplines différentes, qui se sont précisément interrogés sur cette question.

Leur pensée, que je vais résumer en tentant de la trahir le moins possible, donne une idée de l'ampleur de la question et débouche sur des solutions.


FROMM

Le grand psychologue et philosophe Erik FROMM, dans La passion de détruire, fait une différence entre l'agressivité qui est défensive et la destructivité ou la cruauté qui est, selon lui ''la tendance spécifiquement humaine à détruire, à rechercher avidement un contrôle absolu''.

Cette destructivité ferait partie du caractère de l'homme, elle serait l'une de ses passions comme l'amour, l'ambition, l'avidité.

Et cette destructivité trouve à s'exprimer davantage dans un milieu où les valeurs mettent l'accent sur la domination et l'exploitation.


LABORIT

Pour le grand biologiste Henri LABORIT, l'agressivité est un problème fondamental du monde contemporain : l'agressivité individuelle, celle des groupes et, ajoute-t-il, celle des États.

L'agressivité met en jeu le plus ancien de nos cerveaux, - le reptilien. L'objet que poursuit ce cerveau est la survie de l'organisme, au prix d'une réaction de lutte envers le milieu.

Cette tendance à l'agressivité a grandi avec l'urbanisation, la division du travail et l'aliénation de l'individu.

Cette agressivité, l'individu isolé a rarement la possibilité de l'assouvir seul contre la société ; il cherche encore à s'unir à ceux qui forment avec lui une communauté d'intérêts.

''Ce qui permet à l'individu, précise LABORIT, de camoufler son individualité première'', c'est-à-dire agressive, ''sous un masque altruiste que viennent colorer les jugements de valeur''.

Les causes, souvent valables, ne manquent pas dans le monde contemporain, qui permettent d'exprimer sa destructivité en se donnant bonne conscience.


EIBL-EIBESFELDT

Le professeur Irenaüs EIBL-EIBESFELDT est peut-être le plus célèbre des spécialistes de l'éthologie humaine, qui est l'étude du comportement humain, de la nouvelle génération de chercheurs.

Il figure parmi les scientifiques qui ont permis de franchir l'étape de la querelle entre ceux qui considèrent que l'homme est programmé à la naissance et que sa destructivité est irrémédiable et ceux qui prétendent que le comportement de l'homme dépend du milieu ou de son conditionnement depuis la naissance. Cette querelle est aujourd'hui considérée comme dépassée.

Pour sa part, EIBL-EIBESFELDT écrit :

''Affirmer que l'homme est seulement le produit d'un apprentissage est tout aussi faux que de soutenir que l'ensemble du comportement humain est prédéterminé : jamais un biologiste n'a avancé une thèse aussi extrême.''

L'homme lui apparaît divisé au fond de lui-même : il déplore la violence, mais en même temps, il l'exalte.

EIBL-EIBESFELDT estime que nous devons considérer la capacité de l'homme d'agresser son semblable comme le plus grand danger dans la situation historique où nous sommes, compte tenu de l'évolution de la technologie guerrière.

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''... ça va, le diable !''

''...d'où vient que nous soyons toujours contrecarrés et paralysés dans nos meilleures intentions ? Comment se fait-il qu'il y ait des gens qui ne remarquent rien de tout cela ou qui ne sont même pas capables de reconnaître qu'il en est bien ainsi ? Et pourquoi enfin ce troupeau humain, une fois rassemblé, engendre-t-il la folie historique des toutes dernières années ?''

Dr Carl JUNG, Psychologie du transfert, Albin Michel

 

JUNG fait allusion à l'hystérie collective qui devait provoquer la seconde guerre mondiale, avec ses massacres de civils, ses fours crématoires et, pour finir, l'enfer d'Hiroshima et de Nagasaki.

De quoi veut-on parler au juste, lorsqu'on parle du principe du mal ?

 

Pendant des siècles, on a représenté le principe du mal par le diable avec des pieds fourchus, des cornes, une queue : l'image d'un être, à moitié animal et à moitié dieu, qui paraît sorti tout droit des mystères dionysiaques de l'Antiquité.

Cette image est frappante : ''Elle illustre avec justesse, nous dit JUNG, l'aspect insolite et grotesque de l'inconscient qu'on n'a pas encore approché et qui demeure par la suite dans son état originel de sauvagerie incontrôlée.''

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Je ne dis pas qu'il n'existe pas des forces du mal qui soient en dehors de l'homme...

Je dis qu'il se trouve en nous une "sauvagerie incontrôlée" pour reprendre la formule de JUNG.

Et, à certains moments, l'être humain apparaît comme possédé par cet aspect négatif de lui-même. Il suffit d'ouvrir les yeux : rien ne permet de penser que la situation accuse progrès. Il suffit de mentionner qu'après l'holocauste de la seconde guerre mondiale, la torture continue d'être pratiquée un peu partout dans le monde et qu'elle l'est même de plus en plus.

Dans l'histoire de l'humanité, le diable a été fort utile. Il a eu le dos large - il l'a encore du reste. Il était bien commode, en effet, d'avoir sous la main un mythe qui, pendant des siècles, a supporté la projection systématique de notre propre négativité. C'est à quoi d'ailleurs servent les mythes : à la projection de notre propre contenu, positif aussi bien que négatif.

Le diable a souvent été utile pour expliquer certains comportements : il suffit souvent de dire qu'on a été inspiré ou poussé par des forces ténébreuses.

Mais à travers l'Histoire de l'Humanité, il s'est toujours trouvé des êtres éclairés qui savaient bien, dans leur for intérieur, que c'est en lui-même, la plupart du temps, que l'homme trouve ces forces de destruction.

Ce n'est pourtant qu'au début de notre siècle qu'on donna aux deux aspects de la personnalité de l'homme, à la dualité fondamentale qui l'habite et le partage entre le bien et le mal, un début d'explication scientifique, avec la redécouverte qui fut faite de l'inconscient et des forces obscures qui nous habitent.

 

le diable... mais aussi les autres

C'est aussi à quoi servent les autres. On projette aussi sur les autres, comme sur le diable, notre propre négativité. C'est bien commode d'avoir les autres. Si les Juifs, par exemple, n'avaient pas existé au cours des derniers millénaires, il eut fallu les inventer... Et n'est-ce pas, d'une certaine façon, ce qu'on a fait ?

Qui sont les autres ?

Pour l'animal socio-biologique qu'est l'homme, les autres, ce sont, selon le cas, ceux qui ne parlent pas la même langue, qui ne prient pas le même Dieu ou ne fréquentent pas le même guru, qui n'ont pas la même couleur de peau, qui ne sont pas de la même classe : selon le cas, les patrons ou les syndiqués ; voire, tout simplement, ceux qui sont de l'autre côté de la clôture...

... Et les autres, c'est bien connu, ont partie liée avec le diable.

   

Un des grands romans de la littérature mondiale : Le Dr Jekyll et Mr. Hyde, de R.L. STEVENSON, nous raconte comment un monsieur distingué, qui est d'ailleurs médecin, le Dr JEKYLL (on ne trouve guère plus respectable qu'un médecin), sous l'effet d'une potion de sa composition, devient le très criminel Mr. HYDE - laissant, autrement dit, s'exprimer le démon qui l'habite.

Ce chef-d'œuvre romanesque a trouvé un écho considérable auprès du public. De même que les nombreuses versions qu'en a faites le cinéma... On reconnaît bien ici la double nature de l'homme. Ce roman a paru à l'époque où la psychiatrie découvrait l'inconscient. ''L'art est information'', nous dit Marshall McLUHAN.

L'oeuvre de R.L. STEVENSON, qui fut inspirée du reste par son épouse, marque le début d'une époque qui allait être profondément influencée par la découverte des mobiles inconscients, des motivations obscures - de l'aspect Mr. HYDE de la personnalité.

 

La chasse aux sorcières

On a commencé à comprendre aujourd'hui ce que pouvait avoir de démentiel la chasse aux sorcières de toutes les époques. On a projeté la négativité collective sur les sorcières, comme on la projette encore sur le diable - avec lequel on accusait les sorcières d'avoir pactifié, voire même d'avoir des relations charnelles.

Qu'il y eut des sorcières, cela ne fait pas de doute. On croit aujourd'hui qu'il s'agissait d'un reliquat du culte qu'on rendait autrefois à la Déesse-Mère : les sorcières auraient été les dernières prêtresses de la Grande Déesse. Ce qui n'était pas du goût des défenseurs de la religion officielle.

La peine ordinairement infligée aux sorcières était le bûcher. De même qu'aux sorciers - car il y avait aussi des sorciers, mais moins nombreux. On estime que le nombre de sorcières tuées entre 1484 et 1784 est de l'ordre de neuf millions.

Il y eut même des villages où, une fois les Inquisiteurs repartis, il ne restait pour ainsi dire plus de femmes. Ceci en dit long sur l'agressivité à l'égard de la femme et du principe féminin. La chasse aux sorcières figure parmi les pages les plus sombres de l'Histoire de l'Humanité et de son aspect obscur.

Il existe un curieux document intitulé Discours exécrable des sorciers, publié pour la première fois en 1602, oeuvre d'un certain Henri BOGUET, qui était juge.

On y trouve en particulier son Instruction pour un juge en fait de sorcellerie.

L'article 62, par exemple, traite de la peine ordinairement infligée aux sorcières, à propos de laquelle il ajoute :

''Mais le problème est de savoir s'ils doivent être brûlés vifs, ou si l'on doit d'abord les étrangler. L'opinion des docteurs est très controversée. La seconde procédure semble être la plus raisonnable, afin que le criminel n'ait point l'occasion de se désespérer devant la gravité du supplice.''

Plusieurs articles sont consacrés à la torture. L'article 25 apporte la précision suivante :

''Il est permis pour le crime de sorcellerie de soumettre l'accusé à la torture un jour de fête, quand bien même ce jour serait férié en l'honneur de Dieu.''

À propos des enfants, l'article 63 nous réserve des surprises :

''... le peine ordinaire des sorciers n'a pas toujours lieu. Car si l'on a affaire à un enfant qui n'a pas atteint l'âge de la puberté, l'on doit seulement le condamner au fouet, selon certains...

Mais je suis d'une opinion contraire, car j'estime que non seulement il faut faire mourir l'enfant sorcier qui est en âge de puberté, mais aussi celui qui est encore bébé, si l'on reconnaît qu'il y a de la malice en lui.''

Il faut être sûr d'avoir raison.

 

la cause

Le monde s'est fait par la violence. Au nom de Dieu, du Roi, ou même du peuple. La cause est toujours perçue à la fois comme juste et injuste. C'est une question de point de vue. Ce qui est résistance aux yeux des uns est terrorisme aux yeux des autres. Il s'agit toujours, en fait, d'imposer sa propre conception de l'homme, du monde et de la société. Et, règle générale, le moyen d'y parvenir a été la violence et le demeure.

Il semble bien qu'aucune idéologie n'ait réussi à triompher jusqu'ici de la violence.

Les concessions, que ce soit dans la lutte des nations ou dans celle des classes, n'ont à peu près jamais été consenties spontanément au nom de la justice, mais pratiquement toujours en cédant à des violences. Il n'y a que de rares exceptions à cette règle.

Il est facile de voir la violence lorsqu'il s'agit d'explosions d'hostilité. Mais il existe une autre violence, moins facile à identifier, qui passe par la contrainte morale ou psychologique, bien souvent même sous le masque de l'autorité officielle, voire même de l'altruisme. Cette violence, elles est moins spectaculaire. Mais elle n'en est pas moins réelle.

 

la norme

À un moment, dans une société, il existe un consensus parmi les leaders d'opinion et la norme se redéfinit. La norme, c'est alors d'être d'un côté et de projeter sa négativité sur ceux qui sont de l'autre côté : c'est ainsi qu'on serait devenu nazi... Mais les nazis sont bien commodes pour aborder cette question, sans mettre soi-même la tête sur le bûcher.


la guerre

''Tant que la terre durera, tant qu'il y aura des hommes, il y aura un scandale de la violence et des armes.''

Alexandre SANGUINETTI, Histoire du soldat, Éditions Ramsay.

 

L'histoire de la violence nous vient du fond des âges : c'est l'histoire des pouvoirs de la société, des peuples. Le monde s'est fait à coups de hache, d'épée ou de canon. Nous ne commencerons à surmonter cette violence qu'en prenant conscience de la capacité d'agressivité, de destructivité, de cruauté, qui est en chacun de nous. La condition humaine est partagée entre cet instinct, ce goût de la violence, et le désir, le besoin de paix.

''Tout refus de cette réalité, écrit Alexandre SANGUINETTI, toute condamnation de la condition humaine telle qu'elle est, au nom d'un bien absolu mythique, ne fait qu'exaspérer la violence et nous rapproche du mal absolu.''

 

l'arbalète

C'est dans la guerre que l'homme a le plus souvent trouvé à canaliser son agressivité. On dit qu'aujourd'hui l'arsenal mondial pourrait détruire cinq ou six fois toute forme de vie sur cette planète. Une fois suffirait...

Et on parle de désarmement. Mais on en parle depuis si longtemps déjà. L'arbalète a déjà fait l'objet d'une interdiction. L'arbalète est une arme qui peut tuer à distance. C'est ce qui la rendait redoutable. Cette arme devait du reste précipiter la fin de la chevalerie. Désormais, le premier imbécile venu pouvait tuer à distance un chevalier parfaitement entraîné. On a beau dire : ''À la guerre comme à la guerre''... Il y a là comme une injustice.

Une telle arme répandue en Europe présentait donc un réel danger pour la chrétienté. Aussi, le deuxième concile de Latran, en 1139, décida d'interdire l'arbalète. Ce fut sans doute la première tentative pour empêcher l'usage d'une arme... Avec le résultat que l'on sait.

Dans la décision d'interdire l'arbalète, le Concile voulait empêcher que les Chrétiens s'entretuassent... Mais rien, dans la décision officielle, n'interdisait de recourir à cette arme contre les infidèles. Bien entendu.

 

par exemple... le Cambodge

Les cauchemars collectifs sont nombreux sur cette planète : les guerres, les génocides, les révolutions sanglantes... Très souvent, du reste, au nom du progrès, de la justice, de la liberté. Parmi ces cauchemars, il y a celui d'un pays de l'Asie considéré à une époque comme un lieu privilégié, qui est devenu en quelques années un véritable enfer : le Cambodge.

Parmi tous les exemples récents d'agressivité, de destructivité, de cruauté, pourtant nombreux sur cette planète, pourquoi avoir choisi celui du Cambodge ?

La situation offre ici un aspect plus frappant qu'ailleurs : en plus d'avoir des ennemis venus de l'extérieur, les Cambodgiens sont aussi divisés entre eux ; autrement dit, des gens de même nationalité et de même sang sont ennemis les uns des autres.

C'est ainsi qu'à un moment de la pénible et complexe histoire de cette nation, lorsque les Khmers rouges, qui sont des Cambodgiens, ont occupé la capitale de Pnom Penh, considérant qu'on était en l'an zéro de leur idéologie et que tout savoir venu du passé était illégal, ils ont occupé la Bibliothèque nationale et brûlé tous les livres et les archives qui s'y trouvaient.

Dans un autre quartier, une école a été transformée en camp de la mort.

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Comme les tortionnaires nazis, les Khmers rouges aimaient photographier leurs victimes à leur arrivée et pendant les séances de torture, alors que les malheureux finissaient par être pendus, noyés, éventrés ou électrocutés.

Les tortionnaires ayant dû quitter les lieux à la hâte, on pouvait encore voir, après leur départ, les matelas maculés de sang et, sur le plancher, des touffes de cheveux arrachés... Victimes et tortionnaires étaient Cambodgiens.

 

Toute interrogation sur notre goût de la catastrophe est douloureuse. Mais elle permet de mieux cerner la nature humaine. Cette démarche s'inspire de celle préconisée par SOCRATE qui avait repris à son compte la formule qu'on trouvait sur le fronton du temple de Delphes :

Connais-toi toi-même

Cette connaissance de soi-même doit nécessairement passer par un examen approfondi de la tendance négative de la nature humaine.

 

de l'autre aspect

Mais il y a aussi l'autre aspect de la nature humaine. L'Histoire peut aussi en témoigner. C'est ainsi qu'il existe aujourd'hui des organismes internationaux qui sont à la fois des instruments de prise de conscience et des outils qui permettent d'intervenir dans les pays pauvres afin de soulager la misère humaine. OXFAM est un de ces organismes qui dépendent de bénévoles et vivent de notre générosité. Son objectif est d'aider certaines collectivités en difficulté à s'aider elles-mêmes, dans les pays du Tiers-Monde.

Ce qui témoigne de l'autre aspect de notre nature : de la capacité que nous avons aussi de nous ouvrir aux autres, de notre capacité d'entraide, de fraternité... Les Quakers, par exemple, à l'époque de l'esclavage aux États-Unis, achetaient des esclaves pour les libérer. Mais il faut bien reconnaître que, dans l'Histoire de l'Humanité, c'est l'aspect négatif qui domine nettement. Et que nous ne pouvons favoriser l'épanouissement de notre aspect positif que dans la mesure où nous sommes tout à fait conscients des forces obscures qui nous habitent.

 

l'avenir de l'homme

Mais l'être humain a-t-il un avenir ?

Consultons à ce sujet nos experts du début.

  • Éric FROMM, le grand psychologue et philosophe, conserve, malgré tout, sa foi en l'homme. ''Une foi rationnelle, précise-t-il, dans la capacité de l'homme à éviter l'ultime catastrophe''.
  • Le grand biologiste Henri LABORIT, considéré comme le père des tranquillisants, pense qu'il y a une solution pharmacologique : celle qui consiste à absorber régulièrement une substance qui apaiserait le fonctionnement du vieux cerveau, le reptilien, qui commande toujours à l'homme, bien qu'il ne soit plus adapté au milieu dans lequel nous vivons. LABORIT parle aussi de solution socio-psychologique : l'agressivité telle que nous la connaissons, uniquement orientée vers les autres, devra disparaître ''pour s'orienter vers la conquête d'un nouveau monde...''
  • Quant à l'éthologue Irenaüs EIBL-EIBESFELDT, il estime que l'homme est aussi un être culturel. Quelle que soit la force de ses pulsions agressives, il est perméable à l'éducation. L'évolution culturelle obéit aussi finalement à la nécessité pour l'espèce de survivre. EIBL-EIBESFELDT s'interroge : à quelles conditions la concurrence entre les groupes pourrait-elle finalement devenir inutile ? ou encore : l'évolution culturelle pourrait-elle un jour susciter la ritualisation de la guerre ? - ce qui suppose de trouver une autre façon de canaliser la destructivité de l'homme. On trouve de nombreux exemples de ritualisation de l'agressivité dans le sport.
 

Voici un exemple d'un événement sportif qui a permis de canaliser une grande agressivité collective.

C'était un peu après le début de ce qu'on devait appeler la ''crise iranienne''. L'opinion publique américaine se trouvait ulcérée du fait qu'un grand nombre de ses diplomates étaient retenus en otages dans leur propre ambassade à Téhéran. Peu de temps après, l'Union Soviétique devait militairement occuper l'Afghanistan. La fierté américaine est blessée : l'opinion est chargée d'agressivité.  C'est très évident dans les média. C'est alors qu'un événement sportif devait jouer un rôle important, en servant de soupape à la tension populaire.

Dans le cadre des jeux olympiques d'hiver 1980, à Lake Placid, l'équipe américaine devait remporter une éclatante victoire contre les Soviétiques. La nouvelle de cette victoire fit la manchette dans un très grand nombre de journaux des États-Unis ; les média électroniques ont fait de cet événement une nouvelle à sensation.

Geste hautement significatif : le Président des États-Unis, à l'époque Jimmy Carter, a invité l'équipe américaine victorieuse à la Maison Blanche...  à prendre un ''coke'' !

Il est impossible d'évaluer la charge d'agressivité que cette victoire a permis de canaliser. Mais il n'y a pas de doute qu'elle était considérable. Quel événement dramatique cette charge d'agressivité aurait-elle pu provoquer, si elle n'avait pas été canalisée par la ritualisation...

 

À nous de choisir

La Pensée traditionnelle enseigne que l'homme se définit à trois niveaux de fonctionnement :

  • le niveau humain proprement dit,
  • celui de l'instinct brutal,
  • et celui, enfin, de sa participation cosmique.

Les deux derniers niveaux, celui de l'instinct brutal et celui de la participation cosmique, apparaissent comme les deux extrêmes opposés de l'être.  Le besoin de posséder, la colère et la haine appartiennent à sa nature brutale. Et lorsque meurent ses instincts brutaux, l'homme devient un avec la conscience cosmique.

Nous savons aujourd'hui que même si la violence a été déterminante dans l'histoire de l'humanité, l'étape la plus importante de l'évolution de l'homme, pourtant, qui est celle de la naissance de la conscience, n'est pas venue de la violence, mais au contraire de l'entraide entre les individus et les groupes d'individus,  de l'obligation de partager.

Nous sommes devenus humains - avec la conscience de soi - parce que nos ancêtres ont appris à partager leur nourriture et à échanger leurs services, constituant ainsi des réseaux d'obligations. Car il y a aussi chez l'homme un code éthique inné qui lui commande de ne pas tuer ; ce code est complété par un très grand besoin de prendre contact avec ceux qui lui sont inconnus et de fraterniser.

Nous serions, en fait, aussi doués pour la paix que pour la guerre. À nous de choisir. Nous porterons la responsabilité de notre choix. Mais cette paix pour les hommes, nous ne parviendrons à l'instaurer que si un certain nombre d'individus la trouvent d'abord en eux.

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