LA VIE DONT VOUS ÊTES LE HÉROS |
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2- l'initiation du héros |
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| The Power of Myth with Bill Moyers (éd. Doubleday). |
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DE
LA TRANSITION DU MILIEU DE LA VIE
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OBJET DE LA TRANSITIONLa transition du milieu de la vie est, par définition, une étape charnière entre les deux grandes phases de la vie. En quelques années, il faut, en principe, compléter la démarche de la première : réaliser ses derniers rêves de jeunesse; et amorcer celle de la seconde : accéder à la maturité.
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DE «LA CRISE D'IDENTITÉ DE L'ÂGE ADULTE»Selon Carl Jung, qui fut le premier, du moins à l'époque moderne, à attirer l'attention sur l'importance de la transition du milieu de la vie, qu'il définit comme "la crise d'identité de l'âge adulte", elle se situe plus précisément entre 38 et 43 ans. Mais j'ai observé que, depuis une dizaine d'années, elle paraît se produire plus tôt, entre 35 et 40 ans signe des temps sans doute... Quant à la durée de cette crise, elle s'étend en général sur une période de deux à trois ans.
Ce qui déclenche la criseNous sommes en général assez peu convaincus que le temps suffit à déclencher les crises, en particulier celle du milieu de la vie. Nous cherchons le plus souvent les causes dans les circonstances, les événements, les conditions extérieures. Pourtant, quoi de plus irréductible que le temps! Car le temps est le moteur de toute chose. Il se manifeste sur tous les plans. À l'échelle humaine : sur le plan psychologique aussi bien que sur le plan biologique. Sans compter que le temps s'impose aussi dans la perception que les autres ont de nous. Arrive un temps justement où on ne s'adresse plus à nous de la même façon. Les jeunes, en particulier, nous voient vieillir et nous le rappellent par leurs attitudes. Mais il arrive cependant que certaines conditions extérieures interviennent dans le déclenchement de la crise du milieu de la vie comme ce fut le cas pour moi. Il est évident qu'à cette étape, toute condition extérieure de nature à entamer l'estime de soi peut agir comme déclencheur. Par exemple, une mise à pied, une faillite, un divorce, un accident grave, une intervention chirurgicale... la vie quoi! Mais dans quelle mesure les conditions sont-elles toujours aussi extérieures qu'on voudrait le croire? Qu'est-ce qui, au juste, entraîne le divorce, ou même la mise à pied? Ou encore, quelle est la cause première de tel accident, de telle intervention chirurgicale, de telle faillite...? Dans quelle mesure, en effet, l'évolution même de l'individu dans le temps n'est-elle pas pour quelque chose? Je ne nie pas pour autant l'existence de conditions extérieures. Mais je crois
important d'attirer l'attention sur une interaction subtile des événements et des
êtres, dans le temps justement! Une seconde adolescenceLa crise d'identité à l'âge adulte évoque celle de l'adolescence. Au moment de l'adolescence s'amorce un mouvement intérieur qui tend à une libération
relative de la dépendance à l'égard des parents et du milieu familial. Il s'agit alors
de trouver son identité. Mais, paradoxalement, cette étape de la première jeunesse n'en
est pas moins régie par l'irresponsabilité... À l'âge adulte, vers le milieu de la
vie, s'amorce un mouvement intérieur de même nature, qui tend cette fois à une
libération de la relation de dépendance à l'égard du milieu social. Il s'agit alors de
trouver sa véritable identité, au-delà de l'identité sociale. Ce mouvement, dans la
mesure où il évoque celui de l'adolescence, une vague nostalgie de l'irresponsabilité
de la première jeunesse, alors qu'on n'était pas encore tenu pour vraiment responsable
de sa vie. Ce qui n'est pas sans provoquer parfois des remises en question de ses
engagements à l'égard des autres, voire même, pour ceux qui sont mariés, à l'égard
du conjoint et des enfants; mais aussi à l'égard du monde en général, aux plans de la
profession, de la fonction, du rôle. C'est un moment de la vie où on tire très fort sur
sa chaîne... Comme si c'était la dernière chance de se libérer pour, enfin, vivre la
vie sans contraintes comme une aventure. Je me rends compte que ces propos
tiennent pour beaucoup des fantasmes masculins. Je dois préciser, du reste, que cette
nostalgie de l'état d'irresponsabilité de la première jeunesse est nettement plus
manifeste chez l'homme que chez la femme. On trouve peut-être ici l'une des raisons qui
font que la crise du milieu de la vie demeure surtout associée à l'homme. L'homme de plaisir et l'homme de devoirDans le prolongement de cette réflexion, il faut aussi souligner la résurgence, au
moment de cette transition, de l'opposition entre les deux tendances dont il a été
question à propos de la première phase : l'une incitant à vivre la vie comme une
aventure et l'autre, au contraire, de façon plus conformiste afin de trouver sa place
dans la société. Cette opposition, qui tient parfois du dilemme encore une
fois surtout chez l'homme se traduit par un conflit intérieur difficile à
résoudre entre l'homme de plaisir et l'homme de devoir. Chez la femmeLa transition du milieu de la vie paraît moins difficile pour la femme que la crise de
la trentaine. Peut-être la disposition chez elle à assurer la continuité tout au long
de sa vie, qu'elle en soit consciente ou non, et plus particulièrement dans le cas où
son compagnon traverse sa crise, comme on dit, intervient-elle pour beaucoup
dans le fait que la femme paraît s'en tirer plus facilement. Mais sans doute faut-il
tenir compte ici de l'effet de la tendance actuelle à l'uniformisation au
moins relative des rôles traditionnels. En assurant davantage leur dimension
masculine certains diraient : en se masculinisant! les femmes
seraient de plus en plus sensibles à certaines difficultés d'être, jusqu'ici associées
aux hommes, telles que, précisément, la crise du milieu de la vie, comme par ailleurs à
certains états physiologiques tels que les accidents cardio-vasculaires... Il devient de
plus en plus difficile, ces années-ci, de cerner la réalité psychosociale parce qu'elle
évolue très rapidement. Le coupleLe secret désir de se libérer relativement des contraintes qu'on sest imposées au cours de la première phase, ou du moins de réévaluer ses engagements, se traduit souvent, chez ceux et celles qui ont une vie de couple, par une interrogation sur la qualité de ce lien, qui peut aller jusqu'à sa remise en question davantage chez l'homme, encore une fois que chez la femme. La tension chez l'homme est d'autant plus grande qu'il projette souvent sur sa compagne l'image de la mère. Cette tension paraît même, de ce point de vue, proportionnelle à l'intensité de la projection. Or, la régression au stade de l'adolescence qu'entraîne la crise du milieu de la vie, éveille souvent chez l'homme l'impulsion à se libérer de la relation parentale à l'égard de sa conjointe. En réalité, ce n'est pas tant la personna-lité de la conjointe qui est en cause, ici, mais la nature du lien lui-même, avec ce qu'il comporte de contraintes et d'obligations. Car c'est surtout par rapport à la vie de couple que l'opposition entre l'homme de devoir et l'homme de plaisir se fait sentir. Il y a peu d'hommes, à ma connaissance, qui ne remettent en question, à ce moment de leur vie, sinon ouvertement du moins dans les zones obscures de la psyché, leur lien conjugal. Ce qui ne va pas, par ailleurs, sans une certaine culpabilité, qui ajoute encore à l'exigence de cette transition. C'est aussi très souvent à ce moment que les enfants parviennent eux-mêmes à la crise de l'adolescence : la contestation de l'autorité parentale qu'ils manifestent alors a souvent pour effet d'accentuer la crise du milieu de la vie chez les parents, qui en viennent à s'interroger sur le sens de leur fonction parentale. Et je dirais encore une fois plus spécialement dans le cas de l'homme, de sa fonction paternelle. Comme je l'ai signalé plus haut, il est d'autant plus difficile aujourd'hui de se définir comme père, qu'on a soi-même participé dans sa jeunesse à la vague de contestation de l'autorité parentale et surtout paternelle, alors que ses propres enfants parviennent eux-mêmes à l'âge de la contestation, faisant ainsi écho, une vingtaine d'années plus tard, à ce qui fut l'amorce d'une véritable révolution. Certains hommes trouvent malaisé d'assumer à cette étape de leur vie la fonction qu'ils ont contestée chez les autres, parfois même avec fracas, dans leur jeunesse. Il faut se rendre à l'évidence et reconnaître que la recherche de nouveaux modèles d'autorité ne va pas sans ratés. Alors qu'on voit, aujourd'hui, de plus en plus de pères s'occuper activement de leurs jeunes enfants ce dont les médias font d'ailleurs grand état il n'en demeure pas moins que l'interaction avec les adolescents est, en fait, beaucoup plus difficile. Les pères ont alors, parfois, tendance à abandonner la partie. On trouve sans doute ici l'une des causes de ce qu'on appelle la démission des pères. Or, par ailleurs, cette démission n'est pas sans représenter, très souvent, un écueil pour la vie de couple. Depuis quelques années, certains conseillers conjugaux en sont venus à penser que, dans bien des cas, l'homme souhaite en réalité non pas divorcer de sa compagne mais plutôt de sa famille, afin de se libérer des contraintes qu'elle représente, entraînant du même coup une libération... de la mère! Il est évident que les crises que traverse l'un des conjoints ont toujours des répercussions sur l'autre et représentent autant d'écueils pour la vie de couple. D'autant plus qu'on a généralement tendance à chercher à l'extérieur de soi, et surtout dans la vie de couple elle-même, plutôt qu'à l'intérieur de soi, la cause de ses états de mal-être. Alors qu'en réalité les problèmes du couple sont très souvent l'effet de problèmes individuels qui n'ont pas été résolus. Je me suis souvent demandé pour quelle raison les hommes, au moment où ils traversent
une crise, cherchaient souvent à en faire porter la responsabilité à leur compagne.
Aussi longtemps, semble-t-il, qu'un homme ne s'assume pas, il a tendance à faire porter
aux femmes en général et à sa compagne en particulier, la responsabilité non seulement
de ses crises mais aussi... de tout ce qui ne marche pas dans le monde! Et ce, parce qu'il
projette sur elle(s) l'image de la mère, de celle qui l'a mis au monde, l'éveillant
ainsi, pour reprendre la formule de Joseph Campbell, à "l'horreur de vivre"...
Curieusement, la plupart des femmes, à moins de s'être elles-mêmes éveillées, ont
culturellement (je n'ose pas dire : naturellement) tendance à se tenir pour
responsables de tout ce qui ne marche pas dans le monde... De ce que la porte ferme mal,
de ce que le lait à suri, de ce qu'il pleut, de ce que les enfants ont le rhume...
J'exagère à peine! Chez les célibatairesChez les célibataires, la crise du milieu de la vie se manifeste surtout par un profond sentiment d'isolement. C'est particulièrement vrai pour les homosexuels qui vivent souvent cet isolement de façon dramatique, dans la mesure où, le plus souvent, ils assument mal le vieillissement.
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| Jung, Carl G.; Psychologie du transfert (éd. Albin Michel). | Des
états de mal-être plus aigus:
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Dans l'École de psychologie jungienne on associe, du reste, l'angoisse qui accompagne les expériences intérieures au processus d'individuation, qui tend à la réalisation de l'être, et on la définit comme la "nigrido" ou stade inférieur du processus alchimique. Particulièrement chez les hommes encore une fois qui éprouvent, au moment de la transition du milieu de la vie, le besoin d'une initiation à la masculinité. |
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| Corneau, G; IN Guide Ressources, nov.-déc. 88, vol. 4, no 2. | Comme le disait le psychologue jungien Guy Corneau dans une interview : "Mon hypothèse est que la dépression, les ulcères, les faillites, les accidents sont autant de rites dinitiation contemporains que se donnent inconsciemment les hommes pour accéder à une vie adulte et sortir de la dépendance maternelle." | ||
| Je
me suis souvent demandé à quelle révélation difficile tendaient, en définitive, ces
états de mal-être plus aigus. Le mot qui me vient, et auquel j'ai déjà recouru, est
celui de lucidité. Il me semble qu'à certains moments, comme par exemple au milieu de la
vie, qui me paraît, de ce point de vue, une moment privilégié, des individus sont
frappés par un éclair de lucidité qui les atteint en pleine action, libérant toute une
kyrielle de questions sur le sens de la vie. C'est peut-être ce à quoi pensait le poète Gérard de Nerval lorsqu'il écrivait : "L'hypocondrie mélancolique est un terrible mal : elle fait voir les choses telles qu'elles sont..." Mais ne serait-ce pas plutôt le contraire : ne serait-ce pas parce que, soudain, on voit les choses telles qu'elles sont, qu'on sombre dans ce qu'il appelait 'l'hypocondrie mélancolique' qui serait une expérience nécessaire sur la voie de la sagesse? C'est en quoi, précisément, toute crise et, plus particulièrement celle du milieu de la vie, peut être vécue comme une initiation. Ce serait même, de nos jours en Occident, la seule véritable initiation. |
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DE LA MORT INITIATIQUEAu cur de la transition du milieu de la vie se trouve la confrontation, plus ou moins consciente, avec l'éventualité de sa propre mort. Mais pour que cette transition prenne vraiment un caractère initiatique, elle doit éventuellement être vécue en pleine conscience. Car la démarche que je suggère se veut être initiatique : non pas seulement informative, mais transformative. Je souhaite qu'elle soit l'occasion d'une véritable conscientisation. Car, ou bien vous avez traversé la transition du milieu de la vie mais, compte tenu des valeurs de notre société qui se définissent à peu près exclusivement en fonction de l'adaptation au monde extérieur, vous n'avez peut-être pas poussé assez loin cette confrontation; ou bien vous êtes parvenu à cette étape de votre évolution et il me paraît alors important d'alimenter votre réflexion, de vous fournir certains outils pour la structurer; ou bien, enfin, vous êtes encore dans la première phase de la vie et les informations que je communique ici peuvent sans doute ajouter une dimension importante à votre vie dans laction en vous permettant d'en avoir déjà une vue d'ensemble. Dans la première phase de la vie active, on est assez peu conscient du temps qui passe et de sa propre évolution dans le temps. On va au-devant de sa vie. Car le temps apparaît devant soi. Mais au moment de la transition du milieu de la vie, alors qu'on atteint le sommet de la montagne, une division s'opère dans la perception du temps de sa vie : il y a, désormais, le temps derrière soi, sur lequel on ne peut plus revenir; et le temps devant soi : le temps qui reste à vivre... Et pour la première fois, on constate que le temps nous échappe. Cette prise de conscience ébranle l'image de soi. L'adéquation au temps est, en fait, d'autant plus difficile à vivre parce que l'on se raccroche à la vision d'hier. Car il est difficile de lâcher prise, de renoncer à ce qui nous définissait, à ce à quoi nous nous étions identifiés jusque-là, pour simplement aller avec le temps. Le temps passe... Oui, bien sûr. Mais derrière ce constat, il s'en trouve un autre qu'on cherche à occulter. Comme disait le poète : "C'est nous qui passons..." Car l'interrogation sur le temps qui passe, le temps de sa vie, débouche très souvent sur la confrontation avec l'éventualité de sa propre mort. L'interrogation sur la mort, qui s'impose une première fois au moment de l'adolescence, est particulièrement intense vers le milieu de la vie et revient entre cinquante-cinq et soixante ans, pour ensuite se manifester plus ou moins jusqu'à la fin de la vie. Mais c'est au moment de la transition du milieu de la vie, au moment où l'individu réalise émotivement qu'il est mortel et que le compte à rebours est commencé, que cette interrogation prend la forme d'une véritable confrontation. Mais cette confrontation n'est pas l'affaire d'un moment. Elle se traduit le plus souvent par une démarche qui comporte plusieurs étapes ou "phases", vécues plus ou moins consciemment selon le degré d'ouverture de l'individu. Or, il se trouve que les étapes de la confrontation avec l'éventualité de sa propre mort sont, en fait, les mêmes que celles de la confrontation avec la mort elle-même. Il faut donc s'attendre à rencontrer une résistance qui pourra se traduire, selon le niveau de conscience où on est parvenu, par le refus ou l'isolement, la colère, le marchandage, la dépression avant d'en arriver à l'acceptation ou la transcendance. |
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| Élisabeth Kübler-Ross, Sida, un ultime défi à la société (éd. Stanké). Mais elle aborde la question des "phases du mourir" dans plusieurs autres de ses livres. Cette femme étonnante, psychiatre célèbre, a personnellement assisté des milliers de mourants. |
Telles sont les cinq "phases du mourir" identifiées par Élisabeth Kübler-Ross, mais qui ne se produisent pas obligatoirement dans cet ordre. Ce sont aussi, du reste, les étapes que chacun doit traverser, pas forcément non plus dans cet ordre, au moment de la plupart des épreuves de sa vie : la perte d'un être cher, un divorce, une dépression, une faillite... Encore une fois, le refus ou l'isolement, la colère, le marchandage, la dépression, l'acceptation ou la transcendance. De même que les étapes que nous traversons tous au moment des crises qu'entraîne l'évolution au cours du cycle de vie, en particulier celle de la transition du milieu de la vie. Car ce sont, en définitive, les étapes de toute expérience initiatique alors qu'il sagit, chaque fois, de mourir pour renaître à un niveau de conscience plus élevé. Toutefois, comme je l'ai dit plus haut, pour que la transition du milieu de la vie prenne un caractère initiatique, elle doit éventuellement être vécue en pleine conscience. Mais il est rare que la démarche qu'elle entraîne soit consciente dès le début : elle se traduit d'abord, le plus souvent, par le refus et/ou la colère et/ou le marchandage et/ou la dépression... Pour qu'elle se traduise par l'acceptation ou la transcendance, cette démarche doit absolument devenir consciente, les deux dernières "phases du mourir" ne pouvant être vécues autrement qu'en pleine conscience. Car, en dernière analyse, l'enfant doit mourir, c'est-à-dire, ici, que le système de défense découlant de la mentalité de l'enfance doit éclater, pour donner naissance à l'adulte. Or, aussi longtemps qu'on résiste à la croissance par le refus et/ou la colère et/ou le marchandage et/ou la dépression, le système de défense n'éclate pas. Seules, donc, l'acceptation ou la transcendance donnent naissance à l'adulte et permettent plus tard d'accéder à la maturité. Voici maintenant le moment, pour le héros, de confronter la Sphinx. |
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| Jean-Louis Gassée; PDG d'Apple - France. IN Les nouveaux guerriers (éd. Autrement, numéro sous la direction de Bob Aubrey). | DE LA CONFRONTATION AVEC LA MORT
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| Carlos Castaneda, Le voyage à Ixtlan (éd. Gallimard/coll. Témoins). |
"La mort est le seul conseiller valable que nous ayons"C'est au moment de la transition du milieu de la vie, à la charnière des deux grandes phases de la vie, alors qu'il se trouve au sommet de la montagne avec, derrière lui, le passé qui correspond à la phase ascendante et, devant, l'avenir qui correspond inévitablement à la phase descendante, que le guerrier rencontre pour la première fois sa mort en face. Peut-être a-t-il frôlé la mort plus tôt dans sa vie, au moment du décès d'un proche, ou encore d'une expérience personnelle, comme par exemple d'un accident de voiture... Sans compter que dans la première phase de la vie, parfois dans l'enfance mais le plus souvent au moment de l'adolescence et de la crise d'identité qu'elle entraîne, la plupart ont déjà été confrontés à l'énigme de la mort... Mais cette fois, au moment de la transition du milieu de la vie, c'est à l'éventualité de sa propre mort qu'on se trouve confronté. Cette confrontation, on ne doit pas chercher à l'éviter : elle est au cur de la remise en question que provoque la transition du milieu de la vie. Sans compter qu'il en va ici comme de la confrontation avec certains mauvais rêves : plus on refuse de les regarder en face et de les assumer, plus ils s'imposent avec force. Tout se passe donc comme s'il s'agissait d'une épreuve, au sens héroïque du terme, qu'il faut traverser pour ne pas entrer à reculons dans la seconde phase de la vie. Le guerrier doit confronter l'éventualité de sa propre mort avec lucidité et coura-ge deux qualités du guerrier. Car, désormais, le guerrier devra cheminer avec sa mort. "La mort est notre éternel compagnon, dit Don Juan, le chaman amérindien, à son disciple l'anthropologue Carlos Castaneda. Elle est toujours à notre gauche, à une longueur de bras... La mort est le seul conseiller valable que nous ayons. (...) Lorsque tu t'impatientes, tourne-toi simplement vers ta gauche et demande un conseil à ta mort. Tout ce qui n'est que mesquineries s'oublie à l'instant où la mort s'avance vers toi, ou quand tu l'aperçois d'un seul coup d'il, ou seulement quand tu as l'impression que cette compagne t'observe sans cesse. (...) L'un de nous deux doit demander à la mort de le conseiller et laisser tomber les mesquineries courantes des hommes qui vivent leur vie comme si la mort n'allait jamais les toucher." |
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À partir de ce moment, le contrat entre Don Juan et son disciple est clair : pour devenir un guerrier, un homme de connaissance, il devra désormais modifier l'organisation de sa vie et, avant tout, apprendre à tenir compte de cette compagne qu'est la mort. C'est désormais la présence de sa mort qui va permettre au guerrier de renouveler le sens de son action. |
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UNE RÉFLEXION SUR DEUX THÈMES :La confrontation avec l'éventualité de sa propre mort doit donc provoquer une réflexion. Cette réflexion, elle va déboucher ou non sur la conviction de la survie de la conscience individuelle après la mort du corps physique. Car ce qui importe à cette étape, c'est la confrontation même, le face à face avec la mort, et non pas la conviction qui peut éventuellement en résulter. Une confrontation lucide et courageuse aura nécessairement pour effet, à un moment ou à un autre, d'enclencher un mécanisme qui fera surgir la réponse. Cette confrontation, pourtant, ne doit pas susciter la morosité mais plutôt déboucher sur le choix de vivre pleinement la vie en remportant une victoire renouvelée, jour après jour, sur toutes les petites morts que représentent les regrets, les inquiétudes et surtout les peurs... Le guerrier doit donc considérer la confrontation avec la mort de deux points de vue :
LA MORT DANS LA VIE...La confrontation avec l'éventualité de sa propre mort est d'autant plus difficile à notre époque que la mort a fait l'objet, depuis le début du siècle, d'une véritable occultation. Phénomène unique dans l'Histoire, la mort est devenue taboue. Pour autant qu'on sache, en effet, nous participons d'une civilisation qui serait la première à ignorer à peu près complètement la mort. Tout se passe aujourd'hui comme si la mort n'existait pas. Non seulement on cache la mort mais on étouffe le plus possible le discours sur la mort. Il n'y a pas de doute que cette occultation contribue grandement à faire de la crise du milieu de la vie une étape plus difficile à vivre à notre époque qu'elle ne l'a sans doute jamais été dans le passé. La conscience individuelle survit-elle à la mort du corps physique? Je crois utile de communiquer ici la réponse que j'ai trouvée pour moi-même à cette question et témoigner de l'attitude qu'elle devait m'inspirer. Mais je précise qu'en communiquant ma propre conviction, je ne cherche pas à l'imposer aux autres. C'est chacun pour soi qu'il faut confronter la mort. Comme tous les grands moments de la vie, on doit les traverser seul. La démarche du guerrier est solitaire. Considérez donc mon témoignage comme l'occasion d'une interrogation d'un exercice sur le thème de la mort.
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Je crois que la mort n'existe pas. Je veux dire que la conscience individuelle survit à la mort du corps physique. Ce que nous appelons la mort serait donc une transition d'un plan à un autre. Car rien ne meurt jamais. Tout se transforme. C'est du moins ma conviction personnelle. Elle découle de la confrontation avec l'éventualité de ma propre mort, qu'a suscitée chez moi la crise du milieu de la vie. Cette confrontation devait me pousser à consacrer plusieurs années à l'étude de cette question . La Pensée traditionnelle enseigne que ce n'est pas le corps qui a une âme, mais l'âme qui, à un moment, prend un corps pour franchir une étape de son évolution. L'âme devient alors prisonnière du corps physique et de la nature humaine, alors qu'elle doit faire l'expérience d'une incarnation au plan matériel. De ce point de vue, ce serait donc ici, au plan physique, que nous serions morts; et au-delà, au plan psychique, que nous serions vivants. Ce qui fait dire que le sens de la vie se trouve dans le sens de la mort. |
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... ET LA VIE DANS LA MORTMais au-delà de la réflexion nécessaire pour enclencher le processus de conscientisation, ne vous occupez plus de la mort qui vient. Elle va s'occuper de vous... Occupez-vous plutôt de la mort qui vous habite et qui détermine vos attitudes, vos comportements, et employez-vous à la vaincre, jour après jour. Telle est la tâche du guerrier. Ce qui importe, en effet, c'est de se libérer de la mort psychique et spirituelle qui nous habite au plan physique où nous sommes, ici et maintenant, et qui se manifeste par notre résistance à accepter ce qui est à dire "oui" à la vie. C'est l'exercice auquel je vous invite à vous livrer en répondant à la question suivante : quelle est la chose la plus grave qui puisse vous arriver? La réponse qui normalement surgit à l'esprit est : "la mort...". Pourtant, si la chose la plus grave qui puisse vous arriver est de mourir, vous ne pouvez avoir de la vie qu'une vision tragique. Considérée sous cet aspect, la vie apparaît comme une tragédie : il est évident, en effet, que personne n'échappe à la mort. Il est même étonnant qu'on n'en soit pas davantage conscient... Je n'ai pas dit : un drame mais une tragédie. Le drame se définit au plan humain : il s'élabore à partir d'attitudes humaines; alors que la tragédie échappe à toute intervention humaine : elle procède de la Fatalité. C'est ainsi que je peux décider de me rendre à la campagne pour le week-end mais, quelques minutes avant d'arriver à destination, mon véhicule entre en collision avec un camion-citerne... et s'en est fait de moi! Devant la Fatalité, il n'y a qu'à s'incliner. La réponse à la question devrait donc être plutôt : "de ne pas vivre pleinement la vie, ici et maintenant." Telle est la chose la plus grave qui puisse vous arriver. Car s'il est vrai qu'on est impuissant devant la mort en tant que manifestation de la Fatalité, en revanche chacun de nous peut intervenir au niveau de la mort qui l'habite et qui se manifeste en lui tous les jours de la vie, dans ses attitudes, ses comportements, ses pensées, ses créations mentales... Les deux grands moteurs qui déterminent nos existences sont l'instinct de mort et l'instinct de vie. C'est au niveau même de cette opposition que nous pouvons et que nous devons intervenir, en réduisant le plus possible l'influence de l'instinct de mort et en augmentant celle de l'instinct de vie. Mais tous les jours nous laissons l'instinct de mort étendre son emprise sur nous par notre refus inconscient de la vie. Car nous portons en nous une contradiction fondamentale, partagés que nous sommes entre l'instinct de vie et l'instinct de mort. Chacun de nous est à la fois James Bond et le Dr No qui, devant sa chute imminente et l'effondrement de son entreprise, souhaite entraîner le monde entier avec lui. Il nous faut prendre conscience de cette dualité fondamentale qui nous habite. L'instinct de mort se traduit souvent par un goût inconscient du malheur et de la catastrophe. L'impression que tout pourrait s'effondrer nous venge, pour ainsi dire, de toutes les déceptions, les désillusions, les frustrations que nous endurons dans un monde qui tend de plus en plus à nous dépersonnaliser. Il est donc très important de devenir conscient que cet instinct de mort nous habite, pour ensuite choisir la vie. La confrontation avec la mort, c'est donc aussi la confrontation avec l'instinct de mort, qui cherche à déterminer nos vies en entretenant nos résistances à ce qui est, à travers nos sentiments négatifs et en particulier notre peur de vivre. Car le refus de la vie s'exprime surtout par la peur... Par la peur des événements : peur d'échouer mais aussi, curieusement, peur de réussir; par la peur des autres, qui se manifeste dans le domaine de l'action par la volonté de les contrôler, de les manipuler; par la peur qu'on s'inspire à soi-même, en particulier par la peur de notre aspect obscur, d'autant plus grande qu'on l'entretient par le refus de l'éclairer. Et surtout peut-être par la peur de la liberté, la sienne et celle des autres. Bref, par la peur de vivre. Dire 'non' à la vie, c'est entretenir, par exemple, la peur confuse de 'mourir de faim'. Cette formule vous fait sourire? Pourtant, la peur de manquer du nécessaire est toujours bien vivante en chacun de nous, plus ou moins impérative selon qu'on est parvenu ou non à l'identifier et à composer avec elle en pleine conscience. Il n'y a qu'à observer jusqu'où nous poussons notre besoin de sécurité, que ce soit par le biais de nos régimes d'assurances et de nos plans de retraite, pour constater que la plus grande partie de nos énergies physiques et psychiques passent à apaiser en nous cette peur de manquer du nécessaire, autrement dit pour prendre le langage de l'instinct de 'mourir de faim'... Je ne dis pas qu'il faille renoncer à toute forme de prévoyance. Je suis en général opposé à toute démarche radicale car, en toutes choses, il faut trouver le juste milieu. Mais je dis qu'il faut voir nos véritable mobiles, afin de réduire le plus possible la peur qui les entretient.
L'ennemi, il est en chacun de nous. C'est la mort qui nous habite et qui détermine, jour après jour, nos petitesses, nos mesquineries, nos inquiétudes... notre médiocrité. C'est l'instinct de mort en chacun de nous, qui s'exprime aussi dans notre complaisance à interroger anxieusement l'avenir : les inquiétudes, les doutes que nous entretenons; et à ressasser maladivement le passé : les regrets, les remords, les pertes mal assumées...
C'est la petite mort, jour après jour, que représente l'alcoolisme, la «télévisionnite», le laisser-aller, le suicide à la petite journée. Telle est la mort que le guerrier doit vaincre, celle qu'il porte en lui. Et non pas l'autre, celle qui s'impose de plus en plus à lui : elle est, au contraire, une compagne avec laquelle il doit apprendre à vivre, une compagne dont la présence lui permet de voir les événements de sa vie dans leur véritable perspective. Alors que la mort qu'il porte en lui, le guerrier doit la vaincre dans ses pensées, dans ses paroles, dans ses attitudes, dans ses actes par sa détermination à vivre pleinement. Choisir la vie, c'est vaincre la mort que représente une vie sans idéal, sans défi, sans grandeur... Choisir la vie, pour le guerrier, c'est dire oui à la vie! Tel est le sens de l'initiation. |
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- Le départ du héros: la jeunesse
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