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Témoignage


Avec le recul, je me rends compte que cette étape de ma vie, je l'ai effectivement entreprise par un départ. J'avais 18 ans et, après quelques années passées à ramasser un peu d’argent, je m'embarquai à bord d’un cargo français – le SS Rouen – pour débarquer en France, terre de mon exil volontaire, où m’attendait l'aventure.

De cette époque, il me revient que je l'ai vécue avec une certaine rage de vivre. Dans les années cinquante, j'ai revu trois fois un film au titre révélateur de mon état d'esprit d'alors : "Une place au soleil".

Pour la petite histoire, j'ajoute que j'ai revu deux fois ce film en compagnie de mon ami, l'écrivain Hubert Aquin.

Je reconnais aujourd'hui que j'étais alors partagé entre deux types de besoin, apparemment contradictoires : celui de vivre ma vie comme une aventure, échappant le plus possible aux contraintes; et celui de me définir en tant qu'être social, ce qui suppose, au contraire, de les assumer. J'ai découvert depuis que cette dichotomie est relativement commune à cet âge.

Pendant ces années, j'ai accordé une importance capitale à la recherche de modèles. J'ai même longtemps couvé le projet d'écrire un livre qui aurait eu pour titre : "Je cherche un Maître"... J'ai connu et fréquenté des êtres de qualité, hommes et femmes, qui étaient pour la plupart parvenus à la seconde phase du cycle de vie, celle de la maturité, et qui ont été mes mentors dans divers domaines. Je crois pouvoir ajouter que j'ai été un disciple attentif et réceptif.

Des sentiments qui m'animaient à cette époque, je reconnais l'ambition, voire même une certaine volonté de puissance, qui devait se traduire par une action débordante dans les domaines les plus divers mais tous associés à la communication. Il m'apparaissait que tout était possible. J'ai vécu ces années comme un grand jeu, avec des réussites et aussi des échecs – qui d'ailleurs furent nombreux. Mais je trouvais toujours l'énergie de recommencer autre chose, ailleurs, autrement.

Au plan affectif, que je parvenais mal à dissocier de celui de l'action, j'ai vécu tout aussi intensément ma vie de couple, ponctuée d'aventures extra-conjugales – "entre les périls du désir et la peur", pour reprendre une formule de Joseph Campbell; avec de grands moments, comme la naissance de mes enfants, au milieu des voyages, des changements d'orientation – à la recherche du sens de ma vie... jusqu'à l'âge de 38 ans, où je me trouvai tout à coup, mais sans doute comme il se devait, en pleine crise.

...Mais ça, c'est une autre histoire!

Jacques Languirand

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