Je
reconnais aujourd'hui que j'étais alors partagé entre deux types de besoin, apparemment
contradictoires : celui de vivre ma vie comme une aventure, échappant le plus
possible aux contraintes; et celui de me définir en tant qu'être social, ce qui suppose,
au contraire, de les assumer. J'ai découvert depuis que cette dichotomie est relativement
commune à cet âge. Pendant
ces années, j'ai accordé une importance capitale à la recherche de modèles. J'ai même
longtemps couvé le projet d'écrire un livre qui aurait eu pour titre : "Je
cherche un Maître"... J'ai connu et fréquenté des êtres de qualité, hommes et
femmes, qui étaient pour la plupart parvenus à la seconde phase du cycle de vie, celle
de la maturité, et qui ont été mes mentors dans divers domaines. Je crois pouvoir
ajouter que j'ai été un disciple attentif et réceptif.
Des sentiments qui
m'animaient à cette époque, je reconnais l'ambition, voire même une certaine volonté
de puissance, qui devait se traduire par une action débordante dans les domaines les plus
divers mais tous associés à la communication. Il m'apparaissait que tout était
possible. J'ai vécu ces années comme un grand jeu, avec des réussites et aussi des
échecs qui d'ailleurs furent nombreux. Mais je trouvais toujours l'énergie
de recommencer autre chose, ailleurs, autrement.
Au plan affectif, que je
parvenais mal à dissocier de celui de l'action, j'ai vécu tout aussi intensément ma vie
de couple, ponctuée d'aventures extra-conjugales "entre les périls du
désir et la peur", pour reprendre une formule de Joseph Campbell; avec de grands
moments, comme la naissance de mes enfants, au milieu des voyages, des changements
d'orientation à la recherche du sens de ma vie... jusqu'à l'âge de 38 ans,
où je me trouvai tout à coup, mais sans doute comme il se devait, en pleine crise.
...Mais ça, c'est une autre
histoire!