LA VIE DONT VOUS ÊTES LE HÉROS |
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1- le départ du héros : la jeunesse |
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| The Power of Myth with Bill Moyers (éd. Doubleday). |
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M'adressant plus particulièrement aux gens d'action, hommes et femmes, je vais surtout m'en tenir à propos de la première phase du cycle de la vie, à la seconde étape, c'est-à-dire celle qui commence vers la vingtaine et qui correspond au départ du héros pour l'aventure dans le monde. |
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L'OBJET DE LA PREMIÈRE PHASE :
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RÉUSSIR DANS LA VIEIl est relativement facile de définir la première phase de la vie, qui est celle de la jeunesse, par opposition à la seconde qui est celle de la maturité, car elle correspond largement aux valeurs de la société actuelle. Nous y sommes bien préparés : en mettant l'accent sur la spécialisation, le système d'éducation prépare, en effet, relativement bien à relever les défis de la jeunesse. Les priorités de la première phase du cycle de vie se définissent surtout par rapport à l'être collectif, à quoi il faut s'employer sans se perdre de vue; alors que celles de la seconde phase se définiront surtout par rapport à l'être individuel. Au cours de la première phase, le sens de la vie se trouve dans l'adaptation au monde extérieur. Cest l'étape du périple où le héros est tourné vers l'objet, ce qui se traduit par la formule : réussir dans la vie. Il s'agit donc, en fait, de se prendre en charge et de s'assumer; de devenir autonome : auto-suffisant, auto-déterminé. De se faire une place au soleil. |
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C'est l'étape où le héros doit cultiver le sens de l'éthique. Cette exigence est d'autant plus essentielle à notre époque que l'égocentrisme prédomine. Ce qui suppose que les choix doivent être aujourdhui commandés par des valeurs personnelles qui ne correspondent pas à celles qui prévalent dans la société actuelle. Une telle conduite ne peut découler que d'une véritable autonomie. |
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À cette étape, quelques tâches majeures s'imposent :
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Pour réussir dans la vie, on doit se spécialiser : atteindre un haut degré de culture dans un domaine restreint. Ce qui revient à dire qu'on doit laisser en friche beaucoup de ses aptitudes pour développer celles qui sont indispensables à sa survie. L'actualisation de soi dans le monde détermine en grande partie les motivations. Ce qui se traduit nécessairement par un certain conformisme : il faut jouer le jeu de la société, remplir la fonction qu'elle nous impose ou qu'on s'impose, vivre le personnage. Ce qui ne va pas sans certaines frustrations, qui se cristallisent généralement vers la trentaine, alors qu'on prend conscience de l'écart entre son rêve de vie et la réalité. La réussite, à cette étape, se mesure au succès. Ce qui représente pour l'estime de soi, un défi considérable : confronté au monde extérieur et aux autres, il faut se prouver à soi-même... La trentaine passée, les échecs peuvent se traduire par des désordres émotionnels : l'alcoolisme, la dépression, les troubles psychosomatiques, qui démontrent bien la difficulté de réussir dans la vie. |
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| Ces généralités, pour valables qu'elles soient, ne vont pas sans certaines contradictions. Parmi ces contradictions, il s'en trouve deux que je crois utile de signaler plus particulièrement, parce qu'elles sont plus manifestes à notre époque :
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La recherche de modèles... et le «conflit des générations»J'ai dit, en témoignage, l'importance que j'ai accordée, à cette étape de ma vie, à la recherche de modèles. Je constate que les jeunes adultes paraissent, aujourd'hui, moins concernés que je ne l'étais par cette question, alors qu'à une époque dominée par le changement, ils sont plus que jamais, porteurs de valeurs nouvelles. Pourtant, je n'en continue pas moins de considérer qu'à cette étape de la vie, la recherche de modèles demeure capitale pour les jeunes adultes. |
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Les modèles, en principe, véhiculent des valeurs relativement stables, en fonction d'une certaine continuité; alors que les jeunes adultes de tous les temps sont porteurs de valeurs nouvelles, en fonction d'un renouvellement. Jusqu'à récemment, il semblait exister un équilibre entre ces deux tendances : celle de continuité et celle de renouvellement. Et dans les cas où un déséquilibre apparaissait, il favorisait généralement, sauf dans les périodes révolutionnaires, les valeurs de continuité, comme c'est le cas, par exemple, dans les sociétés traditionnelles. Or, à notre époque, les valeurs de continuité sont, au contraire, remises en question, alors que les valeurs nouvelles s'imposent avec d'autant plus de force que tout ce qui est nouveau apparaît comme un progrès indiscutable. On voit donc mal l'intérêt que pourrait présenter la recherche de modèles dont on soupçonne qu'iils auraient un effet de freinage. Il s'ensuit que la disproportion entre les valeurs de continuité, qui ne font plus l'objet d'une transmission, et celles associées au renouvellement crée une grande instabilité. Cette situation n'est pas sans provoquer des malaises, voire même, chez certains, des états de mal-être. De tout temps, la nécessité pour les jeunes adultes de trouver leur place au soleil a eu pour effet d'alimenter ce qu'on appelle "le conflit des générations". Ce conflit tient d'une part à la différence d'âge, les priorités des générations n'étant pas les mêmes; mais de plus en plus, de nos jours, à ce que les générations se définissent en fonction de valeurs souvent très différentes, parfois même opposées. Ce conflit est d'autant plus important aujourd'hui que les jeunes adultes, les baby-boomers, qui se trouvent dans la première phase de la vie, exercent une influence considérable sur les valeurs, du fait de leur nombre et de la qualité de leur formation; et que, de plus, l'évolution rapide des technologies et des savoirs entraîne souvent chez les autres, ceux qui sont dans la seconde phase de la vie, un sentiment, justifié ou non, d'obsolescence. Le conflit des générations correspond donc, en fait, aujourd'hui, à l'affrontement de deux systèmes de valeurs. Et parmi les valeurs qui s'affrontent, celles se rapportant à l'exercice de l'autorité suscitent le plus de tension. La contestation de l'autorité par les jeunes adultes, qu'ils en soient conscients ou non, prend même de nos jours l'aspect d'une véritable révolution culturelle. Ce qui, encore une fois, n'incite pas à la recherche de modèles de continuité. Mais cette contestation, amorcée vers la fin des années soixante et le début des années soixante-dix par les baby-boomers, qui devait provoquer l'ébranlement du modèle traditionnel de l'autorité, et surtout de l'autorité paternelle, paraît avoir, depuis quelques années, un curieux effet de retour, alors que ces jeunes adultes doivent, à leur tour, assumer la fonction de l'autorité. Car on ne peut demeurer un fils, ou une fille contestataire toute sa vie : il faut bien en venir, à un moment, à assumer soi-même la fonction de l'autorité. Au cours du cycle de vie, qu'on le veuille ou non, on change nécessairement de rôles... Mais dans la mesure où il n'y a guère de modèles de fonctionnement hérités du passé que naient contestés ces jeunes adultes, il leur faut aujourd'hui, pour être conséquents avec eux-mêmes, inventer de nouveaux modèles d'autorité. Ce qui rend cette phase de la vie active encore plus exigeante. C'est peut-être la raison pour laquelle, du reste, on observe que la crise du milieu de la vie, qui en principe se produit vers la quarantaine, alors qu'on doit justement devenir son propre père/mère, survient plus tôt, dans bien des cas autour de 35 ans. |
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| The Power of Myth with Bill Moyers (éd. Doubleday). | Entre l'aventure et le conformisme
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J'ai aussi reconnu plus haut qu'à cette étape de ma vie, j'avais le sentiment d'être partagé entre deux besoins appa-remment contradictoires : celui de vivre la vie comme une aventure, aussi libre que possible par rapport aux contraintes la stimulation; et celui de me définir en tant qu'être social, ce qui suppose, au contraire, que l'on se conforme la sécurité. Ou encore, pour revenir à la pensée de Campbell, je dirais que j'étais partagé entre le besoin de suivre mon intuition car j'ai l'audace de penser que l'intuition incite à vivre la vie comme une aventure... et celui de m'adapter, de me conformer aux attentes des autres. Dans quelle mesure suis-je parvenu, sinon à toujours suivre mon intuition, du moins à trouver un équilibre heureux entre ces deux tendances : celle du coeur et celle de la tête? Je me le demande encore aujourd'hui. L'alternative devant laquelle se trouve le héros, à cette étape de sa vie, peut se ramener à deux propositions contraires : d'une part, comme je l'ai dit plus haut, il doit se définir par rapport à l'être collectif, se conformer, être les autres; mais d'autre part, comme il appert maintenant, il doit aussi veiller à ne pas étouffer son individualité, mais à l'affirmer de plus en plus, en suivant son intuition, pour éventuellement être soi. Le héros doit parvenir à assumer cette contradiction, ce qui se ramène le plus souvent à trouver une formule de compromis, c'est-à-dire se plier aux attentes du milieu... mais sans se perdre de vue. Ou encore, à trouver la voie du milieu, mais sans ignorer qu'on avance alors sur le fil du rasoir. La règle de conduite qui permet d'y parvenir paraît se trouver dans l'adaptation par l'action, ce qui suppose une certaine résistance à la menace d'être englouti par les autres, et non dans l'adaptation par la soumission. Car, vers le milieu de la vie, ceux qui auront manqué de caractère, optant pour l'adaptation par la soumission, seront devenus à tel point conformistes qu'il leur sera impossible de devenir adultes, c'est-à-dire autonomes et responsables, s'étant pour ainsi dire perdus de vue, peut-être pour toujours... On trouve dans le mythe de l'Odyssée un épisode qui suggère une métaphore pertinente. Tout se passe, en effet, comme si le navire de ces voyageurs s'était échoué sur les récifs du conformisme parce qu'ils se sont laissés attirer par le chant des Sirènes. Il faut dire que, dans la société de masse à intégration poussée qui est la nôtre, le chant des Sirènes de la production/consommation est particulièrement séduisant, et qu'il est facile de se perdre de vue. Le héros doit se définir à la fois par rapport au système afin de réussir dans la vie, mais aussi par rapport à des valeurs personnelles qui vont lui permettre, le moment venu, de réussir sa vie. Tel est sans doute, aujourd'hui plus que jamais, le plus grand défi que doit relever le héros dans la première phase de sa vie. |
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| The Power of Myth with Bill Moyers (éd. Doubleday). | La crise de la trentaine
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| Dr Gilbert Tordjman; Les espaces de la vie 17/33 ans (éd. Nathan). | Vers la trentaine, le héros a fait son entrée dans le monde des adultes. Il a donc, en principe, commencé à réaliser deux de ses rêves de vie : développer une relation privilégiée sur le plan affectif et sexuel; et donner une forme à sa démarche au plan professionnel. Mais c'est alors que, bien souvent, l'écart entre le rêve et la réalité se révèle à lui et qu'il lui faut parfois reconsidérer ses choix. Il s'agit ici, en fait, de la manifestation que représente l'opposition dont j'ai parlé plus haut, entre l'aventure et le conformisme, c'est-à-dire une démarche guidée par l'intuition et l'obligation de se conformer, mais à l'état de crise. On estime à environ 60 p. cent la proportion de jeunes adultes qui traversent une crise à cette étape de leur vie. Ces jeunes, qui supportent mal l'écart entre le rêve et la réalité, ont l'impression de ne pas avoir fait les bons choix et de se trouver dans une impasse. Ces choix, leur semble-t-il, ne leur ont pas apporté la satisfaction qu'ils espéraient en tirer. Ils éprouvent en particulier le sentiment d'avoir sacrifié leur nature profonde qui correspond à la voie de l'intuition dont parle Campbell à l'adaptation au monde extérieur. Le plus souvent, une remise en question à cette étape de la vie n'entraîne pas de bouleversement profond de la structure de vie : elle n'inspire généralement que certaines modifications. Mais il arrive aussi qu'elle provoque des changements plus importants : de profession, ou de partenaire, ou même parfois, surtout chez les hommes, un rejet des enfants... La crise de la trentaine est moins difficile à traverser que ne le sera celle du milieu de la vie, vers la quarantaine, parce que la perception du temps demeure celle de la jeunesse : vers la trentaine, la vie est encore devant soi. Cette crise, pourtant, n'en est pas moins réelle comme en témoigne chez certains des manifestations psychosomatiques telles que fatigue, tension nerveuse, états dépressifs. Une crise, à cette étape, n'est jamais sans répercussions sur la vie de couple. Sans compter qu'il arrive qu'elle soit vécue à peu près en même temps par les deux conjoints. La plupart des jeunes, aujourdhui, prennent volontiers la vie de couple pour acquise et n'acceptent pas de se sacrifier, non pas à l'autre, mais à la relation même. Car l'amour est un choix : il entre de la détermination dans le projet de vivre ensemble. Par ailleurs, ils entretiennent par rapport à la vie de couple, des attentes excessives, sans pour autant consentir à investir le temps et l'énergie nécessaires pour la vivre de façon constructive. Il faut dire que la trentaine est la période de la vie où on investit beaucoup dans le travail, la carrière et la socialisation, à notre époque plus que jamais sans doute, ce qui a souvent pour effet de compromettre l'équilibre du couple. C'est ainsi qu'on peut observer, ces années-ci, une baisse du désir sexuel chez les couples de cet âge, ces jeunes adultes sacrifiant leur vie émotionnelle et sexuelle à leurs activités professionnelles. Ce qui nest pas sans risques. Comme le fait remarquer le Dr Gilbert Tordjman, qui a une longue expérience de médecine psychosomatique et de thérapie du couple : "Les couples à la trentaine ne peuvent pas sans danger sacrifier leurs pulsions sexuelles et affectives sur l'autel du travail. Ignorer ces pulsions conduit à des conflits conjugaux majeurs, susceptibles de compromettre l'équilibre et l'union du couple." |
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«La femme de 30 ans»Tel est le titre d'un roman de Balzac, qui décrit la femme de cet âge, parvenue à son déclin... "Autres temps, autres moeurs"... et autres valeurs! Cela dit, la trentaine représente, encore aujourd'hui, une étape cruciale pour la femme. Selon les statistiques, c'est vers cet âge que se produit le plus grand nombre de tentatives de suicide. La cause en est, le plus souvent, une vie de couple insatisfaisante qui la pousse à vouloir mettre fin à ses jours : la perte d'un partenaire, la crainte de le perdre, ou encore la frustration entraînée par une vie conjugale décevante. Encore une fois, l'écart entre le rêve et la réalité... L'homme et la femme, il faut bien le dire, n'accordent pas à la vie de couple la même importance. Pour la plupart des femmes, la vie de couple représente encore, malgré ce qu'on en dit, l'aspect dominant de sa vie. Mais c'est aussi au moment de la trentaine que, de plus en plus, la femme doit choisir entre la carrière ou la famille... Ou 'choisir les deux'! Pour un grand nombre de femmes, la naissance d'un enfant représente encore le critère de l'accès au monde des adultes; mais, par ailleurs, pour un nombre de plus en plus grand, le travail à l'extérieur paraît essentiel à leur épanouissement; et pour celles qui assument les deux rôles à la fois, la tâche que représente une telle entreprise commence, vers la trentaine, à leur paraître insurmontable. C'est donc souvent à ce moment de sa vie que la femme remet en question ses choix antérieurs : celle qui reste au foyer se sent déprimée; celle qui travaille à l'extérieur, déçue dans ses attentes; et celle qui est partout à la fois, éclatée dans le temps et vidée de son énergie... Il y a des exceptions, il est vrai. Mais, contrairement à ce qu'on pouvait espérer à notre époque de progrès, le sort de la femme ne paraît pas s'être amélioré : partagée qu'elle est entre des styles de vie opposés ou complémentaires? C'est là, la question. Et c'est, à notre époque, le grand dilemme auquel la femme est confrontée... à toutes les étapes de sa vie. |
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- Le départ du héros: la jeunesse |
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