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Le
corps
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| BERTHERAT,
Thérèse; Le corps a ses raisons (Le Seuil). |
''En
ce moment, à l'endroit même où vous vous trouvez, il y a une maison
qui porte votre nom. Vous en êtes l'unique propriétaire, mais, il y
a très longtemps, vous en avez perdu les clefs. Ainsi vous restez dehors,
ne connaissant que la façade. Vous ne l'habitez pas. Cette maison, abri
de vos souvenirs les plus enfouis, refoulés, c'est votre corps.''
Thérèse BERTHERAT
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L'aliénation, en quelques mots, c'est ce qu'on éprouve lorsque
l'identité est en train de s'écrouler. C'est
être déphasé par rapport à soi-même, ne pas s'appartenir -
éprouver le sentiment d'être déraciné.
La sociologie, en particulier, fait grand cas de
l'aliénation de l'homme moderne dans la société technologique.
On en vient facilement à penser que l'individu n'a plus qu'à se laisser
entraîner par la dérive collective. Si vous cherchez une excuse pour ne
rien faire pour améliorer votre sort, n'allez pas plus loin, vous l'avez
trouvée : le milieu dans lequel nous vivons ne favorise pas le plein
épanouissement de l'individu et la société est responsable... Et alors,
vous n'avez plus qu'à vous en remettre aux autres. Ce que font du reste
la plupart des gens.
Nous confions aux autres la responsabilité de nos
vies : nous laissons aux autres, aux médecins, aux politiciens, aux
patrons, la charge de notre santé, de notre bien-être, de notre bonheur.
Si vous voulez que vos racines s'enfoncent dans le réel et avoir un peu
plus le sentiment de vous appartenir, la solution doit nécessairement
passer par vous.
L'aliénation n'est pas une abstraction. Il ne suffit
pas de faire sur la question un brillant exposé. La solution doit nécessairement
passer par votre corps. Il faut, d'abord et avant tout, retrouver son
corps.
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''Une condition
physique médiocre peut s'opposer à l'ascension de l'âme.''
Platon
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Nous commençons aujourd'hui à redécouvrir le corps que nous avions,
pour ainsi dire, perdu de vue par suite du concept de la dualité corps / esprit
et de ses effets désastreux sur la pensée occidentale. Cette dualité qui
est, entre autres, à l'origine de la séparation de la médecine en deux
branches distinctes, l'une s'occupant uniquement du corps, et l'autre,
uniquement du psychisme, va sans doute laisser encore longtemps son empreinte
sur la pensée occidentale.
Nous savons aujourd'hui qu'il y a interaction
du corps et de l'esprit. Qu'on ne peut toucher l'un sans atteindre
l'autre. Qu'on peut en revanche passer par l'un pour atteindre l'autre.
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médecine psychosomatique
À partir du moment où on a l'intuition qu'il y a
interaction du corps et de l'esprit, s'impose à nous une vision plus globale
de la médecine : le psychosomatique.
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passer par l'esprit pour atteindre le corps
Bien souvent, régler le problème psychologique équivaut à la
disparition du symptôme pathologique. Ce qui suppose toujours de considérer
chaque cas dans son entité, dans son contexte; habitat / environnement
écologique / milieu socioculturel / situation
familiale ou conjugale / vie professionnelle... Concevoir
l'individu séparé de son milieu est aussi irrecevable que la notion
de dualité corps / esprit.
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passer par le corps pour atteindre l'esprit
On a souvent reproché à la psychologie de ne pas s'occuper
suffisamment du corps. Depuis quelques années cependant, se dessinent
de nouvelles tendances qui mettent l'accent sur une compréhension
plus globale de l'être. On a mis au point plusieurs techniques pour
débloquer des canaux d'expressions autres que le canal verbal. Telles
que la relaxation, la sexotherapie. Toutes ces techniques redécouvrent
le langage du corps.
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| LOWEN,
Dr Alexander , Le corps bafoué (Tchou) |
"Normalement, l'on ne
pose pas la question : Qui suis-je? On considère sa propre identité
comme un fait établi. Tout un chacun a dans son portefeuille des papiers
servant à l'identifier. Consciemment, il sait qui il est. Un problème
d'identité se cache cependant sous cette apparence. Plus ou moins consciemment,
l'insatisfaction le perturbe, il est mal à l'aise quand il doit prendre
des décisions, et il est tourmenté par l'impression que ''quelque chose
lui échappe'' dans la vie. Il est en conflit avec lui-même et peu sûr
de ses sentiments; son insécurité reflète son problème d'identité. Quand
l'insatisfaction devient du désespoir et que l'insécurité en arrive
à la panique, l'on peut se poser la question : Qui suis-je? Cette
question indique que la façade à travers laquelle on perçoit son identité
est en train de s'écrouler. Utiliser une façade ou adopter un rôle comme
moyen de parvenir à l'identité dénote une scission entre le moi et le
corps.''
Dr Alexander
LOWEN
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La médecine psychosomatique équivaut d'une certaine façon à un retour
à la médecine traditionnelle qui conçoit la maladie comme un déséquilibre
à l'intérieur du corps. Cette vision des choses s'oppose à la conception
de la médecine moderne qui, elle, voit la maladie comme un agent extérieur
à l'homme.
Aujourd'hui, que ce soit dans le traitement
individuel ou de groupe, on passe de plus en plus par le corps pour soulager
les tensions psychologiques. Le corps commence à être reconnu et valorisé.
La psychologie clinique fait de plus en plus appel aux thérapies corporelles.
Mais la plupart de ces techniques ne sont pas nouvelles : les Anciens,
déjà, utilisaient les bains, les sudations, les massages, les manipulations,
pour soigner les troubles mentaux.
Parmi les techniques auxquelles on recourt,
le massage occupe une place importante.
Les massages ont un double objet : d'abord,
au plan physique : relaxation, assouplissement de la peau, meilleure
circulation sanguine; ensuite, au plan psychique, par leur analogie avec
les soins, les manipulations de l'enfant par la mère - ce qui est
peut-être l'aspect le plus important.
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On s'intéresse aussi davantage à la respiration. C'est la respiration
qui indique que nous sommes vivants. C'est le premier et le dernier
geste de l'être humain, de la naissance à la mort. Il est important
de prendre conscience de sa respiration, de respirer consciemment quelques
minutes par jour. La respiration avec son cycle : inspiration-expiration,
nous met en harmonie avec le monde.
Il y a aussi la relaxation qui permet de
diminuer les tensions physiques et psychologiques. Nous vivons, la plupart
d'entre nous, dans un environnement stressant, à une époque difficile
de remise en question.
L'exercice physique
est essentiel si on ne veut pas que notre corps nous devienne étranger.
Le sport, bien sûr, mais aussi l'expression corporelle, le théâtre et
la danse : retrouver dans son corps la notion de rythme, se mouvoir
selon des figures précises.
Les travaux manuels :
retrouver ses mains. Le cerveau de l'homme s'est développé en même temps
que ses mains. Il existe un rapport étroit entre la pensée et les mains.
La pensée abstraite doit être équilibrée par l'activité des mains. Le
contact avec le réel passe en grande partie par les mains. Autrefois,
on offrait aux jeunes gens, à l'époque de la puberté, un canif pour
se débrouiller. Il fallait apprendre à faire avec un canif un nombre
incalculable de petits travaux, allant du ''gossage'' d'une cheville
de bois à la réparation d'une montre. À la condition, bien sûr, de savoir
se servir de ses dix doigts...
Soccuper du corps, cest aussi
se nourrir correctement. Il existe un rapport certain entre lalimentation,
le bien-être et la santé - le bonheur.
l'alimentation
On est ce que l'on mange et ce que l'on boit.
Une grande partie des maladies modernes dépendent de notre alimentation.
Les maladies actuelles aboutissent à des états globaux : obésité,
dégénérescence des parois artérielles, du foie, du pancréas, du système
nerveux; dénutrition... On constate de plus en plus que l'homme moderne
se nourrit mal. Des mémoires présentés à la commission sénatoriale McGOVERN,
aux États-Unis, on peut retenir qu'il est souhaitable de diminuer la
consommation de viandes, de produits riches en cholestérol (jaunes d'ufs / gras
animal), d'hydrates de carbone et d'augmenter la consommation de légumes
et de fruits, de poissons et de graines. Bien se nourrir fait partie
de l'art de vivre. Le mot ''diète'' nous vient du grec :
dieta, qui voulait dire savoir-vivre.
la sexualité
Comme l'a démontré Wilheim REICH dans son explication
de l'hystérie, l'angoisse plonge des racines
profondes dans le corps. L'individu qui est incapable de libérer son
excès d'énergie par sa sexualité, éprouve invariablement
un très fort sentiment d'angoisse.

Notre civilisation matérialiste,
vraiment mal nommée, devrait avant tout cultiver l'amour de ce qui est
matériel, de la terre, de l'air et de l'eau, des montagnes et des forêts,
de la bonne nourriture, de l'habitat et des vêtements pleins de fantaisie,
des contacts tendres et habilement érotiques entre les corps humains.
Le monde, les perceptions qu'on
en a, l'expérience qu'on en fait, passent par le corps. On ne peut pas
le nier...
Pour être bien dans son milieu,
il faut être bien dans sa tête; pour être bien dans sa tête, il faut
être bien dans sa peau.
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| ''L'âme
n'est rien de plus que la forme du corps.''
NOVALIS
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les Anciens
Il s'agit ici de la forme-idée,
au sens où l'entendait PLATON, ou de la forme-pensée du corps; autrement
dit, l'âme est le modèle, au sens de moule, du corps -
qui en constitue la manifestation au plan matériel, à un moment de sa
progression vers la Connaissance.
Selon la pensée traditionnelle, l'incarnation découle
d'un choix. Parvenu à une étape de son évolution, l'être choisit un véhicule
et s'incarne. On entend par véhicule, le corps et la personnalité. C'est
la nécessité qui préside au choix du véhicule. Le choix du véhicule dépend
à la fois des expériences accumulées au cours des vies antérieures :
le véhicule n'aura, par exemple, d'aptitudes que celles qu'il a cultivées
jusque là; et des besoins particuliers en fonction de la progression de
l'être sur la Voie.
L'âme, en tant que forme du corps, comporte donc
des aspects positifs, qui lui viennent de ses expériences passées, et
des aspects négatifs, correspondant aux aspects de l'être qui n'ont pas
encore été cultivés. Et c'est ce qui va déterminer le choix du véhicule :
à la fois, les pleins et les vides, l'expérience accumulée et celle que
l'être doit encore faire.
C'est ainsi qu'il arrive que l'âme
choisisse de s'incarner dans un véhicule handicapé -
inférieur à celui qui correspondrait normalement au degré d'évolution
de cet être, si le besoin de faire telle expérience ne l'avait emporté
sur les autres facteurs qui interviennent dans ce choix. Nous devons éprouver
pour les handicapés un très grand respect et les aider à traverser cette
épreuve - car,
leur état découle d'un choix, même s'ils n'en sont pas conscients.
''Il y a une chose, moines,
qui cultivée et pratiquée régulièrement conduit à un sens profond de
l'urgence... à la paix suprême... à l'intention et à la compréhension
claire, à l'obtention de la vision juste et de la connaissance... au
bonheur ICI/MAINTENANT... à l'obtention de la délivrance par la sagesse
et le fruit de la Sainteté : c'est l'attention du corps'',
dit le BOUDDHA.
Les Maîtres enseignent que le corps est une manifestation
du divin. Véhicule de l'incarnation, il faut le ménager. Qui veut aller
loin ménage sa monture, dit la sagesse populaire qui est bien souvent
la sagesse tout court. Il faut vivre avec son corps en toute amitié. Il
n'y a pas de libération spirituelle sans une libération du corps qui doit
devenir un instrument aussi parfait que possible : le système nerveux,
en particulier, doit être parfaitement équilibré. On ne méprise pas le
véhicule qui permet de cheminer sur la Voie.
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