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Pour une philosophie de l'action

     

Mon intérêt pour une philosophie de l'action m'a inspiré une recherche dans ce sens afin de redéfinir les valeurs et les principes attachés à ce que j'appelle le modèle du guerrier. J'entends par guerrier celui ou celle qui fait de son action dans le monde l'occasion d'un cheminement conscient et d'une croissance. 

Depuis quelques années, je suis donc à la recherche des éléments d'une philosophie de l'action qui répondent aux besoins d'une époque, trouble mais passionnante à vivre, alors que les repères que fournissait la religion ont éclaté, et que les valeurs de la société industrielle et matérialiste sont remises en question. Ce qui se traduit, au plan collectif, par de nombreux errements tels que : l'éclatement de la famille, la pollution de l'environnement, la détresse des jeunes face à l'avenir, pour n'en mentionner que quelques-uns. Mais il s'agit sans doute ici des signes d'un malaise profond et nécessaire qu'entraîne la naissance d'une société nouvelle et, en particulier, de la conscience planétaire. Et, au plan individuel, par la multiplication des difficultés d'ordre psychologique qui découlent de l'épuisement des mécanismes d'adaptation et qui se traduisent d'une part par divers états de mal-être et, d'autre part, par une recherche éperdue, consciente ou non, du sens de la vie et de l'action.

 

De toute évidence, nous avons le plus urgent besoin d'une philosophie de l'action.

J'entends donc ici la philosophie non pas comme "un ensemble d'études, de recherches visant à saisir les causes premières, la réalité absolue...", mais plutôt comme une discipline "visant à saisir (...) les fondements des valeurs humaines" (Le Petit Robert). C'est dire que la philosophie ne m'apparaît pas comme un exercice spéculatif et gratuit, mais comme le moyen de chercher le sens de la vie, d'inspirer un art de vivre le quotidien et d'inciter à l'action juste. Car la réflexion philosophique doit permettre non seulement de mieux saisir les forces en jeu, dans le monde comme en soi, mais aussi d'intervenir sur les vecteurs de l'évolution. Elle m'apparaît en fait comme un préalable à l'action juste qui devient alors l'occasion d'un cheminement conscient.

C'est la vision de la réalité, du monde et de la place de l'homme dans le monde, qui permet de définir les valeurs et les principes du guerrier. Car il s'agit, encore une fois, non seulement de saisir les fondements de ces valeurs et de ces principes, mais de s'engager et d'intervenir par l'action dans tous les domaines. C'est sans doute pourquoi, que ce soit dans le domaine des sciences exactes, comme la physique et la biologie, ou dans celui des sciences humaines, comme en particulier la psychologie et la sociologie, les leaders éprouvent de plus en plus aujourd'hui le besoin d'ajouter à leur réflexion de spécialistes une dimension philosophique. C'est ainsi, par exemple, que définissant son propos, le biologiste Rémy Chauvin écrit : "Si je voulais être pompeux, je dirais qu'il est philosophique".

"Même si je n'aime guère ceux qui font profession de philosophie. Mais je pense que chacun doit philosopher pour son compte, sous peine de rester un sous-développé intellectuel."

Dieu des fourmis Dieu des étoiles (éd. Le pré aux clercs).

 
Ce qui paraît manquer aux gens d'action, c'est non seulement une vision claire de la situation où nous sommes dans le monde actuel, mais aussi une réflexion sur le sens même de la vie, de la place de l'homme dans l'univers, autrement dit une réflexion philosophique qui leur inspire un véritable engagement par rapport au monde et aussi par rapport à eux-mêmes. C'est à ce besoin que paraît répondre une philosophie de l'action.

Ce que je propose ici, c'est donc d'entreprendre et/ou de poursuivre une réflexion au niveau du fondement même des valeurs, qui débouche sur une vision élargie et qui se traduit par l'action : une action consciente sur le monde mais d'abord sur soi, car la transformation du monde ne peut être entreprise et menée à bien qu'à travers la transformation des individus et particulièrement des élites.

Aujourd'hui je vous invite à vous familiariser avec un des niveaux de la philosophie chinoise, celui de l'en-deçà, en compagnie de Maître K'ong, dit Confucius.

Mario de Sabato, Prophéties jusqu'à la fin du siècle (éd. Marabout).  

 

La philosophie chinoise

"La philosophie nous viendra de Chine, la science des E.U., la renaissance culturelle, poétique et artistique de l'Europe nouvelle. Ce sera l'âge d'or : l'avènement de l'ère du Verseau, et la reconstruction d'une nouvelle civilisation harmonieuse."

Mario de Sabato

Fong Yeou-Lan, Précis d'histoire de la philosophie chinoise (éd. Le Mail).   Je ne pense pas, quant à moi, que la philosophie du IIIe millénaire nous vienne exclusivement de Chine. D'autres écoles devraient aussi contribuer à alimenter notre réflexion, dont certaines ressortent à la tradition occidentale : je pense ici en particulier aux Stoïciens. Cela dit, il n'y a aucun doute que la philosophie chinoise est appelée à contribuer largement à la définition d'une philosophie de l'action dont nous avons déjà le plus grand besoin à la veille du IIIe millénaire.

"La place que la philosophie a occupée dans la civilisation chinoise est comparable à celle de la religion dans d'autres civilisations. (...) Les Chinois ne sont pas religieux, parce qu'ils sont philosophes. Selon la tradition chinoise, la philosophie n'a pas pour but d'augmenter le savoir positif (j'entends par savoir positif un accroissement des connaissances se rapportant aux faits), mais d'élever l'esprit...".

     
Il existe trois courants de la pensée philosophique chinoise : le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme. Dans la Chine où coexistent à un moment confucianisme et taoïsme, le bouddhisme viendra se greffer sur le taoïsme pour donner naissance à l'école du Tchan qui va plus tard devenir le zen au Japon.

Selon la tradition chinoise, l'étude de la philosophie n'est pas une profession. Chacun doit étudier la philosophie, de même qu'en Occident chacun doit en principe aller à l'église... La philosophie chinoise est donc peu spéculative et métaphysique.

La philosophie chinoise nous propose deux niveaux de réflexion :

  • celui de l'au-delà
  • celui de l'en-deçà.

La philosophie de l'au-delà répond au désir de tout individu de s'interroger sur l'existence d'une dimension du réel qui se définit au-delà du monde matériel, que ce soit dans l'une ou l'autre perspective : de la vie après la mort ou de l'existence ici et maintenant d'une réalité supérieure.

Quant à la philosophie de l'en-deçà, elle a pour objet d'indiquer la voie qui permet à l'individu de parvenir à l'excellence dans l'action, non pas seulement en vue d'une plus grande efficacité, ce qui pourtant n'est pas exclu, mais surtout afin de mieux servir la société, le monde, les autres, et de parvenir ainsi à sa propre réalisation. C'est une philosophie qui insiste sur les données sociales telles que les relations, les affaires humaines et qui s'occupe directement ou indirectement du gouvernement – qu'on peut aussi entendre au sens large de gestion dans les institutions publiques ou privées et dans les entreprises – et de l'éthique.

La philosophie de l'en-deçà s'intéresse principalement à la qualité de l'individu dans la société, plutôt qu'à sa relation à l'univers. Ce qui ne signifie pas que le niveau supérieur du fonctionnement humain soit exclu de la réflexion. Mais, selon la philosophie de l'en-deçà, il paraît souhaitable, pour la plupart d'entre nous, de s'employer plutôt à poursuivre une démarche consciente et positive au niveau de l'en-deçà, en sachant que le progrès à ce niveau entraîne nécessairement le progrès au niveau de l'au-delà, par suite de la répercussion de l'expérience et de l'évolution de la conscience d'un plan sur l'autre.

Nous avons aujourd'hui en Occident le plus grand besoin d'une philosophie de l'en-deçà. De toute évidence, nos philosophies occidentales ne répondent plus aux exigences de notre époque : elles sont trop spéculatives, trop abstraites, et mal adaptées en particulier aux exigences qu'entraînent les changements rapides auxquels nous sommes soumis; et surtout, elles ne sont pas en mesure de nous fournir les modèles dont nous avons besoin, au plan collectif, pour redéfinir nos valeurs et, au plan individuel, pour inspirer des attitudes justes qui se tradui-sent par un art de vivre le quotidien et un engagement authentique dans l'action pour servir.

Je vous propose donc de cheminer en compagnie du maître incontesté de la philosophie chinoise du niveau de l'en-deçà : Maître K'ong, dit Confucius.

     
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