les sept âges de la vie

Comme dans tous les symboles, le labyrinthe comporte plusieurs niveaux d'interprétation. Dans le présent contexte, il représente l'expérience de l'incarnation, de la vie au plan physique. Il représente l'épreuve de la vie que chacun doit franchir pour parvenir au centre. Car nous sommes à la fois le véhicule et le but de la démarche; le moyen d'atteindre le centre et le Centre lui-même, qui est en chacun de nous ce que la pensée traditionnelle appelle le SOI.

La vie n'a de sens que si on la considère dans son ensemble. On découvre alors le rapport des étapes entre elles. La structure s'articule. Chaque partie apparaît comme une étape. Chaque étape comporte sa crise, son interrogation, son message.

Il y a dans le passage d'une étape à l'autre une volonté de dépassement. Comme si la conscience embourbée tentait de se dégager par étapes successives. La démarche se poursuit, jour après jour, dans le labyrinthe de l'incarnation: elle paraît aller de l'obscurité vers la lumière.

Cela peut entraîner parfois des déviances extrêmement curieuses. Je pense, en particulier, au fait que même si, au départ, la cigarette ne leur apporte pas grand chose, les jeunes vont fumer pour contester le système qui leur déconseille ou leur interdit de le faire. Si ce n’est pas la cigarette, ce sera le cannabis.

Et si vous me permettez cette parenthèse, je voudrais dire ceci : je crois qu’en prohibant ainsi le cannabis, on incite les jeunes qui en fument à prendre l’habitude de l’illégalité, et c’est l’une des raisons principales qui inspirent mon attitude face au cannabis. Parce qu’après ça, ayant vécu toute leur jeunesse dans l’illégalité, qu’est-ce que ça peut leur foutre de faire de la vitesse, de briser, de voler, de commettre des actes de vandalisme puisqu’ils sont déjà entraînés dans ce sens-là?

Sept est le nombre de l'accomplissement.

Les sept âges de la vie sont comme les sept degrés du Temple. La vie est un cheminement. On progresse d'une étape à l'autre. Il s'agit toujours de mourir pour renaître. De mourir à chaque étape pour renaître à la suivante. La difficulté vient parfois de ce qu'on s'attarde. De ce qu'on tente de prolonger une étape.

Tout est toujours en transformation. Il faut sans cesse s'adapter. L'image qu'on a de soi doit aussi évoluer d'une étape à l'autre. Etre aliéné, c'est être coupé de soi: ne pas avoir de soi une image au point. On a souvent de soi une image floue. À chaque étape, il faut donc se redéfinir. Il faut même profiter de ce qu'on franchit une étape pour se redéfinir.

Les sept âges de la vie sont commes les sept degrés du temple. À chaque étape, il faut renaître à un niveau de conscience plus élevé. Sinon, la vie n'aurait pas de sens. Elle en a un : celui de la progression sur la Voie.

La personnalité est le véhicule provisoire de la conscience. Le véhicule même se transforme d'une étape à l'autre. Le voyage, l'expérience de l'incarnation n'est pas dans ce qui arrive de l'extérieur mais dans l'évolution même du véhicule. On peut cheminer sans comprendre le sens de la vie. Ou cheminer en en comprenant le sens. Pour comprendre le sens, un certain recul est nécessaire. Si on vit le nez sur des problèmes au jour le jour, il n'est pas possible de saisir l'ensemble de la démarche. Il faut le recul.

Mais nous sommes incapables de considérer la vie dans son ensemble; l'expérience est trop vaste. Notre capacité d'attention est limitée. Au moment où on considère un aspect de l'ensemble, un autre aspect nous échappe. Il faudrait pouvoir examiner une étape à la fois sans perdre l'ensemble de vue. Lorsque l'on considère la vie à travers la grille des étapes qui la composent, le sens de la vie nous apparaît plus clairement. On en découvre alors la structure: le rapport des étapes entre elles et de chaque étape avec l'ensemble, nous apparaît plus clairement. C'est dans cette interaction des étapes entre elles que le sens de la vie se révèle le plus.

 

la naissance

 

'' La naissance est souffrance. Et non point seulement l'accouchement. Venir au monde est douloureux. Autant que l'était donner la vie. Et le Bouddha parlait non de la mère, mais de l'enfant. Ce qui fait l'horreur de naître. ''

LEBOYER, Fréderick.
Pour une naissance sans violence, Éd. du Seuil.

 

La naissance est l'expérience la plus dramatique de la vie.

Je suis convaincu que, règle générale, l'autre passage, celui de la mort, que la plupart d'entre nous redoutons tellement, est relativement facile comparé à la naissance. Ce que démontre l'observation que l'on peut faire de l'une et de l'autre expérience.

La naissance est explosive; la mort, implosive.

La naissance, un arrachement; la mort, un détachement.

L'incarnation, une expérience douloureuse; la mort, une libération.

C'est ce qui se dégage de l'enseignement traditionnel; mais c'est aussi, j'y reviens, ce que la simple observation permet de constater. La vie au plan matériel est une épreuve qui commence à la naissance.

Mais la vie au plan matériel commence avant la naissance.

L'enfant dans le ventre de sa mère vit. Il est au chaud et nourri. Tous ses besoins sont satisfaits.

Avant la naissance, son univers est essentiellement audio-tactile. Il entend les sons, les bruits, il participe de la vie de la mère, il réagit au rythme lent et régulier du corps de la mère, dans la masse liquide qui l'enveloppe.

Nous venons tous des profondeurs de l'océan.

Et puis, le moment de naître est venu.

Dans des conditions naturelles, c'est le bébé qui déclenche la naissance. Il sait que le moment est venu pour lui. Il transmet l'information à la mère. Et leur travail à tous deux commence.

Dans notre société mécanisée, on provoque généralement l'accouchement. La naissance est traitée comme une maladie. Les enfants ne commencent pas leur vie en harmonie avec la cosmos, mais plutôt à un moment où ça arrange les autres, de préférence du lundi au vendredi entre neuf et cinq.

Comme si la naissance était l'affaire des autres.

Le Dr Michel ODENT, chef du service d'obstétrique dans l'hôpital qui, en France, a été le premier à pratiquer la naissance sans violence, raconte dans un article paru dans la Revue de psychosomatique (janvier 1976), comment il fut conduit à adopter et à faire adopter par tout son service, la méthode préconisée par le Dr Fréderick LEBOYER.

'' Il s'agit, explique-t-il, de la convergence de deux démarches :

  • " l'une sensible - ce que Max SCHELER appelait ' le pouvoir de connaissance par fusion affective '' - qui conduit à s'interroger sur la souffrance du nouveau-né;
  • " l'autre, plus rationnelle et médicale, ayant trait aux influences du milieu dans les premières minutes de la vie. ''

Il écrit :

'' Les premiers jours, les premières heures qui suivent la naissance ont une influence déterminante et irréversible sur l'avenir des individus et aussi sur l'avenir de l'espèce. ''

 

'' Il existe sur la Terre une espèce animale où le petit sortant du ventre de sa mère est pris par les pattes de derrière et, tête en bas, battu, jusqu'à ce qu'il hurle, par un adulte. ''

ROCHEFORT, Christiane. Les enfants d'abord, Éd. l'Étincelle.

 

Le plus souvent, la naissance dans notre civilisation technologique se fait dans des conditions effrayantes. Plutôt que de naître dans le silence relatif et la pénombre, le petit de l'homme moderne naît généralement dans la lumière aveuglante et le bruit; plutôt que de laisser les poumons s'habituer à l'air, le petit de l'homme moderne est battu afin que l'air pénètre brusquement dans ses poumons tout neufs et le suffoque. Le petit de la civilisation technologique est submergé à la naissance par une série d'expériences violentes. De quoi faire de lui un être désormais hostile à la vie.

Mais il y a de l'espoir: un mouvement se répand petit à petit en Occident qui préconise une naissance sans violence.

La naissance sera sans doute toujours une expérience difficile. Peut-être même une expérience violente. Mais il s'agit de la rendre moins traumatisante. On souhaite qu'elle se fasse dans des conditions plus sereines. On estime que l'adulte devrait se laisser guider par l'enfant - dont c'est la naissance - plutôt que de la lui confisquer...

Au départ, ce mouvement a été bien accueilli par ce qu'on pourrait appeler les spiritualistes - je prends le mot au sens large; c'est-à-dire par ceux qui croient que l'incarnation participe du processus d'involution de l'Esprit, de la descente de l'Esprit dans la Matière, que l'incarnation est celle de l'âme dans un corps et qu'elle devrait se faire dans les meilleures conditions possibles, dans les conditions les plus humaines possibles.

Mais ce mouvement continue de rencontrer une grande résistance dans notre société matérialiste. L'invasion de la salle de travail par la machine a profondément transformé les mentalités. Il y a là une cause, celle de l'humanisation des hôpitaux et, en particulier, de la naissance dans des conditions plus sereines, qui mérite d'être servie avec enthousiasme.

Le pire est sans doute la séparation d'avec la mère aussitôt après la naissance.

'' Il n'est pas excessif, dès la naissance, écrit le Dr Michel ODENT, de parler d'une totale neutralisation érotique du corps. ''

Le grand psychiâtre Wilheim REICH, dans un livre écrit à la fin de sa vie, Écoute, petit homme (Éd. Payot), s'interrogeait sur la raison d'être de ce massacre des nouveaux-nés, de cette haine universelle de l'enfant.

REICH s'adresse au '' petit homme '' c'est-à-dire à l'homme '' normal '', à l'homme moyen, soumis, borné, malade, bête.

'' Mais quand je pense aux nouveaux-nés, que tu tortures pour en faire des ' hommes normaux ' à ton image, j'ai envie de revenir vers toi pour empêcher ce crime. ''

Wilheim REICH sait très bien que le petit homme, l'homme moderne que nous sommes, l'homme technologique, a perdu la capacité d'aimer.

'' Tu ne sais que ramasser et prendre, tu ne sais ni céder, ni donner, car l'attitude fondamentale de ton corps est celle de la retenue, du refus et du dépit; tu es saisi de panique quand tu sens le mouvement original de l'Amour et du Don de soi. C'est pourquoi tu as peur de donner... C'est pourquoi tu prends la fuite devant la vérité, petit homme. Car tu as peur qu'elle ne déclenche en toi un réflexe d'amour. ''

La naissance c'est la rupture d'avec le tout. La grande séparation. Le commencement de la solitude. Le commencement de la recherche de l'autre. De la recherche de l'état primordial de l'unité qui est
le paradis perdu.

 

 

l'enfance

Enfance.jpg (7176 octets)Pendant l'enfance, l'être participe de deux réalités à la fois; alors qu'il se familiarise peu à peu avec la réalité du monde physique à laquelle il va s'identifier de plus en plus, il participe encore de l'autre réalité.

Dans la pensée traditionnelle, la mort n'existe pas : ce n'est pas le corps qui a une âme mais l'âme qui, à un moment, prend un corps et une personnalité pour cheminer un certain temps et progresser au plan physique.

Plus le MOI s'affirme, qui est le véhicule d'une incarnation, plus se rétrécit la canal de la communication avec le SOI, qui est l'âme.

La fontanelle est un point où aboutissent les sutures du crâne, caractérisé par une dépression membraneuse chez les jeunes enfants; l'ossification progressive de la fontanelle correspond précisément à la diminution de la communication avec le SOI.

Il ne faut pas précipiter l'éveil du Moi par des enseignements et des conditionnements prématurés et/ou démesurés. Mais, au contraire, permettre à l'être de vivre son enfance; respecter le droit à l'enfance.

'' La société, comme le dit Bertrand de JOUVENEL dans La civilisation de puissance, a pour principe la préparation de successeurs. ''

Et la société commencera peut-être à se redéfinir autour de la femme et de ses enfants, car l'origine de la société est maternelle - et doit le redevenir.

Je suppose que lorsque la femme et ses enfants auront repris leur place, la société sera redevenue tribale - d'un tribalisme nouveau.

Dans les sociétés tribales, il n'existe pas de ségrégation des âges. Les adultes, les enfants, les gens âgés, tous vivent ensemble.

Dans notre société technologique, les enfants ont perdu leurs alliés naturels: les vieillards.

Les âges de la vie doivent se côtoyer, s'enrichir les uns les autres, les plus vieux profitant de l'émerveillement des plus jeunes et les plus jeunes, de l'expérience et de la compréhension des plus vieux. Tout ce qui est coupé de l'ensemble s'étiole et meurt; tout ce qui est rattaché à l'ensemble vit, s'épanouit, se réalise...

Dans la perception de l'enfant, il n'y a pour ainsi dire pas de démarcation entre le monde et lui. Autrement dit, l'enfant n'est pas encore affranchi du milieu, de ce qui englobe, de ce qui enveloppe, de ce qui contient: avant la naissance, c'était la mère; depuis, c'est l'aire maternelle - l'environnement de la mère qui en prolonge le giron pour encore quelques années.

Cette participation à la vie de la mère, à l'époque de la gestation, l'enfant la reporte sur le milieu. C'est pourquoi il est souvent difficile de sortir de l'enfance. Après le choc de la naissance, l'être se laisse englober, envelopper, contenir par le milieu. L'enfant se trouve à un stade de développement comparable à celui du primitif.

À propos du primitif, le Dr Carl JUNG, l'un des pères de la psychologie moderne, fait remarquer qu'avant que l'homme n'ait appris à penser, des pensées lui venaient. Il ne pensait pas vraiment; mais, en lui, ça pensait.

Il en va encore de même, la plupart du temps, pour chacun d'entre nous. Entre le primitif et nous, il n'y a que la différence de quelques éclairs de conscience.

L'enfant, comme le primitif, n'a pas encore de ces éclairs de conscience. En lui, ça pense. Comme, par ailleurs, pour la plupart d'entre nous, ça rêve.

Sauf exception, dans le sommeil nous sommes encore au stade où se trouvent l'enfant et le primitif à l'état de veille; je ne rêve pas vraiment mais, plutôt, des événements se produisent en rêve auxquels je suis associé, - autrement dit, ça rêve en moi.

Il y a très peu d'êtres qui sont conscients dans leurs rêves. J'ai des raisons de penser que la conscience, dans le rêve et même dans le sommeil, constitue une prochaine étape de l'évolution de l'homme.

L'enfant à l'état de veille est donc comme la plupart d'entre nous dans le rêve: la démarcation est floue, ou même inexistante, entre le milieu et lui. Le conscient va mettre plusieurs années à émerger: petit à petit, d'abord par éclairs, le Moi va prendre conscience de son existence autonome par rapport au milieu. Mais il faut, une fois encore, mourir pour renaître.

Vers la septième année, l'âge de raison marque la fin de l'enfance. L'être doit alors rompre un peu plus avec l'univers de la mère. Et se tourner vers le monde extérieur. C'est en principe le début de l'apprentissage. C'est le début de l'affirmation du Moi. La séparation d'avec le tout qui a commencé à la naissance, se poursuit. La rupture d'avec l'état primordial de l'unité est désormais consommé. L'expérience de l'autre réalité s'évanouit: la conception que l'être se fera désormais de la réalité va de plus en plus correspondre à sa perception de l'univers conscient. C'est pourquoi il est si important de vivre pleinement l'enfance.

C'est pourquoi, par ailleurs, il faut conserver toute sa vie quelque chose de l'enfance. Non pas la dépendance de l'enfant. Non pas la vulnérabilité de l'enfant. Mais, d'une certaine façon, le contact avec l'autre réalité. Ce qui se traduit par une ouverture: une capacité d'émerveillement. Par quelque chose de la participation magique des primitifs, des poètes et des enfants, à l'univers. Sorti de l'enveloppe maternelle, l'enfant a besoin désormais, pour atteindre la condition d'adulte, de l'enveloppe sociale.

 

 

l'adolescenceCheval Adolescence.jpg (7879 octets)

Cette étape de la vie commence au moment où l'Énergie vitale se manifeste chez l'être d'une façon particulière.

C'est beaucoup plus que la sexualité.

C'est l'Éros.

Désormais, le courant d'énergie qui passe dans l'être est créateur : il commence à pouvoir transmettre la vie.

Dans les sociétés traditionnelles, l'être devait alors traverser les épreuves d'une initiation. Cette expérience portait sur le contrôle de l'énergie : comme, par exemple, de dominer la faim, de vaincre la peur, de dépasser la mort.

C'est aussi, en principe, le début de l'apprentissage - un pas de plus sur la voie de l'autonomie.

L'adolescent est à la recherche de modèles. Mais, par un curieux mécanisme qui assure à la fois la continuité et le renouvellement des structures, l'adolescent adopte devant les modèles qu'on lui propose une attitude ambivalente, mais créatrice : il cherche à s'y conformer tout en les contestant. Cette ambivalance, qui explique en partie la position inconfortable de l'adolescent, témoigne de ce que j'appellerais la ruse de l'Énergie créatrice dans la nécessité où elle se trouve de maintenir les structures, tout en assurant leur renouvellement.

'' La contestation (...) représente assurément aujourd'hui un caractère génétiquement commandé avec autant de force que l'est chez l'animal, le caractère d'obéissance sans contestation aux instincts sociaux millénaires... ''

HAMBURGER, Jean. La puissance et la fragilité, Éd. Flammarion.

Il fait donc une distinction entre l’animal et l’être humain. Il existe plusieurs différences entre les deux, on est bien conscient de ça. Ne serait-ce qu’avec la naissance, l’être humain a la particularité de naître avant qu’il ne soit achevé. Ce qui l’oblige à être bébé pendant très longtemps, d’achever sa croissance, etc. J’ai eu la chance un jour de voir naître le bébé d’un cervidé. Le hasard a fait que je me promenais en voiture quand j’ai aperçu une mère qui donnait naissance à ce bébé. Je l’ai vu s’extraire, j’ai vu l’enveloppe se déchirer, puis la mère l’a léché et quinze minutes plus tard, le petit commençait à gambader sur ses petites pattes. Parce que s’il n’arrive pas à suivre sa mère, il va mourir.

Au départ, la contestation est un mécanisme sain. Au plan individuel, elle permet de s'affirmer, de véhiculer une certaine créativité. Il est parfois difficile de faire la différence entre l'esprit de révolte et la créativité.

Au plan collectif, la contestation permet de remettre en question les systèmes et favorise leur renouvellement. Sans la contestation, la société serait entraînée dans la mort entropique. La contestation apparaît comme un mécanisme essentiel à la survie et à l'évolution de l'espèce, de la société humaine et de l'être humain. Une partie de la délinquance est sans doute attribuable à cette volonté de dépassement.

Il est étonnant de constater jusqu'à quel point les jeunes aujourd'hui sont à peu près tous perçus comme des délinquants. Ce qui suppose que la société doit s'accommoder d'un certain degré de contestation - même sous la forme de délinquance. En attendant, il faut veiller à ne pas faire de véritables criminels avec des délinquants en mal d'affirmation.

Nous sommes tous conscients, par ailleurs, que la délinquance, à notre époque, dans notre société, dépasse très largement le degré, si je puis dire, permissible, c'est-à-dire le degré de délinquance que la société peut tolérer, j'allais écrire: qu'elle peut s'offrir.

Dans certaines villes, la délinquance est tellement répandue, et la criminalité en général, qu'on croirait qu'il s'agit d'une forme de guerre.

C'est que la contestation rencontre peu de résistance; les systèmes sont aujourd'hui changeants et contradictoires.

Un ensemble complexe de facteurs favorise la recrudescence de la violence: explosion démographique, entassement dans les villes, perte de l'identité, diffusion par les mass média de l'image de la violence, image qui, dans certains cas, peut être incitative et qui, dans tous les cas, crée chez les individus une tolérance à la violence - on en vient, petit à petit, à l'accepter.

Il y a aussi les jeux vidéos dans les arcades. Je signalais il y a quelque temps que je me suis offert un arrêt dans les arcades pour voir quels étaient les messages qu’on pouvait y trouver. Ces jeux sont d’une violence considérable, qui ne peut pas ne pas être incitative d’une certaine façon. Ce qui est absolument à l’opposé de ce que j’ai toujours pensé, moi qui suis plutôt un homme de la catharsis.

La délinquance participe de l'ensemble du phénomène de la violence. Tous les facteurs qui favorisent la violence en général, favorisent la délinquance en particulier. Mais certains facteurs favorisent plus particulièrement la délinquance. Parmi ces facteurs, il y a la prolongation de l'adolescence et la démission des adultes.

L'adolescence se prolonge.

La contestation, qui serait inscrite dans le programme génétique, s'exprimerait surtout à l'époque de l'adolescence. C'est l'époque où l'être cherche à s'émanciper, alors qu'il est en fait encore dépendant et, le plus souvent, sans responsabilité.

Alors qu'on abaisse l'âge auquel un individu devient officiellement un adulte, en accordant le droit de vote à 18 ans, l'adolescence paradoxalement n'en finit plus... Dans la mesure où s'étend cette période de la vie, la contestation qui en est une des manifestations, augmente. Ou encore, dans la mesure où s'étend la mentalité de cette période de la vie. Par adolescence, j'entends, entre autres, un état de dépendance et de non-responsabilité.

Or, à notre époque, non seulement cet état est prolongé, mais il paraît s'étendre à tous les groupes d'âge : les adultes ont de plus en plus un comportement de dépendance et de non-responsabilité. Du fait sans doute de la prise en charge des individus par la société : les assistés sociaux que nous sommes tous plus ou moins, sont des adolescents dépendants et non responsables.

Du coup, nous passons à l'autre facteur: celui de la démission des adultes.

 

 

l'âge adulte

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Vers la vingt et unième année, l'être parvient, en principe, à l'âge adulte. Qu'on appelle parfois la majorité. Il règne à notre époque une certaine confusion dans les esprits, un certain chaos d'où va sortir, du moins on l'espère, une nouvelle civilisation: on a donc avancé à dix-huit ans l'âge de la majorité, alors que, par ailleurs, l'adolescence se trouve prolongée.

Parvenir à l'âge adulte, c'est parvenir à l'indépendance. C'est s'assumer, se prendre en charge totalement. Ce qui ne signifie pas qu'on ne puisse à l'occasion être aidé. Mais la pensée traditionnelle est très claire sur ce point : parvenu à l'âge adulte, l'être doit se prendre en mains.

Certains jeunes '' adultes '', qui associent d'une façon irréfléchie la critique du système actuel et l'enseignement ésotérique, croient trouver là une justification pour ne pas s'assumer. Quelques-uns d'entre eux qui font de l'assurance-chômage et de l'assistance-sociale leurs principaux moyens de subsistance, croient reconnaître en moi un allié. La pensée traditionnelle, telle que je la comprends et telle que je la communique, est absolument rigoureuse sur ce point: un adulte est un être pleinement responsable qui s'assume au plan matériel.

Cette exigence est d'autant plus importante qu'il faut, à cette étape de la vie, qu'il commence aussi à s'occuper des autres... Cela fait partie de ce qu'on est en droit d'attendre à toutes les époques, d'individus dont le niveau de conscience est relativement élevé.

Mais nous sommes par ailleurs dans une époque difficile où nous devons bâtir une nouvelle société, où nous devons compter avec les jeunes adultes. Tous ceux qui, comme on dit, ne font pas partie de la solution font nécessairement partie du problème.

L'âge adulte, c'est l'âge de l'action. Il faut désormais faire sa vie. Autrefois, on parlait de s'établir. Devenir autonome: auto-suffisant, auto-déterminé. Trouver sa place dans la société. Sa place au soleil. Bâtir maison.

Traditionnellement, l'âge adulte est marqué par l'union avec le conjoint. L'être va désormais cheminer avec le compagnon, la compagne. C'est l'association avec le complément. Le pacte d'alliance. Il faut cependant éviter d'être normatif: de faire du mariage ou de l'union avec le conjoint une règle absolue. Car on peut aussi cheminer seul.

Mais la pensée traditionnelle enseigne que, parvenu à l'âge adulte, l'être doit faire l'expérience du double principe, de la complémentarité en soi du masculin et du féminin, chacun devant parvenir à l'être complet.

Devenu adulte, l'être participe désormais du clan. L'adulte est un être social à part entière. Ce qui se traduit par une responsabilité au plan social. L'adulte a des droits, mais il a surtout des devoirs. [Je m'adresse ici à des individus qui sont d'un niveau de conscience relativement élevé.] Ce qui se traduit par une responsabilité à l'égard des autres.

Pour ce qui est du cheminement sur la Voie, l'âge adulte marque le début de l'engagement conscient; l'être doit désormais participer de plus en plus consciemment de l'aventure cosmique. C'est le début de l'ouverture de la conscience.

 

 

la maturité

'' Quelle que soit la place qu'il occupe, l'homme de quarante ans se sent généralement inquiet, accablé et ignoré. Il s'inquiète de sa santé. Il se demande si c'est bien là tout ce que peut lui offrir la vie. Il abandonne souvent des certitudes bien établies et se laisse aller.

" Dans tous les cas, il éprouve un profond besoin de changement et souhaite remplacer par une certaine tendresse son désir d'avancement; son être intime et ses aspirations profondes semblent vouloir émerger. Vers le milieu de la quarantaine, on retrouve un équilibre et l'on atteint à une nouvelle stabilité. ''

SHEEHY, Gail. Les passages de la vie, Éd. Select.

Quarante ans marque, en principe, le début de ce qu'on appelle la maturité. L'être entre alors dans la force de l'âge : il est en pleine possession de ses moyens. Mais c'est aussi le commencement du déclin. À quarante ans, on est au zenith de la vie. Comme le soleil est au plus fort entre midi et la fin du jour.

Pour la sagesse chinoise, c'est le commencement de la vieillesse - au sens de la plénitude.

Le passage de la quarantaine est généralement marqué par une crise. Chez les femmes, cette crise est souvent retardée jusqu'à l'époque de l'émancipation des enfants, leur départ de la maison, et le début de la ménopause.

C'est donc le soleil de midi. Le milieu de la vie. On s'engage alors sur l'autre versant. Le versant descendant.

Ce sont pourtant les années les plus productives, les plus fécondes de la vie qui commencent.

La quarantaine, c'est le moment des grandes décisions: si tu ne fais pas ce que tu crois que tu dois faire, tu perds ta vie... On éprouve à cette époque un sentiment d'urgence.

C'est aussi l'âge où l'être doit prendre un certain recul par rapport à lui-même et à son action.

Il lui est alors possible, la crise de la quarantaine passée, de bâtir en prenant appui sur l'acquis de l'âge adulte : au plan de l'être encore plus qu'au plan de l'avoir. Il peut alors s'occuper davantage des autres: de la société, de l'organisation de la chose publique - de la res publica.

Du point de vue de la pensée traditionnelle, c'est le début des études philosophiques. Cette idée revient souvent dans l'Enseignement: la nécessité d'avoir parcouru une bonne partie du chemin, de s'être occupé des siens, d'avoir bâti maison, d'être aussi parvenu à une certaine stabilité, pour alors consacrer plus de temps et d'énergie à l'étude, à la réflexion, au travail sur soi. C'est l'âge où commence le véritable épanouissement de l'être.

Mais pour ceux qui ne parviennent pas à traverser victorieusement la crise de la quarantaine, les années qui suivent peuvent être misérables. La route paraît de plus en plus étroite. Les chances d'atteindre ses objectifs sont de plus en plus minces. C'est, par exemple l'âge de l'alcoolisme; mais aussi de deux maux de plus en plus répandus de nos jours: l' '' activite '', qui est la drogue du faire et la '' télévisionnite '' qui est celle du laisser faire. On peut même souffrir des deux à la fois.

Le cheminement de la vie consiste en une progressive acceptation de soi et de la vie. La crise d'identité de la quarantaine est nécessaire; il est rare qu'on fasse la paix avec soi-même avant d'avoir traversé cette crise.

'' Notre erreur, en définitive, c'est de considérer comme un achèvement ce qui n'est qu'une ébauche, de nous reposer sur nos acquis en refusant de reconnaître nos lacunes. Notre erreur est de croire que l'homme fait, bien adapté à son milieu, est un être accompli, qui a achevé sa croissance, et de faire fi des nouvelles possibilités qui sont en lui. Notre erreur, c'est l'illusion de la maturité.' '

ARTAUD, Gérard. Se connaître soi-même, Éd. de l'Homme.

Parvenu à cet étape, il faut faire le point: s'interroger sur le sens de la vie, redéfinir ses valeurs personnelles - se réconcilier avec soi-même; mourir encore une fois à soi-même, pour renaître de ses cendres. Tout est dans le processus de la transformation - de la mort et de la renaissance.

 

 

la vieillesse

On se trouve ici devant une contradiction apparente. D'une part, il paraît de plus en plus évident qu'il faut, parvenu à la soixantaine, éviter de rompre avec ses habitudes. De travail, en particulier. Et sexuelles.

D'autre part, la pensée traditionnelle enseigne qu'à soixante ans, le temps de l'action est passé. En général, on n'agit plus directement sur les événements et les hommes. Mais par le biais du conseil inspiré par l'expérience. La fonction n'est plus la même: vers la soixantaine, on devrait renoncer au pouvoir et passer du côté de l'autorité, c'est-à-dire, si j'applique ce concept à la structure du monde des affaires, ne plus se définir au niveau de l'exécutif, parmi ceux qui opèrent la machine au jour le jour, mais passer au niveau du conseil d'administration, parmi ceux à qui on rend des comptes, qui observent le fonctionnement de la machine avec un certain recul et décident des grandes orientations.

'' Le concept de ' troisième âge ' est typiquement raciste, s'il est vrai que le racisme est une discrimination apportée à des êtres humains en fonction de critères biologiques, et comme tous les racismes il conduit tout à fait logiquement à l'enfermement. ''

AZNAR, Guy. Non aux loisirs, non à la retraite, Éd. Galilée.

C'est ainsi que la retraite devrait être repensée. Certains estiment, par exemple, qu'on devrait remplacer la retraite obligatoire par des années sabbatiques, c'est-à-dire des congés payés (en partie ou en totalité, selon les Écoles) d'une année tous les sept ans - ce qui se pratique déjà chez nous dans certains secteurs de la fonction publique et de l'enseignement; qu'on devrait procéder à une ré-évaluation du temps de la personne vers la soixantaine, ce qui pourrait signifier, par exemple, de faire un travail à mi-temps : quelques heures par jour, quelques jours par semaine ou quelques mois par année; mais aussi à une ré-évaluation de l'orientation même, ce qui pourrait signifier, par exemple, d'entreprendre une nouvelle carrière ou encore de faire de son hobby, un métier. Dans tous les cas, il s'agirait de tenir compte des besoins et des goûts de la personne et non pas des catégories des bureaucrates/technocrates.

La vieillesse, c'est le bout de l'âge. Si les autres étapes de la vie ont été relativement bien vécues, l'être doit parvenir dans la vieillesse à son plein épanouissement. La vieillesse est un âge de disponibilité: l'être est moins sollicité par l'action; et c'est aussi, en principe, l'âge du déconditionnement. L'être arrive à un dépouillement, à une libération. Et, en particulier, à une libération relative par rapport à son propre programme.

Depuis la naissance, l'être est conditionné par ses gènes; par ses glandes qui sont les clés du véhicule de l'incarnation : le moment venu, par exemple, la sexualité s'éveille en lui - mais il croit que c'est librement qu'il modifie ses habitudes vestimentaires et sa coiffure...

Par ailleurs, depuis le moment de sa conception, une interaction existe entre le milieu et lui; il se trouve donc aussi conditionné par le milieu dans lequel il vit. Lorsqu'on atteint la vieillesse, il est possible de se libérer relativement du programme : de s'identifier un peu moins au Moi, au corps et à la personnalité, pour s'identifier davantage au SOI, à l'individualité, à ce qu'il y a d'éternel en chacun de nous - qui se trouve au-delà des sensations, au-delà des émotions, au-delà même des pensées.

 

'' On met longtemps à devenir jeune. ''

Picasso

La sagesse est liée à l'âge. Il y a, bien sûr, des exceptions à cette règle, mais on peut dire que, règle générale, il est pratiquement impossible d'atteindre la sagesse avant de parvenir à l'étape de la vieillesse, parce qu'il est pratiquement impossible de se libérer plus tôt du programme.

Dans toute démarche qui vise à se libérer plus tôt du programme, il faut prendre garde de ne pas transformer un désir de réalisation en refoulement systématique bien qu'inconscient. En revanche, parvenu à la soixantaine, on devrait profiter de la possibilité qui s'offre de se libérer relativement du programme et consacrer une grande partie de son temps et de son énergie, à sa réalisation intérieure.

 

 

la mort

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C'est la seule question. La seule qui importe vraiment.

Est-ce que la conscience individuelle
survit à la mort du corps physique?

Tout le reste découle de la réponse qu'on trouve à cette question.

Personne ne peut faire la démarche pour un autre. C'est chacun pour soi. Chacun doit trouver la réponse. Je ne puis vous communiquer ici que la réponse que j'ai trouvée pour moi-même : La mort n'existe pas.

Je veux dire que la conscience individuelle survit à la mort du corps physique. C'est ce qu'enseigne la pensée ésotérique. Cet enseignement prend appui sur l'expérience personnelle que les initiés ont de la mort.

L'objection '' jamais personne n'est revenu pour nous dire ce qu'il y a après '' ne résiste pas à l'analyse. Encore moins à l'expérience. Puisque, par définition, être initié c'est avoir été au-delà de la mort et en être revenu pour témoigner.

Ce que nous appelons la mort est une transition. Rien ne meurt jamais. Tout se transforme. La mort est une transition d'un plan à un autre. Après la mort de votre corps physique, votre conscience individuelle sera. Non seulement elle sera, mais elle fut - avant la présente incarnation.

Ce n'est pas le corps qui a une âme; mais l'âme qui, à un moment, prend un corps. Comme on prend un véhicule pour franchir une étape. Elle devient alors prisonnière de ce corps et de la nature humaine. La présente incarnation n'est qu'une étape d'une lente progression qui en comporte plusieurs. Ce qui n'est pas sans implications dans la façon de considérer l'existence.

Une fois posée la question de la survie, on se trouve engagé sur la Voie - ce qui revient à dire qu'à un moment ou l'autre, on trouvera la réponse.

Car, il faut se libérer de la mort spirituelle qui nous habite au plan physique où nous sommes. Pour la pensée traditionnelle, c'est ici, au plan physique, que nous sommes morts; et c'est au-delà que nous sommes vivants.

 

conclusion

Lorsque l'on considère la vie de cette façon : par étapes successives et dans la relation d'une étape avec les autres et de chaque étape avec l'ensemble, on comprend mieux l'importance au plan collectif de vivre pleinement chaque étape.

En considérant la vie à travers la grille des sept âges, on constate que notre civilisation technologique rend la naissance traumatisante, bouscule l'enfance, offre peu de défis à l'adolescence dont l'énergie se trouve mal canalisée, prolonge l'état de dépendance des individus dans l'âge adulte, transforme l'interrogation de l'âge mûr en une véritable crise - dans la mesure où une civilisation dont les valeurs sont essentiellement matérialistes -, rend particulièrement dramatique une interrogation sur le sens de la vie, marginalise la vieillesse qu'elle considère comme une maladie, refoule ma mort...

L'impression qui se dégage n'est pas très positive, il faut bien le dire: on naît mal, on meurt mal et, entre les deux, on vit plutôt mal...

L'un des maux de notre époque est la ségrégation des âges de la vie: il y a peu d'échanges entre les âges. Les enfants sont isolés. Ils n'ont guère de rapports avec, par exemple, leurs alliés naturels que sont les vieillards. Lesquels vieillards vivent en marge, comme des indésirables. Les adolescents sont aussi coupés des autres âges : leur apprentissage correspond peu à la réalité du monde des adultes...

Telle est une des tâches qui s'impose à nous: repenser notre vie collective en tenant compte des âges de la vie, afin de permettre qu'ils soient vécus pleinement: et repenser les rapports entre les âges en stimulant les échanges.

Il s'agit, autrement dit, d'inventer une nouvelle civilisation: une forme de tribalisme cosmique qui mette l'accent sur la qualité de la vie. Mais il n'y a pas, selon moi, de solution collective qui ne passe d'abord par une prise de conscience et une transformation de l'individu. Et c'est ici que la minorité agissante doit remplir sa fonction - en travaillant d'abord sur elle-même.

Il appartient à chacun de trouver le sens des âges de la vie, de trouver leur fonction initiatique; les âges de la vie sont autant d'étapes, dans le labyrinthe de l'incarnation, de la progression de l'être vers le Centre.

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L'horloge-labyrinthe, point de conjonction de l'espace et du temps, symbole de l'expérience de l'incarnation au plan physique.

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