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Le départ, dans le cas des astronautes, cest la formation, lentraînement; lépreuve, cest lexpérience proprement dite, celle dêtre lancé dans lespace, de se déplacer, de marcher sur la Lune, etc., mais aussi lexpérience intérieure quelle a provoquée; et le retour, cest le témoignage et surtout la démarche, lengagement que laventure a inspiré. De retour sur le plancher des vaches, les astronautes des premières missions ne se sont pas satisfaits de parler des mérites dune technologie qui a permis dentreprendre lexploration de lespace. Ce qui était le discours que lon pouvait attendre de scientifiques pragmatiques, ingénieurs de formation pour la plupart. Ils ont surtout témoigné de leur expérience selon une vision écologique renouvelée : ils ont parlé de la beauté de la Terre ce bijou de planète, ainsi que la décrite lun deux et de sa fragilité. Certains astronautes ont aussi parlé de la dimension spirituelle de leur expérience spatiale. Edgar Mitchell, qui a pris part à la mission Apollo XIV sur la Lune, témoigne de lexpérience quil a vécue en février 1971, lors de son retour vers la Terre : " [...] la première chose qui me vint à lesprit alors que je regardais la Terre fut son incroyable beauté. Les photos les plus spectaculaires sont très en-deça de la réalité. Cétait un spectacle majestueux que ce magnifique joyau bleu et blanc sur un ciel de velours noir. Avec quelle voix, quelle harmonie merveilleuse elle semblait sinsérer dans le processus évolutionnaire qui sous-tend lunivers! " Cest alors quil a été submergé par la conviction que si lhumanité continuait sur sa lancée, nous finirions par annihiler la vie sur Terre par notre indifférence ou notre imprudence, et ce en peu de générations. Et il lui parut que lunique espoir déchapper à cette hécatombe serait que lhumanité parvienne à un plus haut niveau de conscience. "Jeus alors, raconte-t-il, une expérience paroxystique; la présence du divin devint presque palpable et je sus que la vie dans lunivers était autre chose quun accident du hasard. " On peut juger de la qualité dune telle expérience par la démarche quelle va inspirer et, très souvent, par lengagement au plan de laction quelle va commander chez celui qui la vécue. À la suite de cette expérience, Mitchell en vient à penser que nous devons désormais poursuivre, parallèlement à lexploration de lespace extérieur, celle de lespace intérieur. Et il décide de consacrer sa vie à aider lhumanité à se comporter dune façon qui soit plus digne de la majesté de la Terre, en favorisant lexploration de lesprit humain et de sa relation avec lunivers physique, pour enfin parvenir à une sagesse authentique. Deux ans plus tard, il fondait lInstitut des sciences noétiques (Institute of Noetic Sciences IONS). Le mot noétique vient du grec noos (ou nous) qui veut dire esprit. Cette fondation sans but lucratif semploie depuis à susciter, à encourager ou à faire connaître les recherches sur lesprit humain. Mitchell était convaincu que lesprit, la conscience, constituerait la prochaine frontière de lexploration humaine. Dans cette perspective, IONS a donc suscité, encouragé ou fait connaître, entre autres, la neuropsycho-immunologie (leffet des états mentaux sur la santé), les personnalités multiples, leffet placebo, la guérison spirituelle, laltruisme, la seconde révolution copernicienne (de la vision mécaniste à la vision holistique), lintégration des sciences tournées vers lobjet outer Sciences (la science occidentale et la médecine) et les sciences tournées vers le sujet Inner Sciences (les disciplines spirituelles) : etc. IONS est une institution dont les objectifs recoupent les miens. Il y a quelques années, jai eu le privilège de coanimer des journées de perfectionnement pour les cadres supérieurs de lAgence canadienne de développement international (ACDI) avec Willis Harman, le président actuel dIONS. Bien quil soit un scientifique et que jappartienne plutôt à la famille des arts (encore que...), nous avons fait plusieurs rapprochements entre nos démarches respectives (psychothérapie, recherches dans le domaine parapsychologique, familiarisation avec les grandes écoles de spiritualité, etc.) et nous avons noué de solides liens damitié. Ce qui me permet de demeurer sur plusieurs plans en rapport avec les activités et, si je puis dire, les vibrations de cette institution dont la contribution à la définition du nouveau paradigme me paraît capitale. Il y a quelques années, on demandait à deux scientifiques qui venaient de remporter le Prix Nobel dans leurs disciplines respectives, la physique et la chimie, dans quels domaines seraient faites, vers lan 2000, les percées les plus significatives et les plus susceptibles dêtre récompensées. Ils ont répondu tous les deux sans hésitation : " Dans le domaine de la conscience humaine. " Tel est, en somme, lobjet poursuivi par lInstitut des sciences noétiques. |
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Mitchell en parle comme dune expérience directe, noétique. Dès le troisième siècle, le philosophe Plotin estimait que la connaissance noétique, de nature intuitive, est la plus élevée. Il enseignait que la connaissance comporte trois degrés : lopinion, la science et lillumination. Linstrument de lopinion est le sens; celui de la science, la dialectique; et celui de lillumination, lintuition. " À lintuition, précisait-il, je subordonne la raison. " Lexpérience vécue
par Mitchell était du niveau de lintuition. " Cétait,
précise-t-il, une connaissance acquise par une prise de conscience
subjective et personnelle, mais qui était et qui est toujours
tout aussi réelle que les données objectives sur lesquelles repose, disons,
le programme de pilotage ou le système de communication. "
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