L'astronaute comme héros

 


" Il devient de plus en plus évident que l’esprit humain et l’univers physique n’existent pas indépendamment l’un de l’autre. Quelque chose qui est encore indéfinissable les relie ensemble. Ce lien – entre l’esprit et la matière, l’intelligence et l’intuition – est l’objet des sciences noétiques ".

Edgar D. Mitchell,
Astronaute – Apollo XIV

   


L’aventure des astronautes correspond tout à fait à la structure du mythe telle que définie par le mythologue Joseph Campbell. Le mythe se déroule toujours en trois étapes : le départ, l’épreuve et le retour.

Le départ, dans le cas des astronautes, c’est la formation, l’entraînement; l’épreuve, c’est l’expérience proprement dite, celle d’être lancé dans l’espace, de se déplacer, de marcher sur la Lune, etc., mais aussi l’expérience intérieure qu’elle a provoquée; et le retour, c’est le témoignage et surtout la démarche, l’engagement que l’aventure a inspiré.

De retour sur le plancher des vaches, les astronautes des premières missions ne se sont pas satisfaits de parler des mérites d’une technologie qui a permis d’entreprendre l’exploration de l’espace. Ce qui était le discours que l’on pouvait attendre de scientifiques pragmatiques, ingénieurs de formation pour la plupart. Ils ont surtout témoigné de leur expérience selon une vision écologique renouvelée : ils ont parlé de la beauté de la Terre – ce bijou de planète, ainsi que l’a décrite l’un d’eux – et de sa fragilité. Certains astronautes ont aussi parlé de la dimension spirituelle de leur expérience spatiale.

Edgar Mitchell, qui a pris part à la mission Apollo XIV sur la Lune, témoigne de l’expérience qu’il a vécue en février 1971, lors de son retour vers la Terre : " [...] la première chose qui me vint à l’esprit alors que je regardais la Terre fut son incroyable beauté. Les photos les plus spectaculaires sont très en-deça de la réalité. C’était un spectacle majestueux que ce magnifique joyau bleu et blanc sur un ciel de velours noir. Avec quelle voix, quelle harmonie merveilleuse elle semblait s’insérer dans le processus évolutionnaire qui sous-tend l’univers! " C’est alors qu’il a été submergé par la conviction que si l’humanité continuait sur sa lancée, nous finirions par annihiler la vie sur Terre par notre indifférence ou notre imprudence, et ce en peu de générations. Et il lui parut que l’unique espoir d’échapper à cette hécatombe serait que l’humanité parvienne à un plus haut niveau de conscience. "J’eus alors, raconte-t-il, une expérience paroxystique; la présence du divin devint presque palpable et je sus que la vie dans l’univers était autre chose qu’un accident du hasard. " On peut juger de la qualité d’une telle expérience par la démarche qu’elle va inspirer et, très souvent, par l’engagement au plan de l’action qu’elle va commander chez celui qui l’a vécue.

À la suite de cette expérience, Mitchell en vient à penser que nous devons désormais poursuivre, parallèlement à l’exploration de l’espace extérieur, celle de l’espace intérieur. Et il décide de consacrer sa vie à aider l’humanité à se comporter d’une façon qui soit plus digne de la majesté de la Terre, en favorisant l’exploration de l’esprit humain et de sa relation avec l’univers physique, pour enfin parvenir à une sagesse authentique.

Deux ans plus tard, il fondait l’Institut des sciences noétiques (Institute of Noetic Sciences – IONS). Le mot noétique vient du grec noos (ou nous) qui veut dire esprit. Cette fondation sans but lucratif s’emploie depuis à susciter, à encourager ou à faire connaître les recherches sur l’esprit humain. Mitchell était convaincu que l’esprit, la conscience, constituerait la prochaine frontière de l’exploration humaine. Dans cette perspective, IONS a donc suscité, encouragé ou fait connaître, entre autres, la neuropsycho-immunologie (l’effet des états mentaux sur la santé), les personnalités multiples, l’effet placebo, la guérison spirituelle, l’altruisme, la seconde révolution copernicienne (de la vision mécaniste à la vision holistique), l’intégration des sciences tournées vers l’objet – outer Sciences (la science occidentale et la médecine) et les sciences tournées vers le sujet – Inner Sciences (les disciplines spirituelles) : etc.

IONS est une institution dont les objectifs recoupent les miens. Il y a quelques années, j’ai eu le privilège de coanimer des journées de perfectionnement pour les cadres supérieurs de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) avec Willis Harman, le président actuel d’IONS. Bien qu’il soit un scientifique et que j’appartienne plutôt à la famille des arts (encore que...), nous avons fait plusieurs rapprochements entre nos démarches respectives (psychothérapie, recherches dans le domaine parapsychologique, familiarisation avec les grandes écoles de spiritualité, etc.) et nous avons noué de solides liens d’amitié. Ce qui me permet de demeurer sur plusieurs plans en rapport avec les activités et, si je puis dire, les vibrations de cette institution dont la contribution à la définition du nouveau paradigme me paraît capitale.

Il y a quelques années, on demandait à deux scientifiques qui venaient de remporter le Prix Nobel dans leurs disciplines respectives, la physique et la chimie, dans quels domaines seraient faites, vers l’an 2000, les percées les plus significatives et les plus susceptibles d’être récompensées. Ils ont répondu tous les deux sans hésitation : " Dans le domaine de la conscience humaine. " Tel est, en somme, l’objet poursuivi par l’Institut des sciences noétiques.

 


" Manifestement, l’univers avait un sens et une direction. Ce n’était pas perceptible par les organes sensoriels, mais c’était là quand même, une dimension invisible derrière la création visible, qui lui donne un dessein intelligent et qui donne un but à la vie. "

Mitchell en parle comme d’une expérience directe, noétique. Dès le troisième siècle, le philosophe Plotin estimait que la connaissance noétique, de nature intuitive, est la plus élevée. Il enseignait que la connaissance comporte trois degrés : l’opinion, la science et l’illumination. L’instrument de l’opinion est le sens; celui de la science, la dialectique; et celui de l’illumination, l’intuition. " À l’intuition, précisait-il, je subordonne la raison. "

L’expérience vécue par Mitchell était du niveau de l’intuition. " C’était, précise-t-il, une connaissance acquise par une prise de conscience subjective et personnelle, mais qui était – et qui est toujours – tout aussi réelle que les données objectives sur lesquelles repose, disons, le programme de pilotage ou le système de communication. "

 

Pour obtenir plus d’informations sur les activités de l’Institut et/ou en devenir membre:
The Institute of Noetic Sciences • 475 Gate Five Road, Suite 300 • Sausalito, California 94965


Retour au débutPropos de Jacques Languirand
ayant fait l'objet d'une chronique parue dans
le Guide Ressources, Vol. 09, N° 01, septembre 1993