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La gestion sans vision
est lun des plus graves problèmes de notre époque
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Cest alors quun officier intervient
pour dire : " Mais lintendance, mon général? ".
Et de Gaulle de répondre : " Lintendance suivra! "
Pour apprécier cette
anecdote, il faut savoir que lintendance est lun des grands
services de larmée : daprès Quillet, ses principales
fonctions sont de pourvoir au ravitaillement des troupes en vivres, chauffage,
éclairage, habillement, équipement, couchage, ameublement, campement :
de vérifier les comptes : dordonnancer les dépenses relatives
à la solde, aux frais de déplacement, aux services de recrutement et de
certains services.
Ce qui revient à dire,
en somme, que lintendance soccupe de toutes les questions
dordre pratique. Cest donc de la gestion au sens large.
Cette anecdote mest
revenue récemment alors que je mentretenais avec un ami qui occupe
un poste important dans le monde de lenseignement. Il me confiait
quil ny avait plus dans ce monde de véritable vision, que
le système navait plus pour objet déduquer, mais avant tout
de se perpétuer en tant que système, dassurer sa pérennité... Il
me semble quon pourrait en dire autant de la plupart de nos institutions,
privées aussi bien que publiques. La gestion domine de plus en plus le
monde de laction : au lieu dêtre au service dune
vision, elle traite celle-ci comme un accessoire. Peut-être même ny
a-t-il plus désormais que la gestion, avec elle-même pour objet.
Lintendance pour lintendance
La cause principale du
manque de vision dont souffre notre époque me paraît tenir à labsence
dune formation générale chez ce que de Gaulle appelait quant à lui
les élites. Ayant mis laccent sur la spécialisation, nous
nous retrouvons aujourdhui avec une génération celle
qui assure la relève dont la culture paraît manquer de fondement.
Le technocrate est un
spécialiste qui comprend les situations à partir des seuls repères que
lui propose sa spécialisation, sans en saisir la complexité densemble
et, en particulier, sans apercevoir leur dimension humaine. Cest
ce quaurait pu lui apporter une solide formation générale, jointe
à sa formation de spécialiste.
À loccasion de
recherches que jai entreprises sur le sens de laction, jai
constaté que des penseurs influents avaient exprimé la même critique.
Je citerai deux auteurs qui parlent des risques de la spécialisation et
de limportance pour les cadres dune solide formation générale :
Jean-Paul Getty, qui
a été lun des principaux entrepreneurs et lun des hommes les
plus riches de son époque, a dressé un véritable réquisitoire à ce sujet
dans son livre Comment réussir en affaires (éd. Un Monde Différent
Ltée) : "Une éducation hautement spécialisée,
écrit-il, est très bien pour le spécialiste. Mais, plus
vaste est la portée de léducation de lentrepreneur, plus il
est apte à saisir la nature des problèmes quil aura à confronter. "
Il déplore même et avec lui plusieurs hommes daction
de sa connaissance la tendance croissante à mettre laccent
sur lultra-spécialisation dans la formation des entrepreneurs :
" [...] Je considère comme démoralisante cette tendance vers
lorientation à sens unique des jeunes cadres, spécialement dans
leur éducation. Il semble que beaucoup de jeunes gens consacrent une part
déraisonnablement grande de leur vie académique à létude des disciplines
pratiques tout en laissant de côté les sujets aptes à contribuer
à faire deux des humains multi-dimensionnels. "
Robert
Kelley, est lauteur de La génération de lexcellence
(éd. Businessman/Albin Michel),
qui prolonge la réflexion entreprise par Thomas J. Peters et Robert Waterman,
Jr. dans lun des ouvrages les plus importants sur le nouvel entrepreneurship :
La recherche de lexcellence. Il écrit : " En
dépit de toutes les histoires de diplômés de philosophie réduits à conduire
des taxis, certaines compagnies préfèrent engager les titulaires de diplômes
littéraires car des généralistes formés à la logique, à lhistoire
et ayant des aptitudes à la rédaction passent pour être mieux à même de
réfléchir efficacement à leur travail. Les diplômés de lettres se retrouvent
de plus en plus dans les secteurs dactivité économique et on peut
affirmer sans risque quils réussissent très bien dans les secteurs
techniques, professionnels, de gestion, ou même dans la vente, aussi bien
dans le secteur privé que dans le secteur public. "
De même, après avoir
mené des enquêtes il y a quelques années, la Ford Foundation et la Cargenie
Foundation ont recommandé que léducation dans le domaine des affaires
soit solidement basée sur les valeurs classiques.
Bref, la gestion sans
vision est à mon avis lun des plus graves problèmes de notre époque :
la société occidentale est aujourdhui dominée par des intendants
qui ne songent le plus souvent quaux exigences de la gestion
de lintendance.
Quelquun disait
récemment, lors dune réunion annuelle des directeurs dune
institution : " Ne pensez-vous pas que cette année nous
devrions mettre un peu laccent sur lenvergure? "
" Lintendance
suivra! "
" Oui, mon
général! "
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