Avant-propos
" L’homme moderne est en passe de devenir un nomade virtuel, voyageur de l’image et du simulacre, travaillant et consommant à domicile, naviguant sans guide à travers des réseaux d’information et de pouvoirs, rêvant d’appartenir à la future élite des nomades de luxe, randonneurs de tous les plaisirs, créateurs de tous les réseaux, qui, demain, dicteront leurs valeurs au reste de la planète.

Comprendre le labyrinthe
deviendra bientôt essentiel à la maîtrise de la modernité.

Il nous faut donc oublier rectitude et transparence : le monde réel n’est pas ainsi fait. Et réapprendre à penser labyrinthe, réétudier les stratégies nécessaires pour y évoluer, réinventer les secrets de cette antique sagesse. "

Jacques Attali.
Chemins de sagesse – Traité du labyrinthe
,
Éd.  Fayard, 1996.

Le site Web Par 4 … a été conçu dans le but de prolonger la démarche que je poursuis dans l'émission radiophonique Par 4 Chemins que j'anime depuis maintenant plus de 30 ans. Il s'inscrit en fait dans ma démarche de communicateur: que ce soit comme professeur, conférencier, écrivain, psychothérapeute, animateur d'ateliers de croissance et de formation, ou encore comme animateur à la radio et à la télévision.

Cette émission allait devenir par la force des choses, au-delà de la dimension de divertissement qu'elle comporte, et pour répondre aux besoins d'auditeurs, que les cotes d'écoute définissent comme "éduqués", une plaque tournante d'informations et de réflexions – tripatives – sur notre époque, difficile mais passionnante à vivre. Jour après jour, j'ai donc abordé les questions les plus diverses: de l'éclatement des repères à la veille du IIIe millénaire, au plan individuel comme au plan collectif, jusqu'à l'émergence de nouvelles valeurs et la nécessité de s'engager, de participer consciemment à l'édification d'une nouvelle civilisation: d'un nouvel âge, en passant par tout ce qui concerne la transformation individuelle...

À qui je m'adresse

Depuis plusieurs années, je m'adresse surtout en tant que communicateur à des personnes qui se recrutent parmi un à trois pour cent de la population: leaders d'opinion, agents de changement, entrepreneurs, cadres d'entreprises, commis de l'état et intervenants dans divers domaines (tels que l'éducation, l'enseignement, la santé) qui remplissent une fonction d'encadrement et jouent un rôle actif dans la société.

C'est à ces personnes que je m'adresse plus spécialement dans mes écrits, mes propos à la radio comme à la télévision ou lors de conférences. J'ai même parfois le sentiment de poursuivre mes recherches de vulgarisateur pour ces personnes, de digérer des informations, de les adapter et de les commenter pour répondre à leurs besoins. Qui sont aussi du reste les miens.

La mosaïque

Du chaos d'une communication éclatée qu'entraîne forcément un fonctionnement quotidien dans les médias, une certaine vision a fini par émerger, composée d'éléments divers, parfois même disparates, formant une mosaïque en continuelle transformation: une vision qui se fait et se défait pour se refaire sans cesse. Si je devais en définir l'objet en quelques mots, je dirais que cette vision débouche sur la nécessité impérieuse de refaire le monde – rien de moins! – mais en commençant par se refaire soi-même... Car je crois que la transformation du monde dépend essentiellement de la transformation des individus.

Le métier d'animateur à la radio et à la télévision, comme aussi bien celui de journaliste de la presse écrite, n'est pas sans évoquer la pratique du surf. Il s'agit toujours d'aller avec le courant, porté par une vague puis par une autre, en s'employant à garder l'équilibre et, autant que possible, avec une certaine élégance. Ce sont des métiers de surface, pour ne pas dire superficiels. L'écriture m'a permis de pratiquer une forme d'artisanat intellectuel plus ambitieuse par des collages d'informations et de réflexions plus élaborés que ceux qu'autorise la communication, jour après jour, dans les médias.

Mais je n'ai pas pour autant l'intention de renoncer à l'oral qui est sans doute la forme dans laquelle je suis, malgré tout, le plus à l'aise... À un moment, il me semble que j'ai choisi la magie du verbe, non pas de la parole écrite mais de l'oral. Que je me suis dit: il va falloir que ça se passe dans le moment présent... On retrouve encore ici l'influence de Marshall McLuhan qui disait que le plus important dans la communication, en particulier dans les médias électroniques (il pensait surtout à la télévision), c'était que l'événement se déroulait dans le moment présent. Dans l'instantanéité et la simultanéité... Les émissions les plus fortes sont celles à propos desquelles les téléspectateurs ou les auditeurs ont le sentiment que c'est en train de se passer maintenant. Cette théorie de McLuhan a eu une très grande influence sur moi: par exemple je n'évite pas les bruits de feuille, je n'hésite pas à chercher une page... Bref, je rends l'auditeur complice de ma démarche. Je suscite ainsi sa participation. Je me dis: c'est en train de se passer maintenant. Et je suppose qu'il le ressent lui aussi. Nous sommes alors, l'auditeur et moi, dans le même temps. Nous sommes ensemble. Ca fait aussi partie de la magie de l'oral... (...) L'oral m'a aussi permis de faire une découverte au plan de la recherche intérieure: il m'est un jour apparu comme une forme de yoga – le yoga de l'oral.

Pendant longtemps, pour préparer une émission, je m'attachais exclusivement au contenu. Mais à un moment j'ai plutôt commencé à me préparer moi-même en tant que messager, à travailler sur moi-même et non pas seulement au niveau du contenu: car ce que je communique avant tout, c'est moi... Si je ne suis pas en forme, si je ne suis pas centré, si je ne suis pas en harmonie, quel que soit le contenu, je ne vais communiquer que le chaos. Et c'est ainsi que ma démarche de communicateur est devenue une forme d'ascèse: le yoga de l'oral. (...) Et c'est ainsi que l'oral m'apparaît parfois comme une forme d'entraînement à être plus.

À un moment, le projet de me consacrer davantage à l'écriture avec plus de rigueur m'a paru répondre à la nécessité de prolonger la démarche de l'oral, autant pour moi-même que pour le public qui me fait l'amitié de me suivre par… 4 chemins, certains même depuis plusieurs années, et dans une certaine mesure de partager ma vision, ou du moins d'y trouver à l'occasion de quoi alimenter sa propre réflexion.

En rassemblant, dans ce site, les écrits que j'ai publié depuis plusieurs années, souvent composés d'articles sur ce que je pourrais définir comme les grands thèmes de ma communication orale, et les transcriptions des émissions radiophoniques que je fais actuellement.

Je vois plusieurs avantages cette formule: d'abord, elle correspond mieux à ma nature de généraliste; ensuite, elle me paraît aussi mieux correspondre aux conditions actuelles... Communiquer par Internet permet de travailler à chaud: de diffuser des informations et des réflexions en vue de l'action ici et maintenant.

Au moment où le monde se défait rapidement pour se refaire autrement sous nos yeux, les informations et les réflexions doivent circuler rapidement si on souhaite qu'elles puissent servir. Et je dois dire que, dans les circonstances actuelles, j'éprouve un sentiment d'urgence.

   

Ce qui est de moi
et ce qui est de tout le monde

Dans le métier de la communication tel que je le pratique, la démarcation entre ce qui est de moi et ce qui est de tout le monde est difficile à faire. à vrai dire, j'en viens parfois à ne plus savoir au juste ce qui est de moi. Mais je ne m'en soucie guère. Il m'arrive même de me demander s'il est possible pour un individu d'avoir une pensée originale. Car il n'y a pas de doute dans mon esprit que les idées sont dans l'air. Et que nous sommes des canaux qui, chacun à sa manière, véhiculent l'information/énergie... Je dois même ici résister à la tentation de pousser le raisonnement plus loin et de proposer l'hypothèse qu'il n'existe pas de conscience individuelle, mais une vaste conscience universelle que chacun véhicule à sa manière... Ce qui risquerait de nous entraîner trop loin. Tel est pourtant mon sentiment.

La communication telle que je la conçois consiste en partie, comme l'entendait les encyclopédistes, à remettre en circulation ("in-cyclo") l'information/l'enseignement/la réflexion ("pedia").

Il s'agit donc, dans cette perspective, d'être les canaux les meilleurs, les plus propices à véhiculer les informations et les réflexions les plus utiles. C'est sans doute dans ce sens que Maître K'ong, dit Confucius, l'entendait lorsqu'il disait: "Je transmets, je n'invente rien." (Entretiens, VII,1.) Il paraît difficile de prétendre à plus d'originalité que lui...

   

Mon métier: une occasion de m'instruire

Mon métier de communicateur aura toujours été pour moi l'occasion de m'instruire. Je peux dire que la curiosité et la faculté d'émerveillement ne se sont jamais émoussés chez moi. Le goût de l'étude s'est même développé avec l'âge. Sans doute parce que je pratique un merveilleux métier qui me permet de m'instruire en public.

Tout le monde éprouve le besoin de plaire, d'être aimé. J'ai découvert que je pouvais plaire – relativement – en m'instruisant en public... Le secret est de susciter l'intérêt et de l'entretenir. Mais j'aime bien aussi amuser la galerie. Je demeure sans doute un homme de spectacle. Toute communication, du reste, tient du spectacle. Mais je ne cherche pas pour autant à être drôle. On dit que je le suis à l'occasion. Cela vient sans doute de ce que je m'instruis en m'amusant – ou que je m'amuse en m'instruisant...

J'éprouve le plus grand plaisir à démonter les systèmes et à les remonter, comme un jeu de LEGO. Pour moi, le processus de la communication est un jeu. J'aime décoder pour moi-même les événements, les mouvements, les courants de pensée, les inquiétudes et les espoirs, pour ensuite les réencoder pour les autres en tenant compte, le plus possible, de leur niveau de préoccupations et des conditions dans lesquelles la communication se déroule.

J'aime bien aussi l'exercice qui consiste à considérer les choses autrement, d'un point de vue différent, comme par exemple la tête en bas, soit en isolant certains éléments de leur contexte, soit en effectuant au contraire des rapprochements inattendus. J'aime susciter l'étonnement – à commencer par le mien. Mais, en somme, je veux être surtout un éducateur. Ce qui suppose d'abord de s'éduquer soi-même. Mon métier aura donc été aussi l'occasion d'un travail sur moi-même. à quoi je n'ai cessé de me consacrer toutes ces années, dans la joie.

Jacques Languirand