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Printemps
2000 |
Jai eu un jour la révélation de ce miracle. Je lai vu sopérer sous mes yeux. Javais à lépoque lhabitude de terminer mes promenades dans une clairière où je mattardais quelques minutes, parfois davantage, pour ensuite mengager sur un sentier étroit et tortueux au bout duquel je retrouvais ma voiture. À la faveur dun tournant, je devais écarter quelques branches au-dessus du sentier, toujours les mêmes. Ce matin-là, jai remarqué que lune de ces branches portait ici et là quelques renflements discrets que je ne pensais pas avoir remarqués les jours précédents. Mais je ne my attardai pas. Le lendemain, il ma semblé que ces renflements étaient plus pointus. Jai pensé : ce sont les premiers bourgeons. Mais je ne my attardai pas davantage. Les jours suivants, pourtant, je suis devenu le témoin de la croissance étonnante de ces bourgeons. Jai dabord vu apparaître une petite fente au sommet de ces renflements; puis, le lendemain, la pointe de ce qui allait devenir une toute petite feuille dun vert tendre. Quelques jours plus tard, la croissance se poursuivant, jai vu quil sagissait en fait de quelques feuilles repliées sur elles-mêmes et toutes plissées qui formaient comme un cône. Mon intérêt allait grandissant. Ces quelques bourgeons métaient devenus familiers. Jétais accroché. Tous les matins je marrêtais pour évaluer leur croissance. Si la journée précédente avait été froide et grise, je constatais peu de progrès, voire aucun. Si, au contraire, la journée avait été relativement chaude et ensoleillée, la magie avait opéré. Cest ainsi que dun jour à lautre jai vu souvrir les petits cônes, puis trois petite feuilles toujours dun vert tendre sont apparues pour devenir quelques jours plus tard des feuilles un peu plus grandes. Plus loin, cest une petite branche que jai vu pousser. Qui sest elle-même donné quelques bourgeons que jai vu éclater. Et dautres feuilles sont apparues. Et dautres encore. Partout alentour. Un matin, comme le jour précédent avait été particulièrement chaud, jai constaté que les arbustes étaient tous couverts de jeunes feuilles. Et quelques jours plus tard, les arbres. Car les arbres se couvrent de feuilles plus tard afin de faciliter lensoleillement des arbustes. Les rites de la nature sont dune grande rigueur. Le miracle sétait produit sous mes yeux. Car pour en être vraiment témoin, il faut pouvoir lobserver jour après jour : assister à lopération comme au ralenti. Autrement, la nature magique du phénomène nous échappe. Il sagit en fait ici de lopération du microcosme. Le microcosme procède de lintérieur vers lextérieur. Il correspond à Cinq, nombre de la vie : de la nature, de la croissance triomphante. Du pentagone, du pentagramme. Ce que les Anciens appelaient la "natura naturans" la nature en train dopérer. (Et ce, par opposition à la magie du macrocosme qui procède de lextérieur vers lintérieur comme dans la cristallisation et qui correspond à Six, nombre de la perfection. De l'hexagone, de lhexagramme. Ce que les Anciens appelaient la "natura naturata" la nature ayant opéré, ou parvenue à un état déquilibre.) On peut donner à la magie du microcosme de solides explications scientifiques. Mais elles ne recouvrent, selon moi, quune partie de la réalité. Il reste toujours que ce qui procède de lintérieur vers lextérieur doit bien venir de quelque part, procéder dune dynamique interne, de la Source. |