|
Par Jacques Languirand |
||
|
||
|
Cette femme d'exception a accompli d'incroyables exploit physique et publié une œuvre littéraire considérable. Décédée quelques jours avant d'atteindre 101 ans, elle avait alors quatre ouvrage sur le métier, dont un dictionnaire… tibétain-sanskrit-chinois! Fugueuse dès l'adolescence, amis aussi bien des anarchistes que des ésotéristes, cette femme hors du commun était marquée par la passion du voyage
|
||
|
À 56 ans, elle a parcouru 3 000 km à pieds dans les montagnes du Tibet sous un déguisement de mendiante. C'est ainsi qu'elle a frasnchi l'Himalaya, dans la neige et la glace, au prix de difficultés inouïes, pour enfin parvenir à la ville sainte et interdite de Lhassa. Cet exploit sans précédent rendit son auteure fort célèbre. Sur le plan sportif, curieusement, il lui valut " Le grand prix de l'athlétisme ". Sur le plan littéraire, il lui apporta la fortune. Son livre Voyage d'une parisienne à Lhassa, obtint un immense succès dans le monde entier. Alexandra David-Néel a été la première femme à pénétrer dans l'enceinte de Lhassa, la première occidentale à se faire initier au lamaïsme. |
||
|
Jacques Brosse |
||
|
Auteur de plusieurs livres de voyage et d'histoire, elle a aussi écrit de nombreux livres sur les philosophies d'Orient, surtout sur le bouddhisme. S'étant elle-même ralliée au bouddhisme, ses livres sont des ouvrages importants sur cette doctrine qu'elle définissait, écrit encore Jacques Brosse, " comme une philosophie de la vie, c'est-à-dire une pratique, et même une pratique quotidienne, dont elle fut la première à donner l'exemple ". Elle est aussi, comme Annie Besant, considérée comme une pionnière du mouvement de libération des femmes. Il y a quelques années, Marie
Jaoul de Poncheville, en compagnie de six autres femmes, se sont lancées
sur les traces Alexandra David-Néel dans les Himalayas. Le film
qu'elles ont rapporté de leur périple, Lung Ta,
Les cavaliers du vent et leur livre Sept femmes au Tibet –
Sur les traces d'Alexandra David-Néel sont d'excellentes sources
d'informations et d'illustrations |
||
| Voici ce que j'écrivais dans le Journal de Prospéro à Brême | ||
|
Le seul ouvrage que j'aie apporté avec moi au cours de ma tournée de théâtre avec Robert Lepage, mon livre de chevet, est le Journal de voyages d'Alexandra David-Néel (Éd. Plon), une grande dame que je considère comme un maître spirituel authentique. J'ai parlé d'elle dans une entrée de ce journal la veille du départ de Montréal. Il m'a semblé que je ne pouvais pas trouver mieux pour m'accompagner dans mes déplacements que les réflexions d'une femme qui a traversé l'Asie et, en particulier, les Himalaya à pied. J'ai trouvé dans son œuvre un enseignement bouddhique adapté à mes besoins d'occidental. C'est d'elle que je tiens d'ailleurs que le bouddhisme n'est pas une religion mais une philosophie, une pratique. Voici quelques citations parmi celles que j'ai transcrites à l'occasion dans ce journal et qui, bien souvent, répondaient à mes attentes au milieu de la tempête dans ma tête:
Plus loin cet aveu que je ne trouve pas nécessairement sombre et lugubre :
Une phrase qui me rappelle l'enseignement de Don Juan à Castaneda qui lui dit qu'il faut vivre sa vie avec le sentiment de sa mort à son côté. Autre occasion de recul, de distance:
|
||
|
Journal de PROSPERO/Paris/Avignon
Son influence est considérable. Comme son œuvre du reste. Aux cours des années, je me suis plus spécialement intéressé à ceux de ses livres qui portent sur le bouddhisme. Ils sont de deux niveaux : ceux qu'elle a écrit avant l'expérience et ceux, après. L'expérience dont il s'agit est celle de la réalisation du Soi. Et ce, bien qu'elle eut un fort mauvais caractère – ce qui me rassure un peu; et qu'elle traversât fréquemment des périodes de grande neurasthénie et de doute même – ce qui me rassure aussi; et qu'elle fut d'une grande excentricité mais que, pardessus tout, elle détestât la médiocrité et refusât de s'identifier à ce qu'elle appelait " ce misérable troupeau d'êtres occupés à se tourmenter les uns les autres et à se torturer eux-mêmes". C'est Alexandra David-Néel, dans ses livres, qui m'a appris que le bouddhisme – qu'elle a même enseigné dans des institutions universitaires en Inde – n'est pas une religion mais une philosophie, une pratique. Comme le rappelle Jacques Brosse dans l'excellente biographie qu'il consacrée à la grande dame :
À peu près à mi-chemin de Dignes, j'arrête ma voiture le long de la route pour marcher un peu. Ou plutôt pour n'avoir pas traversé une partie de la Haute-Provence sans en être conscient. De l'autre côté de la clôture, un champ de céréales... L'odeur de lavande et de thym – me semble-t-il. Et au milieu de ce champ, une résidence, un petit château entouré d'arbres. Puis, je reviens à la voiture et je reprends la route. |
||
|
Pourquoi ce pèlerinage? Parce que je continue, au cours de cette tournée, de travailler à un projet de série d'émissions pour la télévision sur le thème du héros. Chaque émission porterait sur une personnalité héroïque au sens large. Le héros d'une de ces émissions serait précisément madame Alexandra David-Néel. Je souhaite donc me familiariser davantage avec sa pensée et à mieux connaître l'être d'exception qu'elle fut. Mais peut-être suis-je entraîné dans cette recherche pour une raison plus obscure. À l'époque où je poursuivais mes études – je devais avoir 12 ou 13 ans –, j'étais élève de syntaxe ou de méthode, un de mes professeurs qui était aussi mon directeur de conscience (on dirait sans doute aujourd'hui mon psy ou mon gourou...), et qui mettait à ma disposition certains livres de sa bibliothèque, m'a un jour prêté un ouvrage d'Alexandra David-Néel, son plus célèbre : Voyage d'une parisienne à Lhassa. Il y a donc un bon moment que je suis sur sa piste... Pour ce qui est du moins du voyage intérieur. |
||
|
Lorsqu'elle préparait son voyage, à un moment, Alexandra David-Néel se demande si elle va le faire à pied, à travers les Himalayas. Elle écrit tout à coup comme ça :
|
||
|
Alexandra David-Néel,
|
" J'ai un tempérament mystique et des vues philosophiques qui me permettent une vie que peu de gens nés en Occident pourraient supporter. Il viendra un temps que nous ne verrons pas où les hommes entretiendront l'idée qui semble monstrueuse aujourd'hui que tout enfant doit trouver dans son berceau égale chance de se développer suivant ses aptitudes naturelles, brillantes ou médiocres, et que quiconque prétend jouir de ce que l'on appelle la vie civilisée doit accomplir sa part du travail nécessaire au maintien des choses qui constituent la civilisation. |
|
|
" Je suis ‘ partie ’ bien des fois, sans jamais ‘ arriver ’ et le grand départ, que chaque jour qui s'écoule rend plus proche pour chacun de nous, ne me conduira, j'en suis certaine, à aucun port définitif où l'on jette l'ancre pour toujours. Une telle immobilité, d'ailleurs, serait la mort et la mort n'existe pas. Il n'y a de réel et de vrai que l'Éternelle Vie. " Il n'est aucun être qui ne parte chaque jour et à chaque minute, consciemment ou non, pour quelque aventure. " |
||
|
Édition : Stéphanie Adam Le Roch
Révision : Nicole Dumais/Infographie : Pascal Languirand/ Documentation : Rosalie Dumontier/Recherche internet : Noëllise Turgeon © Les Productions Minos Ltée/ Tous droits réservés pour tous pays |