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| TEXTES
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| premières
attirances de la matière | - Je
n’avais certainement pas plus de six ou sept ans lorsque je commençai
à me sentir attiré par la Matière – plus exactement
par quelque chose qui " luisait " au cœur de la Matière.
[...] Je me retirais dans la contemplation, dans la possession de l’existence
savourée de mon " Dieu de Fer ". Le Fer, je dis bien.
Et je vois même encore, avec une acuité singulière, la série
de mes " idoles ". À la campagne, une clef de charrue
que je dissimulais soigneusement dans un coin de la cour. [...] Pathétiques
désespoirs d’enfant (je ne les ai pas oubliés) en constatant un
beau jour que le Fer se raie, et qu’il se rouille.
(Le
cœur de la Matière) |
| croire
et oser | - Ce
qui paralyse la vie, c’est de ne pas croire et de ne pas oser. [...] Il ne s’agit
pas de savoir si l’eau est froide, il faut passer.
(Genèse
d’une pensée) |
| La
bauté de la vie | - Je
suis heureux au fond, d’avoir passé par Ypres (lieu d’une bataille féroce
durant la guerre 14-18). J’espère en être sorti plus homme et plus
prêtre. Et plus que jamais, je crois que la vie est belle, dans les pires
circonstances – quand on y regarde Dieu, qui y est toujours… [...]
Je me suis dit que le labeur humain, sous toutes ses formes, doit être
essentiellement tenace, patient, doux – et que c’est à force de réparer
sans murmure les désordres et les accrocs, qu’un Ordre nouveau, sans doute,
s’élabore et se fraie péniblement une place au monde. (Genèse
d’une pensée) |
| les
couleurs de la terre et la croissance de la soufrance |
- Pour un observateur parfaitement clairvoyant,
et qui regarderait depuis longtemps, de très haut, la Terre, notre planète
apparaîtrait d’abord bleue de l’oxygène qui l’entoure; puis verte
de la végétation qui la recouvre; puis lumineuse – toujours
plus lumineuse – de la Pensée qui s’intensifie à sa surface;
mais aussi sombre – toujours plus sombre – d’une souffrance qui croît
en quantité et en acuité au même rythme que monte la Conscience,
au cours des âges. À chaque instant la souffrance totale de toute
la Terre!
(" L’activation
de l’énergie ") |
| Le
dépassement de mon œuvre | - Les
quelques titres que l’on m’a décernés, le renom de scientifique
que m’a valu la découverte de l’Homme préhistorique de Pékin,
m’intéressent dans la mesure où ils serviront de caution à
mes idées et m’aideront à les répandre, en donnant du crédit
et du poids à ma thèse évolutionniste. [...] La science évolue
sans cesse, mon œuvre sera sûrement dépassée plus tard. Je
n’ai jamais prétendu détenir une vérité définitive,
et je suis prêt à réviser ma synthèse, à la
suite de nouvelles découvertes… Je ne suis qu’un anneau de la chaîne.
(cité par Claude
Rivière, En Chine avec Teilhard 1938-1944) |
L'événement
cosmique - la cosmogenèse | - Du
point de vue de l’Évolution convergente où m’ont conduit et installé
soixante ans d’expérience et de réflexions, l’Événement
cosmique tout entier se ramène essentiellement à un seul et vaste
processus d’arrangement, dont le mécanisme (utilisation des effets de grands
nombres et du jeu des chances) dégage, à chaque instant, de nécessité
statistique, une certaine quantité de souffrances (ratés, décompositions,
morts…). Or ce sont précisément les deux faces (constructive et
destructive) de cette opération que, par accession du Christ au point Omega,
pénètre et envahit un flot de puissance unitive…[...] La cosmogenèse
prend brusquement, jusque dans ses déterminismes les plus implacables et
les plus obscurs, la figure d’un innombrable contact avec un pôle suprême
d’attraction et de complétion. Subitement lancé, un courant d’amour
se répand en toute la surface et la profondeur du Monde : et ceci
non pas seulement à la façon de quelque chaleur ou parfum surajoutés,
mais comme une essence de fond, destinée à tout métamorphoser,
tout assimiler, tout remplacer.
(Le
cœur de la Matière) |
évolution
de la psychanalyse vers un engagement dans l'élaboration d'une énergétique
humaine | - M’adressant
aux professionnels de la psychanalyse, je leur dirais ceci : " Jusqu’à
présent, et pour d’excellentes raisons, votre science s’est surtout préoccupée
de faire apercevoir par l’individu, au fond de lui-même, certaines impressions
oubliées, certaines complications secrètes, avec l’idée (vérifiée
par l’expérience) que ces refoulements, ces complexes une fois démasqués
et acceptés, s’évanouiront à la lumière. "
Ceci est bien. Mais ce travail de liquidation
une fois accompli, est-ce qu’une autre œuvre de clarification – plus constructive,
et donc plus importante – ne reste pas à faire? Je veux dire, aider
le sujet à déchiffrer, dans les zones encore mal explorées
et explicitées de lui-même, les grandes aspirations (sens de l’irréversible,
sens cosmique, sens de la Terre, sans humain…). Opération inverse de la
précédente. Psychanalyser, non pas pour dégager, mais pour
engager. Faire lire l’homme en soi, non plus pour dissiper des fantômes,
mais pour donner consistance, direction et satisfaction à certains grands
besoins et appels essentiels qui étouffent en nous, et dont nous étouffons,
faute d’être traduits et compris? Travail éminemment fécond,
puisqu’il s’appliquerait à discerner, non plus des liens ou des tares,
mais les ressorts les plus secrets et les plus généraux du dynamisme
psychique qui nous anime. En somme,
la psychanalyse a surtout été, jusqu’ici, médicalement
intéressée à traiter des forces et des cas individuels. Au
maximum, elle s’est occupée, par rapport à des groupes limités
(famille surtout) à ouvrir et à centrer le sujet sur soi, de façon
à le rendre socialisable au premier degré. Le moment ne serait-il
pas venu où, par l’étude en chaque homme de ses aspirations trans-individuelles,
elle doit s’engager (du point de vue non plus du guérisseur, mais de l’ingénieur)
dans l’élaboration d’une énergétique humaine, à l’échelle
et à l’usage du groupe zoologique humain en cours de totalisation planétaire. (IN
Psyché, N° 100) |
| On
n’est converti que par ce qu’on aime. |
| l'union
qui différencie |
En n'importe
quel domaine, qu'il s'agisse des cellules du corps, ou des membres d'une société
ou des éléments d'une synthèse spirituelle l'union
différencie. Les parties se perfectionnent et s'achèvent dans tout
un ensemble organisé.
(Le
Phénomène humain) |
| la place de
la vie dans l'univers |
- L’homme
est une partie de la Vie; et même, il est la partie la plus caractéristique,
la plus polaire, la plus vivante de la Vie. Impossible, dès lors, d’apprécier
convenablement sa position dans le Monde sans fixer au préalable la place
de la Vie dans l’Univers.
(La
place de l’homme dans la nature) |
| conscience planétaire |
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| ce que doit
être la vraie physique |
-
Le moment est venu de
se rendre compte qu’une interprétation, même positiviste, de l’Univers
doit, pour être satisfaisante, couvrir le Dedans, aussi bien que
le Dehors des choses – l’Esprit autant que la Matière. La vraie
Physique est celle qui parviendra, quelque jour, à intégrer l’Homme
total dans une représentation cohérence du monde. |
| la foie en l'avenir,
pour nous sauver d'une humanité prête à détruire |
-
Les pessimistes ont toujours
tort! Il est logique toutefois de dire que l’humanité doit vivre comme
une seule famille si elle veut survivre. Je ne peux m’empêcher de rester
optimiste. Il y a une sorte de conscience humaine à l’échelle planétaire
qui est en train de naître. Nous savons maintenant que la vie et la terre
ont un âge. Il y a eu un passé. Il y a aussi un avenir en face de
nous. Pour la première fois, au-dessus du conflit qui secoue notre monde,
nous commençons à voir, en nous et en avant de nous, l’unité
de l’espèce humaine. [...] Je nomme croyant qui croit au monde. La grande
affaire, de ce point de vue, est de battre le rappel et de former le bloc de tous
ceux qui, soit à droite, soit à gauche, pensent qu’il faut avant
tout, pour l’humanité, une issue en avant. Malgré la vague de scepticisme
qui semble balayer aujourd’hui les espérances dont a vécu le 19e
siècle, la foi en l’avenir n’est pas morte dans les cœurs. C’est elle,
et elle seule, qui peut sauver le monde des mains d’une humanité prête
à détruire l’Univers si elle ne l’adore pas. (propos
glanés par Dominique de Wespin, Planète N° 22, 1965) |
| définition
de la vie |
- À la question : " Qu’est-ce
que la vie? " :
1.D’une façon tout
à fait générale, on pourrait dire que la vie (définie
par ses principaux attributs d’assimilation, de reproduction, d’hérédité
et de conscience) se présente désormais à la science non
plus comme une anomalie physico-chimique, mais comme la forme extrême prise
sous certaines conditions (température favorable, durée suffisante
de transformation, etc.), par une propriété universelle,
bien que généralement dissimulée, de l’étoffe cosmique.
Ce qui revient à dire que la vie peut être légitimement regardée
comme en pression, depuis toujours et partout dans l’Univers – naissant,
dès qu’elle peut, partout où elle peut – et, là où
elle est apparue, s’intensifiant autant qu’elle le peut, dans les immensités
du temps et de l’espace. 2. Plus précisément, la vie tend toujours
davantage à nous apparaître, scientifiquement, comme un effet spécifique
de complication corpusculaire, lié à l’édification
de très grosses et très complexes particules. Malgré la présence
de nombreux seuils critiques, en effet, c’est sans aucune rupture que se suit
la courbe menant des grosses molécules aux êtres multicellulaires :
celle courbe étant précisément celle suivant laquelle émergent
(hors des jeux de hasard et de grands nombres) les effets vitaux d’indétermination,
de self arrangement et de conscience. 3. Ceci posé, entre cette
mystérieuse dérive du monde vers des états de plus en plus
complexes et intériorisés, et l’autre dérive (bien plus étudiée
et mieux connue celle-là) qui entraîne le même monde vers des
états de plus en plus simplifiés et extériorisés,
entre ces deux dérives, dis-je, existe-t-il une relation? Et laquelle?
Les deux mouvements (vie et entropie), quantitativement (dirait-on) d’importance
si inégale, ne seraient-ils pas en réalité de même
amplitude, de même ordre, et en quelque façon complémentaires
l’un à l’autre? Et, dans ce cas, sous quelle forme prévoir l’équilibre
final du phénomène? En cette ultime question tend peut-être
à se ramasser et à se formuler, pour la science de demain, l’énigme
essentielle de l’Univers. (Cité
par Louis Lavelle, Introduction à l’Épistémologie génétique,
Paris, P.U.F., 1950, " Bibliothèque de Philosophie Contemporaine ")
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| Pierre
Teilhard de Chardin |