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JÉSUS dit
LE CHRIST
Jésus est un prédicateur palestinien et un rabbin considéré par de nombreux Juifs comme un grand instructeur. Pour ceux qui croient en lui et le suivent comme leur maître – les chrétiens –, il est considéré comme le Fils unique de Dieu qui s’est incarné pour sauver le genre humain et qui à cette fin a accepté de mourir sur le gibet des Romains, la croix. (Cependant, Jésus n’a jamais dit " je suis le fils de Dieu ", il a simplement employé la forme adjectivale " je suis fils de Dieu ", comme on dirait " je suis Français " plutôt que " le Français ".) Le mot Jésus est tiré de l’hébreux Yeshoshua; le mot " christ " vient du grec christos, lui-même tiré de l’hébreux meshiah (oint) devenu " messie ", le sauveur-roi supposément annoncé par les textes anciens. Les chrétiens en ont donc fait un être surhumain appelé à dominer la terre entière. Cette croyance a toujours refusé une analyse critique et n’accepte pas d’être remise en question. Pourtant, la littérature juive a pratiquement ignoré l’existence de cet homme : les quelques références du Talmud ne mentionnent que quelques détails, et l’historien juif Josèphe, écrivant au 1er siècle, ne le cite que deux fois en passant. Certains chrétiens ont fait cas d’un rapport envoyé à Rome par l’exécuteur Ponce Pilate, mais ce texte n’a jamais été trouvé. Ce qui signifie que tout ce que l’on sait de valable sur Jésus nous vient de ceux qui croyaient fermement en sa divinité, c’est-à-dire des témoins " intéressés " qui interprétaient tout à la faveur de leur croyance. Aussi, même sa résurrection ne peut-elle être considérée comme historiquement vérifiée ou vérifiable : il n’existe nulle part de reportage neutre. Le seul événement dont on est sûr qu’il n’a pu être trafiqué est la crucifixion, puisque c’était en soi un acte honteux dont on n’aurait pu se vanter. Jésus ne semble pas avoir voulu fonder une religion. Il n’enseignait pas non plus un système de théologie et était très libre dans ses interprétations et ses actions. On ne peut connaître quel était son état de conscience, ni s’il a vraiment prévu ou voulu les derniers événements de sa vie. De toutes façons, il n’y avait pas de précédent dans le judaïsme pour l’idée que la mort du Messie puisse sauver des humains du péché. Les évangélistes – les journalistes de l’époque – ont tendance à blâmer le peuple juif pour la mort de Jésus, mais ce n’est là que le début de l’anti-sémitisme qui rongera l’Église pendant des siècles. Car ce sont les Romains qui l’ont tué.
Placide Gaboury |