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| Relations
humaines L’évolution de la séduction à la lumière du féminisme | |||||
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COLLECTIF | Je crois vous avoir déjà parlé du groupe d’histoire des femmes, qui avait fait paraître De la violence et des femmes. " Le groupe d’histoire des femmes poursuit sa réflexion entamée avec De la violence et des femmes, sans être dupe de la séduction même de son nouvel objet, écrit-on en quatrième de couverture. Pas d’autre solution que d’explorer un des moments de tension paroxystique entre femmes et hommes […] pour mesurer les chances d’une reconnaissance mutuelle. " | ||||
| Séduction
et égalité : de l’agression à la réciprocité | |||||
| Passer de l’égalité à la séduction… est-ce qu’il n’y a pas là quelque chose de difficile à vivre, pour ainsi dire? Les auteures le croient. " Première évidence, la séduction est nécessaire, elle est un des points nodaux de l’architecture sociale et aucune société ni période n’a échappé à sa réalité. Sa nécessité a donc construit notre objet de recherche, expliquent les auteures dans l’introduction. Dans chacun des textes se retrouve ce constat […]. Nécessaire la séduction, mais toujours porteuse de crainte ", ajoutent-elles. | |||||
| " Autre questionnement que l’on retrouve ici : la séduction est le ressort de multiples formes de sociabilité. […] Si nous envisageons par exemple comment la séduction induit des formes de pouvoir – c’est vers cela qu’on se dirige maintenant –, il est manifeste que l’empire qu’on prête aux femmes par ce biais est bien encerclé, contenu, voire contredit par la force de la conquête masculine et par le privilège légitimé de sa domination. " | |||||
| " En même temps, malgré les moments de révolution ou de subversion sociale et malgré la volonté de repenser en termes équilibrés les relations entre les sexes, l’idéal d’égalité se brise. " |
" Une autre conséquence du jeu de la séduction est d’avoir, différemment selon les siècles, esthétisé les modes de vivre, les manières d’être, les apparences aussi bien que les champs littéraires et artistiques, disent-elles plus loin. […] À l’image de la vie, la séduction entre les hommes et les femmes, ce lieu de tension – qui n’est pas toujours négatif –, bute sur les structures implacables que sont les appartenances identitaires, nationales, culturelles, et les déterminismes de classe. En même temps, malgré les moments de révolution ou de subversion sociale (par exemple le féminisme) et malgré la volonté de repenser en termes équilibrés les relations entre les sexes, l’idéal d’égalité se brise. " | ||||
Si j’ai bien compris la démarche de ces dames, la séduction représenterait, pour la femme en tous les cas, le risque que l’idéal d’égalité se brise. Ce n’est pas surprenant comme réflexion parce que dans tous les dictionnaires, que ce soit le Larousse ou le Petit Robert, comme les auteures le font remarquer au début du chapitre : " Séduire, c’est d’abord tromper. " Voilà l’idée, et elle revient à toutes les époques. Qu’en est-il du 20e siècle? " Le 20e siècle conserve toute la sédimentation des connotations péjoratives dans le domaine religieux et social, écrivent-elles. Mais le rapport d’agression s’estompe au profit d’une certaine réciprocité, voire de la réversibilité : ‘ il résiste rarement à l’envie de poursuivre les avantages de la séduction qu’il exerce, surtout sur les très jeunes filles, mais il est presque toujours pris à son propre piège; victime de sa victime, il souffre plus qu’elle ’ (Béguin, 1939) – Bien sûr, mais ça c’est après coup. " La palette des modes de séduction s’élargit tout en se morcelant : bouche, regard, expression, le physique devient érotique ou sensuel ", précisent les auteures. Je découvre ici que c’est Simone de Beauvoir qui aurait employé la formule " sex-appeal " pour la première fois, en abordant le sujet dans un ouvrage sur le féminisme. " La séduction retrouve le sens d’amener quelqu’un à se donner, mais alors ce n’est pas obligatoirement la femme qui cède, ni un drame. " | |||||
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Féminisme : entrave ou laboratoire? | ||||
| " Le féminisme, à la fois comme phénomène sociologique d’émancipation féminine et comme mobilisation collective pour les droits des femmes, bouscule et transforme les modèles et les formes de séduction. " |
Dans cet ouvrage, Florence Rochefort signe un chapitre qui s’intitule : " La séduction résiste-t-elle au féminisme? – 1880-1930 ". " Le féminisme est-il une entrave à la séduction? demande-t-elle. Aujourd’hui, dès qu’un magazine traite de l’amour, de la sexualité, de la famille et des femmes, la question ne manque pas d’être posée, fait-elle observer. Par réflexe d’antiféminisme ordinaire? Sans doute! Mais pourquoi ne pas prendre tout de même l’interpellation au sérieux pour aborder l’histoire de la séduction? Le débat qui oppose comme contradictoire féminisme et féminité, égalité des sexes et charme féminin, émancipation des femmes et séduction, n’est pas anecdotique. Il place la séduction au cœur d’une tension identitaire et relationnelle. […] | ||||
| " Le féminisme, à la fois comme phénomène sociologique d’émancipation féminine et comme mobilisation collective pour les droits des femmes, bouscule et transforme les modèles et les formes de séduction, poursuit-elle plus loin. Par son postulat d’égalité et sa volonté d’en appliquer le principe dans le droit, dans les rapports sociaux et privés, il ébranle ce socle inégalitaire qu’il a contribué à mettre à jour et qui fait désormais l’objet d’études universitaires – dont on donne les références, qui sont très nombreuses d’ailleurs. " Les définitions même du masculin et du féminin sont mises en cause, comme les diverses façons d’accepter, de refuser ou de composer avec les normes de genre. […] Y a-t-il pour autant antagonisme entre féminisme et séduction? Et qu’apprend-on de la séduction à travers cette polémique? […] " La rupture du contrat de séduction est présentée comme préjudiciable aux hommes comme aux femmes. […] Ce que la femme perdrait avec l’égalité, c’est son pouvoir de plaire. – Donc, d’après certains, elle devrait renoncer à l’égalité pour être certaine de plaire. – […] La menace de rompre l’ordre inégalitaire des sexes dévoile la vulnérabilité masculine : soit l’homme perd l’objet de son désir, soit il risque d’être anéanti par lui. " On voit que le sujet nécessite une réflexion sérieuse. | |||||
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Réaction d’un auditeur De :
Daniel Arcand J'écoute
présentement l'émission en cours, le sujet est la séduction.
" La coquetterie de la femme et une séduction non garantit de coït. " | |||||
| Florence Rochefort termine en disant : " Bien plus qu’un éteignoir, le féminisme apparaît bel et bien comme un creuset où s’expérimentent les modèles contestataires de séduction. – Il ne s’agit pas de renoncer à la séduction, mais de trouver des modèles contestataires de séduction. Ce qui n’est pas rien. – L’exigence d’égalité et de reconnaissance individuelle conduit à des choix très contrastés. […] Le champs identitaire féminin s’élargit et rend plus complexes les registres de la séduction. Un potentiel relationnel nouveau est perceptible, même si la figure de ‘ l’homme nouveau ’ – j’adore ça, l’homme nouveau, l’homme rose… – reste encore relativement floue, dit-elle. Les implications de tels choix ne sont pas seulement d’ordre individuel, ils sont érigés comme modèles. Souvent, les féministes ont pour ambition de transformer les rapports hommes/femmes en imposant une nouvelle norme de genre et un strict code de conduite. […] | |||||
| L’affaire Lewinsky au regard de la séduction | |||||
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En a-t-on assez parlé de Anita Hill et de Monica Lewinsky! Dans l’un des chapitres de cet ouvrage intitulé : " Quand le privé devient public – L’Amérique des années 1990 ", que signe Nancy L. Green, il en est question parce qu’il s’agit de deux scènes de séduction radicalement différentes. L’une est abusive : vous vous souvenez de Anita Hill qui a dit que son patron lui avait fait des avances... L’autre est consentante : parce que le cas de Lewinsky ce n’est pas du tout la même chose. | |||||
| " Anita Hill elle-même, commentant l’affaire Lewinsky, a mis en garde contre un amalgame de deux histoires de bureau qui banaliserait la notion de harcèlement sexuel ", fait remarquer Nancy L. Green. " La séduction et la liaison se déroulent par étapes. ‘ La séduction des yeux. La plus immédiate, la plus pure. ’ Tout commence, selon Lewinsky, par un contact visuel, un regard croisé qu’elle interprète comme très significatif. À une autre occasion, c’est une poignée de main particulièrement chaleureuse. – Je ne connaissais pas tous ces petits détails; je trouve ça intéressant. – Ensuite, ils se croisent dans un couloir, elle le taquine, il lui répond, et elle lui dévoile le haut de son string. – Ah là c’est beaucoup plus invitant… Il n’y a pas d’erreur. Il ne lui a pas dit : " Qu’est-ce que vous voulez dire par là? "… Il a su tout de suite. – Il l’invite dans son bureau et ils passent rapidement à l’acte. " La liaison qui s’ensuit est décrite par Monica Lewinsky avec une franchise certaine : d’abord sexuelle (à la troisième rencontre, elle s’inquiète de savoir s’il connaît son nom), puis sentimentale. Leurs rencontres sexuelles (essentiellement buccales) seront volées à l’espace et au temps présidentiel (dans un coin du bureau près des toilettes présidentielles, parfois même pendant que Clinton est au téléphone). – Un gars a deux hémisphères, non? – Cette relation débouche même sur des disputes d’amoureux. Elle lui reproche la parcimonie de son temps, du sexe (elle plaide pour la pénétration, il résiste) et des émotions. " Cette histoire n’est pas une parenthèse dans le livre, je le précise, cela fait partie de toute une interrogation à laquelle les femmes se livrent de sorte qu’une réflexion puisse nous amener à trouver comment garder la séduction tout en respectant l’égalité de la femme. | |||||
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Par 4 chemins/ Le
10 juin 2001/1ère heure | |||||
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