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| Évolution Nous sommes le troisième chimpanzé... et notre survie est menacée | ||
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DIAMOND,
Jared. | Je vais vous dire la vérité. La semaine qui a suivi le Jour de la Terre, je devais vous parler de Jared Diamond puis du Troisième chimpanzé mais je me suis dit : " Comme déjà je leur ai fait le coup de la fin du monde en leur parlant de La sixième extinction, à partir de l’ouvrage de Leakey, sans compter toutes les informations que je leur ai communiquées pendant cette émission spéciale, la semaine suivante, il me semble que c’est un peu tôt. Mais, finalement, comme je ne peux pas ne pas vous en parler, je le fais maintenant. Il faut se souvenir que, pour nous, ce n’est pas absolument nouveau et certaines des informations que nous communique J. Diamond nous sont plus ou moins familières. " La chose est désormais connue de tous : l’homme, partageant plus de 98 % de ses gènes avec le chimpanzé pygmée et le chimpanzé commun, représente, dans le monde animal, le troisième chimpanzé ", écrit-on en quatrième de couverture. Jared Diamond dit d’ailleurs que si, à un moment, des gens arrivaient de l’espace pour venir voir notre planète, nous observer, etc. et qu’ils nous regardaient puis regardaient les chimpanzés, de toute évidence, s’ils ont le moindrement une formation scientifique eux-mêmes, ils diraient : " Voilà la troisième espèce de chimpanzés. " Mais c’est un chimpanzé qui se distingue par le langage, par l’art, la technique, l’agriculture. | |
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" C’est le fruit d’une évolution non pas seulement anatomique mais également comportementale, explique J. Diamond : le cycle vital de l’homme se particularise par le faible nombre de petits par portée, les soins parentaux bien au-delà du sevrage, la vie en couple, l’espérance de vie, la ménopause. Autant de traits qui soulèvent le problème de l’éventuelle présence de précurseurs dans le monde animal, et du stade auquel le troisième chimpanzé fit le saut quantique en matière de réussite évolutive. " Qu’est-ce qui s’est passé et à quel moment ça s’est produit pour que nous soyons devenus ce que nous sommes avec, il faut bien le dire, le 2% de nos gènes qui sont différents et que ne possèdent pas les deux autres espèces de chimpanzés? Qu’est-ce qui fait que nous soyons si différents et sommes-nous, en fait, si différents? Ce sont toutes des questions qu’il se pose. L’auteur identifie deux facteurs
qui sont bien importants et qu’il faut résumer, et ça recoupe l’ouvrage
La sixième extinction, dont je vous ai déjà parlé :
d’une part, les êtres humains sont exceptionnellement doués pour
s’entretuer, et tous les moyens sont bons pour y parvenir; d’autre part, ils sont
aussi très doués pour détruire leurs environnement. " Mais nous sommes également uniques en notre genre par certains comportements sinistres, précise J. Diamond, tels que la perpétration du génocide, le plaisir pris à torturer, la consommation compulsive de drogues, voire l’extermination des autres espèces par milliers. Même si quelques-unes de ces dernières sont capables de l’un ou l’autre de ces comportements sous une forme rudimentaire – comme l’emploi d’outils –, nous les dépassons de loin sur tous les points. […] " Un zoologiste venu d’une autre planète classerait les hommes [en cages voisinant celles des chimpanzés] immédiatement, pour sa part, dans une troisième espèce de chimpanzé, s’ajoutant à celle du chimpanzé du Zaïre et à celle du chimpanzé commun, répandu dans le reste de l’Afrique[…]. " Depuis
l’époque de Darwin, les os fossilisés de centaines d’organismes
représentant divers stades intermédiaires entre les grands singes
et l’homme moderne ont été découverts, prouvant irréfutablement
à toute personne raisonnable l’écrasante évidence :
le phénomène évolutif que l’on prenait jadis pour une absurdité
a réellement eu lieu. " Si notre zoologiste était venu d’une autre planète nous observer il y a seulement une centaine de milliers d’années, il n’aurait vu en nous qu’une espèce de grand mammifère parmi d’autres. – Je ne sais pas si ça vous paraît très loin une centaine de milliers d’années, mais quand on parle de 15 milliards d’années à partir du Big Bang et de millions d’années qui nous séparent, par exemple, des dinosaures, il me semble qu’une centaine de milliers d’années ça n’est pas beaucoup… | ||
| " Dans la mesure où la population humaine mondiale double à présent tous les 41 ans, nous aurons bientôt atteint la limite biologique de son effectif théoriquement possible, point à partir duquel se déchaînerait la guerre de tous contre tous pour l’accès aux ressources mondiales..." | " D’une façon ou d’une autre, en l’espace de quelques dizaines de milliers d’années – une durée infinie ou presque à l’aune de la vie individuelle, mais une minuscule fraction de l’histoire propre de notre espèce –, nous avons commencé à faire preuve de qualités en vertu desquelles nous sommes uniques et fragiles. Quels ont donc été ces facteurs clés de l’hominisation? […] Nos caractéristiques uniques ont été la cause de notre réussite biologique actuelle en tant qu’espèce : aucun autre animal de grande dimension n’est distribué sur tous les continents, où ne se perpétue dans tous les types de milieux, depuis les déserts de l’Arctique jusqu’aux forêts tropicales; aucun gros animal sauvage ne nous concurrence par le nombre. – Il faut bien voir que nous sommes spéciaux, c’est sûr. – Mais parmi ces caractéristiques uniques en leur genre, deux mettent notre existence en péril : notre tendance à nous tuer les uns les autres et celle à détruire notre environnement. Si toutes deux existent assurément chez les autres espèces […] elles sont beaucoup plus graves chez nous, en raison de la puissance de notre technologie et de la rapidité de notre expansion démographique. | |
" La fin du monde serait proche, nous prédisent d’aucuns, si nous ne prenons pas conscience de nos mauvais penchants. Ce qui est nouveau n’est certainement pas la prophétie elle-même, mais le fait qu’elle a désormais des chances de se vérifier pour deux raisons évidentes. La première tient au pouvoir d’anéantissement des armes nucléaires – l’espèce humaine n’avait pas cette possibilité auparavant. La deuxième est que nous nous approprions déjà près de 40 % de la productivité nette de la Terre (c’est-à-dire de l’énergie provenant de la lumière solaire). Dans la mesure où la population humaine mondiale double à présent tous les 41 ans, nous aurons bientôt atteint la limite biologique de son effectif théoriquement possible, point à partir duquel se déchaînerait la guerre de tous contre tous pour l’accès aux ressources mondiales, sorte de gâteau dont les parts sont fixes. En outre, étant donné le rythme actuel avec lequel nous exterminons les espèces, la plupart de celles qui peuplent le monde s’éteindront ou seront en danger de le faire au siècle prochain – et cela, bien que notre propre subsistance dépende pourtant d’un grand nombre d’entre elles. " Pas très gai tout ça, vous allez me dire, mais c’est très important d’en parler et d’y réfléchir n’est-ce pas? " En réalité, nous dit Jared Diamond, la situation de l’espèce humaine n’est pas aussi désespérée. La conclusion est un épilogue qui retrace notre ascension depuis le stade de l’animal; il s’arrête à l’accélération des pratiques susceptibles de conduire à notre extinction. Je n’aurais pas écrit cet ouvrage si j’avais pensé que ce danger est encore lointain, mais je ne l’aurais pas fait non plus si j’avais considéré que nous sommes condamnés. Voilà qui devrait rasséréner tous les lecteurs trop pressés que désespéreraient les récits des errements passés de l’espèce. " Au fond, Jared Diamond est un peu comme Hubert Reeves… " volontairement optimiste ". | ||
| Les holocaustes potentiels : nucléaire et écologique | ||
| " La menace d’un holocauste nucléaire et celle d’un holocauste écologique sont les deux questions les plus pressantes que doit affronter l’espèce humaine aujourd’hui. " |
" Jusqu’à ces dernières
années, personne ne se souciait de savoir si nos enfants ou nos
petits-enfants seraient en mesure de jouir d’une planète vivable.
Nous sommes la première génération qui se pose
la question de l’avenir de l’espèce ", nous
fait remarquer Jared Diamond.
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| Puis notre auteur parle des menaces qui pèsent sur nous, et particulièrement de " la menace de l’holocauste nucléaire " qu’il considère comme l’aboutissement de cette manie que l’on a de s’entretuer, avec la possibilité de le faire maintenant avec des armes encore plus terribles. " Deux menaces pèsent sur cet avenir, poursuit J. Diamond : la nucléaire et l’écologique. Les deux ont les mêmes effets à termes, chacune est pourtant jugée différemment par nos contemporains. La première, la menace de l’holocauste nucléaire qui est apparue pour la première fois à Hiroshima. Nul ne songe à la nier désormais, tant les stocks d’armes sont immenses et la possibilité d’une erreur de la part des politiques qui en ont la garde est réelle. Tous conviennent que les conséquences d’un tel holocauste sont, pour l’espèce, incommensurables. Cette menace imprime sa marque sur la diplomatie de notre époque, mais le consensus ne se fait pas sur cette conjuration : faut-il viser un désarmement complet ou partiel? Maintenir un équilibre entre les puissances nucléaires? Ou accorder la suprématie à l’une des puissances nucléaires? " La deuxième menace est celle de l’holocauste écologique, dont l’une des causes possibles souvent évoquée est l’extinction graduelle de la plupart des espèces vivant sur la planète. – Il en meure environ 125 à 150 par jour! – Contrairement à l’holocauste nucléaire, le désaccord est presque total sur les points fondamentaux soulevés par la menace : le risque d’extinction de masse est-il bien réel? Il est souvent avancé que l’homme aurait provoqué l’extinction d’environ 1 % des espèces d’oiseaux dans le monde entier au cours des derniers siècles. Nombre de ceux qui prennent le temps de réfléchir (surtout les économistes et les chefs d’entreprise, mais aussi certains biologistes et une partie du grand public), soutiennent que cette perte de 1 % n’a pas beaucoup d’importance, à supposer que sa réalité soit attestée. […] Nombre d’autres qui prennent aussi le temps de réfléchir (surtout les biologistes spécialisés de la conservation des espèces, et de plus en plus les militants des mouvements de protection de la nature), prennent ce 1 % pour une grossière sous-estimation […]. " La menace d’un holocauste nucléaire et celle d’un holocauste écologique sont les deux questions les plus pressantes que doit affronter l’espèce humaine aujourd’hui. À côté d’elles, les problèmes du cancer, du sida ou de la malnutrition qui nous obsèdent généralement, sont relativement mineurs, car ils ne mettent pas en cause notre survie en tant qu’espèce. " C’est un nouveau regard qui est jeté sur la survie de l’espèce mais encore faudrait-il arriver à éveiller la volonté politique. Pas facile… | ||
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13 mai 2001/3e heure | ||
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