Biographie
Françoise Giroud se raconte

Françoise Giroud, comme vous le savez sûrement, est journaliste : elle travaille maintenant avec Le Nouvel Observateur, et y écrit une chronique de télévision qui est particulièrement riche, une chronique qui déborde sérieusement. Elle a été deux fois ministre : ministre de la Culture et ministre de la Condition féminine, peut-être davantage, je ne m’en souviens plus. Elle a fait le tour de monde. Elle a été à tu et à toi avec François Mitterrand, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Valérie Giscard d’Estaing, etc. Qui n’a-t-elle pas rencontré? Je souligne en passant qu’elle a maintenant 85 ans. On peut dire que c’est une femme qui a été au milieu de la plaque tournante dans sa vie. Je vais vous communiquer quelques passages d’un de ses ouvrages que j’ai sous les yeux : On ne peut pas être heureux tout le temps, paru chez Fayard. Dans ce livre que j’ai parcouru avec grand plaisir, que de débats et de belles découvertes!

  Steve Jobs et la souris

GIROUD, Françoise. On ne peut pas être heureux tout le temps, Éd. Fayard, 2001

Dans un chapitre qui s’intitule : " Aux États-Unis avec le père de la souris ", Françoise Giroud regarde une photo d’elle, prise dans un bar de Pittsburgh en 1983 avec un Polaroïd :

" On distingue nettement mon visage et celui de Gaston Defferre. Pittsburgh, cœur de l’industrie informatique, est l’une de ces villes américaines où l’on ne voudrait pas se retrouver seule un soir de cafard. Qu’y faisions-nous ensemble alors que Defferre était à l’époque ministre de l’Intérieur?, s’interroge-t-elle. Trois mots sont griffonnés derrière la photo… Ça y est, j’y suis!

" Nous arrivions de New York, appelés par J.-J.S.-S (Jean-Jacques Servan-Schreiber) à Pittsburgh pour quelques heures : le temps de rencontrer un certain Steve Jobs. C’est un grand garçon qui a l’air d’avoir 25 ans. Avec son jeans troué et son T-shirt d’une couleur improbable, il n’a pas le style dandy. Je sais qu’on l’appelle ‘ le petit génie ’ et qu’il a inventé avec un copain l’ordinateur Apple, de taille relativement réduite pour son temps. Formidable réussite! Nous sommes encore à l’ère des ordinateurs de bureau. Steve s’est brouillé avec son copain, Apple a plongé, puis ils se sont réconciliés et ils ont produit, toujours sous la marque Apple, les MacIntosh qui ont aujourd’hui ces si jolies carrosserie de couleur, dit-elle.

" Sur la table du bureau, se trouvait un ordinateur, un Apple naturellement, et, à côté, un petit objet oblong muni d’un fil qu’il brancha sur l’ordinateur. "
 

" Salamalecs abrégés, comme toujours avec J.-J., Steve nous amena dans un bureau et Jean-Jacques dit : ‘ Il va vous montrer ce qu’il a inventé. ’ . C’est ce qu’on appelle aujourd’hui une souris, la première souris née de son imagination, de son talent, de son génie simplificateur. Car il avait bien vite compris que ce qui rebutait le consommateur moyen dans l’informatique, c’était la complexité.

" Il fit une démonstration. Pour qui avait vu fonctionner les ordinateurs de l’époque, les manipulations qu’ils supposaient, c’était fascinant. J’avais appris péniblement les deux langages qu’ils parlaient, le Fortran et le Cobol, mais c’était toute une affaire de s’entendre avec eux! Là, la main sur la souris courait comme avec un stylo. Écrire devenait un simple jeu. Nous étions subjugués. Steve en avait les larmes aux yeux. Sa souris, sa chère souris… Allait-elle conquérir le monde? " Tripatif.

  Gide, Malraux, Gandhi…
" J’étais étonné que Valéry soit, en fin de compte, comme tout le monde tellement je l’admirais. "

" Gide m’amenait souvent déjeuner au ‘ Petit Voltaire ’, son restaurant favori quand il était à Paris. Là, une fois, il y a eu un jeune homme ardent qui voulait le persuader de ne pas publier l’ouvrage Retour d’URSS; c’était Malraux. Une autre fois, il a réussi à faire sortir de chez lui Paul Valéry. J’étais étonné que Valéry soit, en fin de compte, comme tout le monde tellement je l’admirais.

" Marc (son ami), lui, m’amenait chez Marie-Laure de Noailles qui avait le salon le plus huppé de Paris; Marcel Pagnol, qui se prenait si peu au sérieux, Louis Jouvet, Saint-Exupéry… […]

" Je garde quelques photos, sauvées du naufrage… Avec le shah d’Iran, ce fut froid, avec Churchill, savoureux, avec Khrouchtchev, original, avec le roi d’Espagne, plaisant, avec Fidel Castro, tuant, avec Bourguiba, affectueux, avec Eisenhower, cordial, avec Indira Gandhi, chaleureux… et même humoristique.

" Un jour que je l’accompagnais au Centre Pompidou, les journalistes se pressaient, on la fit asseoir, soudain, elle me dit angoissée : ‘ Où est mon sac? J’ai perdu mon sac! ’ Je l’ai avisée aussitôt que son sac était derrière elle. Elle sourit quand elle l’eut de nouveau en main et me dit : ‘ Vous ne croyez pas que le calvaire des femmes, c’est d’avoir toujours besoin d’un sac à main? ’ " [rires]


Servan-Schreiber, l’informatique, l'instruction...
" L’acquisition de connaissances est le plaisir royal de la vie. "

Le Jean-Jacques Servan-Schreiber dont il est question c’est, bien sûr, l’auteur dont nous avons parlé à l’émission à l’occasion de la parution de son ouvrage : Le défi américain :

" Le défi américain, un ouvrage qui est un cri d’alarme et d’optimisme à la fois. Mais, c’est une règle générale, ceux qui voient loin ne sont pas entendus. Ils troublent le confort intellectuel. "

Puis elle raconte la déception qu’elle a eue au moment de la publication de cet ouvrage :

" Moi, je n’avais pas d’entreprise à diriger, de capitaux à investir, de marché à anticiper mais Jean-Jacques m’avait convaincue du caractère bouleversant de l’informatique et de l’urgence qu’il y avait à le comprendre. Je lui disais : ‘ Là-dessus, je veux bien aider, écrire, parler, voir des gens importants, leur expliquer. Mais ce que je ne partage pas c’est votre optimisme. Je crois, moi, qu’aucune technique ne changera les hommes. Ils sont programmés pour tuer et, d’ailleurs, ils n’ont fait que ça depuis la nuit des temps. Tuer l’ennemi, supprimer le rival, réduire l’adversaire, et toujours au nom de Dieu. Dans quelques années peut-être, la manipulation génétique pourra nous rendre plutôt pacifiques, dociles, avec des yeux bleus, par exemple. Mais c’est alors une autre histoire qui commencera et qui ne fait que balbutier.

" Aujourd’hui encore – cela me fend le cœur de le dire – l’homme et la femme ne sont pas amendables, comme on l’a longtemps cru, par l’instruction, la connaissance, la culture. Foutaises! Staline, Lénine, Hitler, Franco, pour s’en tenir au dernier siècle, n’étaient pas incultes.

" Ne me faites pas dire que je suis contre l’instruction. Je la veux pour tous, au contraire! L’acquisition de connaissances est le plaisir royal de la vie. Je dis seulement que les connaissances n’ont jamais arrêté un coup de poing, qu’elles fournissent une couche superficielle de civilisation, fort agréable au demeurant, mais que l’on trouve autant de grands pervers parmi les diplômés que parmi les ignorants. – Elle frappe durement. – Générosité, bonté réelle, respect de la vie et tout simplement de l’autre sont partout et nulle part.

" Donc, prenons la culture pour ce qu’elle est : un art d’agrément. Un art dont il est infiniment jouissif de savoir jouer sur une large gamme, de posséder les clés parce qu’elles ouvrent le monde, mais un art qui sert surtout, comme l’intelligence, à se faire plaisir. "

Plus loin, elle rappelle que Freud s’est interrogé. Elle le cite :

" ‘ Quelle est cette force qui habite l’homme à son insu, le dépossède du pouvoir de diriger librement ses choix, ses dires, ses pensées? Et comment lui rendre la disposition de la plus grande partie de celle-ci et d’accroître sa part de décision? ’ Personne n’a nommé cette force qui nous gouverne, répond Françoise Giroud.

" […] Je crois donc au miracle, celui que peut effectivement accomplir l’informatique dans la formation intellectuelle et scientifique d’une immense partie de l’humanité, dans son mode de vie et de travail. Je ne crois pas que ce miracle contribuera à libérer les hommes d’eux-mêmes. Et quand on me rabâche qu’internet va donner naissance à une humanité réunifiée, j’ai envie de tirer mon revolver. " [rires]

Il y a tellement de choses tripatives que je pourrais vous communiquer de cet ouvrage. Vous savez, c’est toujours à la dernière minute que je fais ces choix-là parce que, autrement, je n’arrive pas à savoir quels sont vos besoins. Il faut que je vous sente là pour me dire : " Voilà! Je pense qu’ils vont aimer telle phrase, tel passage ", etc.

Mme Lazareff, Elle, les États-Unis, le féminisme
" Je ne me sentais pas ‘ féministe ’, puisque j’aimais bien la compagnie des hommes. "

Madame Giroud, je vous le rappelle, est de la fondation de L’Express et aussi du Nouvel Observateur, un peu après. De plus, elle a été rédactrice en chef pendant longtemps du magazine Elle en France, et elle a travaillé avec Hélène Lazareff qui dirige ce magazine. À propos de Madame Lazareff, elle dit :

" Elle avait passé cinq ans aux États-Unis, pendant la guerre, et en rapportait, dans Elle, le parfum à peine prématuré. S’annonçait la ‘ société de consommation ’ – là on est après la Deuxième Guerre mondiale – où, symbole des symboles, les lectrices de Elle n’auraient plus dans leurs armoires, de lourdes piles de draps blancs, orgueil d’un trousseau, mais des draps en coton américain de toutes les couleurs.

" Les draps tutti quanti ne me dérangeaient pas, malgré mon goût résolument français pour le beau linge de maison. Non, c’est ailleurs que nous divergions. J’avais, des femmes, une vue assez conventionnelle, mais teintée par les tribulations de ma mère et mes années de travail dans le cinéma. J’avais bien réussi, poussée par Jacques Becker, j’avais fait mes preuves de scénariste, j’en étais au point où, si j’avais été un garçon, j’aurais eu l’ambition légitime de mettre en scène. [Et vlan!] […]

" Je ne me sentais pas ‘ féministe ’, puisque j’aimais bien la compagnie des hommes. J’avais un mari intelligent et très civilisé qui ne m’a jamais fait subir la moindre tyrannie, et ce fut réciproque. […] Dans ma vie privée, l’Homme n’était pas mon ennemi comme le proclament encore certaines Américaines. Mais dans ma vie professionnelle, j’avais vu ce que j’avais vu : des escouades de machos et de grands cons vaniteux, des femmes esclavagisées – et je ruais. – Ce qu’il y a du mordant là-dedans! [rires]

" Hélène (Lazareff) était à cent lieues. Comme journaliste, elle avait été, dès ses débuts, la femme du patron, ce qui protège de quelques désagréments, et elle pensait profondément que les femmes sont sur terre pour séduire des hommes puissants et prospères de préférence, et pour les garder. Elle a créé Elle dans cet esprit. Comment être belle de la tête aux pieds, séduisante des pieds à la tête, et devenir une délicieuse captatrice d’hommes. La maison, la cuisine, les enfants, bien sûr, on étaient obligées d’en parler, puisque le lectorat, parmi lequel se trouvaient peu de femmes actives, en avait le souci, mais ce n’était pas le cœur du journal.

" Je n’avais rien contre la séduction, loin de là. Mais j’aurais aimé dire autre chose aussi…

" Sur ces entrefaites, je suis invitée à Bruxelles, dans le cadre des ‘ Grandes conférences catholiques ’, à parler des femmes, justement. Je ne fis pas scandale, mais jetai seulement quelques émois par mes propos qui remportèrent un franc succès. Hélène voulut lire le texte de cette conférence. Et, comme elle était journaliste avant tout, sachant capter l’air du temps, quelque chose de neuf fut introduit dans le journal; quelque chose comme de l’insolence. Mais je crus que Pierre Lazareff – le mari, qui était directeur de France-Soir, à l’époque – allait s’évanouir quand il découvrit, certaine semaine, une double page titrée : ‘ Elle a choisi la liberté… ’" [rires]


L’Express, le journalisme, l’écriture…
" Ce dont j’avais bénéficié, c’était une formation de scénariste, du temps où le cinéma racontait des histoires. "

Cet ouvrage de Françoise Giroud qui s’intitule : On ne peut pas être heureux tout le temps, paru chez Fayard, est tout à fait remarquable, quant à moi. Il y a une partie de ce que l’auteure raconte que j’ai un peu connu mais d’un autre point de vue, car elle a tout de même 85 ans. J’allais ajouter : c’est incroyable d’écrire encore aujourd’hui aussi bien qu’elle le fait. Mais pourquoi écrirait-on plus mal en vieillissant? Je crois tout à fait le contraire, d’ailleurs. Si je parle d’écriture, c’est qu’elle-même aborde le sujet dans cet ouvrage. À un moment, elle nous fait entrer dans les coulisses de L’Express.

" Chacun de nous avait une idée précise de ce que devait être la nouvelle formule de L’Express. Heureusement, c’était la même, quoique à l’époque nous ne fussions pas au mieux. Mais devant la difficulté de faire saisir par la rédaction ce que nous désirions, J.-J. (Jean-Jacques) m’a dit impatienté : ‘ Il n’y a qu’une solution : il faut réécrire tous les papiers pour qu’ils voient concrètement ce que nous voulons. ’ Je l’ai fait, dit-elle, pendant une dizaine de numéros, et, peu à peu, les choses se sont mises en place.

" C’est une technique, le journalisme, ce n’est pas un art, ni un succédané de la littérature comme on le croit parfois. On peut communiquer une technique, même si cela ne se fait pas en trois mois. Je me suis beaucoup astreinte, dans ma vie professionnelle, avec des femmes, des hommes, et j’en ai tiré un vrai plaisir quand je les ai vus progressivement décrisper leurs plumes, ramasser leurs phrases, construire un texte. – Je dois dire que la lecture de ce livre est passionnante de ce point de vue-là. Ce n’est pas ronflant du tout, ce n’est pas de la belle littérature, c’est tout simplement parfaitement écrit et extrêmement clair. Ce qu’elle veut dire, ce qu’elle dit c’est pas mal pareil. Elle réussit ce tour de force, elle.

" Oui, j’ai bien aimé cet aspect de mon métier, poursuit F. Giroud. Cela donne de plus grandes satisfactions, croyez-moi, que de présider des conseils d’administration ce que j’ai d’autre part enduré assez souvent dans ma vie. De qui n’ai-je pas remis un texte en forme pendant les grandes années de L’Express? Ni Mauriac, ni Sartre, ni Malraux, ni Camus, bien sûr : ils n’avaient pas besoin de moi. Ni Mitterrand, dont la plume a toujours été souveraine. Mais les autres, tous les autres, dans toutes les spécialités!… Même Jean-Jacques, qui a un sens très vif de la mise en scène et du mouvement, écrit parfois un français barbare. Mendès France, bien sûr, qui s’inclinait en maugréant mais en concédant : ‘ Vous avez raison, c’est mieux dit… ’ [rires] Toute une collection de gens remarquables qui pensaient bien et écrivaient comme les universitaires qu’ils étaient parfois…

" Je me souviens d’une double page sur Victor Hugo que j’ai fait refaire deux fois à Jean-François Kahn – qui est le directeur aujourd’hui de Marianne. Il était brillant, pourtant, Jean-François, mais là, quelque chose ne marchait pas : la construction. Je me souviens de Jacques Derogy, merveilleux investigateur, qui ramassait tellement d’informations qu’au moment d’en faire la synthèse il calait, ne savait pas les organiser…

" Pourquoi, moi, je savais? Mystère. Je ne l’ai appris nulle part. Mais un jour, un professeur – australien, je crois – a entrepris de décortiquer tous mes articles et d’expliquer ligne à ligne comment ils étaient faits. Même travail sur les textes de J.-J.. Le tout a été l’objet d’un livre à l’usage des étudiants de je ne sais plus quelle université. J’ai été ahurie par ces révélations. C’est un peu comme si on m’avait dit : ‘ Voilà ce que vous faites quand vous marchez… ’ De quoi trébucher sur le champ, dit-elle.

" Néanmoins, ce livre me fit réfléchir. J’en conclus qu’il passa à côté de l’essentiel, et que, écriture mise à part, qui ne s’explique ni ne s’enseigne mais vient d’une part mystérieuse du cerveau, ce dont j’avais bénéficié, c’était une formation de scénariste, du temps où le cinéma racontait des histoires. Du rythme, pas de longueurs ni de digressions, une narration tendue où tout doit être fait pour faire avancer l’action, sur tapis roulant : c’est cela que j’avais, en sorte, incorporé. Quand je l’ai compris, j’ai pu transmettre ce bout de savoir, en sus de quelques principes de base concernant l’information et qui sont connus de tous (ce qui ne signifie pas qu’ils soient respectés…). " [rires]

J’en suis là à me demander jusqu’à quel point cet ouvrage peut nous être destiné…

Vous savez, c’est une question que je me pose assez souvent quand je prends un ouvrage paru en France et que je vous en communique des passages. Il est évident qu’il est très français-français, au moins au tiers. Si vous avez suivi l’actualité française, vous allez pouvoir vous retrouver dans tout ça.


Les hommes et les femmes

Il est question d’une expérience qui s’étend durant plusieurs années. Françoise Giroud aborde des questions comme le couple, le journalisme, sa carrière, les rapports entre les hommes et les femmes.

Un jour, alors qu’elle était ministre de la Condition féminine et qu’elle était de passage au Canada, Gérard Pelletier m’avait rapporté personnellement cette savoureuse anecdote. Il lui avait posé la question :

" Madame Giroud, jusqu’où allez-vous pousser dans cette insistance d’obtenir une forme de parité pour les femmes dans le système? "

Elle lui avait répondu :
" Je veux aller aussi loin qu’il faudra, jusqu’à ce que des femmes incompétentes puissent occuper des postes importants, comme le font les hommes… "
Ce n’est pas tout à fait textuel, mais je peux vous dire que l’esprit, c’était ça… en plus cinglant.

Françoise Giroud suppose qu’il va falloir arriver à un nouveau contrat entre les hommes et les femmes.

" La symétrie sexuelle n’existe pas, dit-elle. – C’est curieux, ça nous reporte à un ouvrage dont je vous ai parlé il y a deux semaines, où l’on disait que la symétrie sexuelle n’existait pas entre hommes et femmes car ils n’ont pas les mêmes besoins, si on peut dire. – On peut toujours la réclamer comme un principe, ajoute-t-elle, mais l’énigmatique agressivité sexuelle chez les mâles est un trait de l’espèce. Rien à faire. La sexualité est asymétrique.

" Alors, que devrait à l’avenir être le contrat à ce sujet? La reconnaissance par les femmes d’une disposition masculine particulière qui demande l’absolution, doublée de la même tolérance pour les femmes, même si elles sont moins avides d’en user? – On parle ici, bien sûr, de l’infidélité. – C’est peut-être la formule non dite qui prévaudra entre personnes très civilisées. On peut déjà l’observer. Elle n’abolit pas les orages du désir, ni les morsures de la jalousie aux dents vertes. " WOW!

  Croire en soi
  " Quand on est jeune, souvent on se dit : ‘ Qui suis-je et pourquoi faire? ’ On découvre l’inégalité fondamentale entre les humains, inégalité d’abord de la case sociale où la naissance vous inscrit, inégalité des dispositions naturelles, et quelquefois on est révolté, ou encore abattu. Ou encore on serre les dents et on se dit : ‘ Pourquoi est-ce que je n’aime pas ma vie? ’ Une question très grave et très utile quand on en est à se la poser. On peut envoyer tout valser quand on y répond, tout ce qui est si terne, si morne ou si pesant qu’on ne veut plus en entendre parler. On peut même casser sa télévision. Et puis on commence à se construire, à trouver un sens à sa vie au lieu de la subir, on a des objectifs, des succès, des chagrins, des bosses et des creux, parce que c’est dur de vivre, mais c’est toujours moins dur quand on a l’impression de se gouverner plutôt que d’être l’objet des autres.

" C’est l’une des rares certitudes que m’a apportée l’expérience d’une vie : il faut croire, certes, croire en soi. "

Et c’est ainsi que se termine On ne peut pas être heureux tout le temps, de Françoise Giroud, chez Fayard.

 Plaidoyer de Françoise Giroud pour le droit d’ingérence

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Par 4 chemins/ Le 13 mai 2001/2e heure
Micro : Jacques Languirand/ Transcription : Noëllise Turgeon/
Édition : Stéphanie Adam Le Roch/ Révision : Nicole Dumais

Documentation : Rosalie Dumontier /Infographie : Pascal Languirand
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