L’observation de soi
Axe essentiel des enseignements de Gurdjieff et de Steiner

Ce n’est pas de l’observation extérieure dont il s’agit ici, car l’objet n’est pas extérieur, il est à l’intérieur, il est soi, c’est le témoin de soi, c’est le témoin en soi, c’est le témoin en tant que soi également. La publication Troisième millénaire, numéro 58, porte entièrement sur le thème de l’observation, bien qu’elle ne soit pas toujours thématique. Ce numéro porte sur l’observation scientifique, artistique, initiatique, psychologique et, sur un aspect en particulier, et c’est là-dessus que je me suis attardé tellement j’ai trouvé ça tripatif : on devient témoin d’une convergence intéressante entre deux maîtres à penser de notre époque que sont Gurdjieff et Steiner. Les deux accordaient une importance considérable à l’observation.

  La Quatrième voie

" G. I. Gurdjieff et Rudolf Steiner – L’observation : un point de convergence ",
Troisième millénaire
,
N° 5
8

" S’observer soi-même comme si on ne se connaissait pas du tout, comme si on ne s’était jamais encore observé ", disait Gurdjieff. Les mots sont simples mais il faut gratter pour voir ce qu’il y a derrière. Ce sont deux enseignements ésotériques novateurs, qui sont nés en Occident : la théosophie, l’école de Steiner, et Gurdjieff qui, lui, disait favoriser ce qu’il appelait la Quatrième voie. Parce qu’il y a plusieurs autres voies : celle, traditionnellement connue, du fakir, la Première voie, celle du moine, qui est la Deuxième voie, celle du yogi, qui est la Troisième voie.

" ‘ Sur la Quatrième voie, la connaissance est encore plus exacte et plus parfaite. ’ (Ouspensky). De plus, tandis que la Troisième voie commence par des exercices de concentration, de méditation et de contemplation, la Quatrième implique un apprentissage rigoureux ‘ à l’observation de soi et à la liberté intérieure ’. Signalons que ‘ la quatrième voie diffère donc des autres en ceci qu’elle pose devant l’homme avant tout l’exigence d’une compréhension ’. – Ça prend une observation consciente, c’est bien évident. – […]

" La Quatrième voie débute par ‘ une longue pratique d’un premier choc volontaire qui consiste en rappel de soi et en observation des impressions reçues ’. " Le rappel de soi c’est de se dire : au moment où j’agis maintenant, pendant que je vous communique ces informations-là, est-ce que je suis conscient d’être? Si je ne le suis pas, il faut que je m’arrête un peu pour me rappeler à moi-même et c’est ce qu’on appelle le rappel de soi.

Steiner, dans La Philosophie de la liberté : " ‘ L’observation et le penser sont les deux points de départ de toute aspiration de l’homme à l’esprit dans la mesure où il est conscient de cette aspiration. ’ L’observation de soi est bien l’axe essentiel des enseignements de Gurdjieff et de Steiner. " L’idée, c’est de commencer par l’observation de soi.

" Les méthodes d’observation de soi proposées par Gurdjieff et Steiner sont parfaitement semblables dans la mesure où elles visent un dépassement du mode d’observation dualiste... "

" Les méthodes d’observation de soi proposées par Gurdjieff et Steiner sont parfaitement semblables dans la mesure où elles visent un dépassement du mode d’observation dualiste […] jusqu’à la possibilité de transcender l’intentionnalité inhérente aux phénomènes psychiques. " Je vais arrêter là parce que je pense que je ne pourrai pas vous décrire tout ça correctement… Il y avait beaucoup de sens pratique chez l’un comme chez l’autre, mais il y a toujours cette difficulté de bien exprimer ces enseignements qui pourtant sont fort simples.

" Il est nécessaire de commencer par le commencement, c’est-à-dire de s’observer soi-même comme si on ne se connaissait pas du tout, comme si on ne s’était jamais encore observé ", enseignait Gurdjieff. Quant à moi, j’utilise souvent le moi " témoin ": témoin en soi, de soi, en tant que soi, etc.

Et Steiner disait : " Il nous faut d’abord considérer le penser d’une façon tout à fait neutre sans rapport à un sujet pensant ou un objet pensé. " C’est une pensée qu’on observe. Encore un os à faire passer. C’est effrayant comment c’est difficile parfois de communiquer ce genre d’informations!

 Difficultés à l’observation de soi

" Une des difficultés majeures de l’observation de soi consiste en notre absence de sincérité envers nous-même – parce qu’il faut bien voir ce qu’on a à voir en-dedans et prendre conscience de ce qu’on voit. S’observer, ce n’est pas de s’observer neutre, c’est s’observer quand on est en colère, c’est s’observer quand on est déçu, quand on est triste, etc. C’est ça qu’il faut aller chercher à l’intérieur. Un Soi vide, neutre, c’est au-delà de ses émotions –, car notre niveau de ‘ conscience ’ ordinaire repose sur notre capacité d’observer, sans jugements, nos états intérieurs. " On ne le répétera jamais assez, il faut voir, voir la colère, voir la tristesse, voir l’état dépressif, le mal-être, la jalousie, l’envie, VOIR…

" C’est ainsi, souligne Gurdjieff : ‘ que l’étude de soi et l’observation de soi, bien conduites, amènent l’homme à se rendre compte qu’il y a quelque chose de faussé dans sa machine et dans ses fonctions en leur état ordinaire. ’ En effet, rappelle Steiner : ‘ il ne faut pas sous-estimer que s’ouvre ici à l’élève en sciences occultes des sources infinies d’erreurs. Car il doit se frayer un chemin entre une foule de tentateurs de son âme – colère, découragement, etc. – Tous veulent endurcir son Moi et l’enfermer en lui-même. ’

" Difficultés et sources d’erreurs proviennent du processus de l’identification très souvent évoqué par Gurdjieff. "


Le rappel à soi comme exercice

Gurdjieff, à propos du rappel de soi ajoute :

" ‘ Pour arriver à vraiment s’observer, il faut tout d’abord se rappeler soi-même. – Il y a une espèce de déclic à créer : là je prends conscience du corps, je prends conscience de mon état d’esprit, je prends conscience que je suis dans un studio de radio, etc. C’est ça prendre conscience de soi, dans son environnement, etc. Le rappel à soi comme exercice.

" ‘ Seuls les résultats obtenus pendant le rappel de soi ont une valeur. Autrement, vous n’êtes pas dans vos observations. ’ " Vous observez mais vous partez dehors au lieu d’être conscient d’être en train d’observer.

Le propos peut sembler décousu et pourtant, l’observation de soi est à l’origine de changements intérieurs importants. Quand on parle de la lumière à l’intérieur de soi, au fond, l’idée c’est de voir à l’intérieur de soi; c’est ça la lumière.

Steiner dit à un moment :

" ‘ On doit regarder en face ses propres défauts, faiblesses et incapacités avec véracité intérieure […]. Il n’existe qu’un chemin pour se défaire de ses défauts et de ses faiblesses et c’est de les connaître tels qu’ils sont. […] L’être humain peut améliorer même son entendement et sa raison si, dans le calme et la tranquillité d’âme, il se met au clair sur les raisons pour lesquelles il est faible sur ce rapport. " Steiner invite à trouver le silence et le calme intérieur qui conviennent à une observation de cet ordre. Il invite aussi à la patience car il y a une attente, une condition d’attente inconditionnelle dans le processus.

" On est ‘ sur le bon chemin ’, indique Steiner, lorsque se forme en nous ‘ cette pensée ’ : ‘ Certes, je dois tout faire pour former mon âme et mon esprit; mais je vais attendre dans le plus grand calme d’être trouvé par les puissances supérieures dignes d’une certaine illumination. ’ En effet, ‘ la valeur de cette observation intérieure de soi conduite dans le calme dépend beaucoup moins de ce qu’on voit, que de ce qu’on trouve en soi : la force, la force que crée un calme intérieur. ’ "

Un peu difficile peut-être mais quand même, selon moi, il y a beaucoup à boire et à manger dans ces pistes de réflexion.

 Gurdjieff

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Par 4 chemins/ Le 29 avril 2001/3e heure
Micro : Jacques Languirand/ Transcription : Noëllise Turgeon/
Édition : Stéphanie Adam Le Roch/ Révision : Nicole Dumais

Documentation : Rosalie Dumontier /Infographie : Pascal Languirand
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