Concert pour la Terre
Une occasion de célébrer la Terre Mère

Aujourd’hui, 22 avril 2001, un peu partout sur la planète, plus de 500 millions de Terriens célèbrent le Jour de la Terre. Directement du nouveau Club Soda à Montréal, Par 4 chemins présente " le Concert pour la Terre ", avec Marie-Jo Thério, ses musiciens et ses invités… Au microphone, Jacques Languirand

Un événement
pour réfléchir à la suite du monde

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Je dédie cet événement à mes petits-enfants et à tous les petits-enfants de la Terre, dans l’espoir que cette modeste contribution, parmi d’autres un peu partout dans le monde, permettra de laisser à nos petits-enfants une planète sur laquelle ils pourront poursuivre la grande aventure de l’évolution de l’humanité – pour la suite du monde.

Cet événement est l’occasion de célébrer notre Mère la Terre, mais aussi, plus particulièrement, de nous sensibiliser à la question du climat – puisque " Les changements climatiques " sont le thème du Jour de la Terre cette année – le climat dont il est aisé de constater qu’il est de plus en plus instable et imprévisible par suite de la production de gaz à effets de serre et du réchauffement de la planète qui en découle.

La question est de savoir si l’espèce humaine va poursuivre son évolution ou allons-nous abandonner la planète aux insectes ou aux bactéries.

Bilan
Notre écosystème en péril
 La Biosphère fragile

TOYNBEE, Arnold.
La grande aventure de l’humanité.

Éd. Elsevier,
1976

Outre la biosphère, la Terre comporte plusieurs sphères : l’atmosphère, la stratosphère, la noosphère.

Le mot " biosphère " a été forgé par Pierre Teilhard de Chardin. La biosphère est une mince pellicule de terre ferme, d’eau et d’air, qui enveloppe le globe de notre planète, la Terre.

Le volume de la biosphère est strictement limité. Il ne contient donc qu’une quantité limitée des ressources auxquelles doivent puiser les diverses espèces d’êtres vivants pour subsister. Certaines de ces ressources se renouvellent, d’autres sont irremplaçables.

Selon Arnold Toynbee :

" Toute espèce qui abuse des ressources renouvelables ou qui épuise les ressources irremplaçables se condamne elle-même à disparaître. "

La caractéristique la plus significative de la biosphère est la petitesse relative de ses dimensions et l’exiguïté des ressources qu’elle offre. Par rapport à la terre, la biosphère est prodigieusement mince.

Comme un tapis par endroits très mince, la biosphère est semblable à la pellicule d’une bulle de savon…

" Si la biosphère devait cesser d’être un habitat propice à la vie, l’humanité, pour autant que nous le sachions, serait appelée à disparaître, tout comme disparaîtraient alors les autres formes de vie ", nous prévient A. Toynbee.

La Terre-Mère va finir par refuser de nourrir une espèce aussi mal inscrite dans l’écosystème, qui l’exploite et l’empoisonne. La pollution, c’est non seulement ce qui salit, mais aussi ce qui est impropre aux êtres, aux choses, aux processus biologiques.

On parle d’impératifs techniques, d’impératifs économiques, mais il n’y a d’impératifs, somme toute, que la Nature.

" Dans les années 50 de ce siècle, l’humanité est devenue capable de tuer la Nature et de se suicider. Nous voilà condamnés au choix d’une politique, qui est en fait un choix métaphysique entre l’instinct de vie et l’instinct de mort… " Denis de Rougemont


Le réchauffement de la planète

Personne ne discute plus le fait que les activités de l’homme détraquent le climat, font monter les températures. En revanche, c’est la cacophonie chez les politiciens lorsqu’on aborde les moyens de lutter contre l’effet de serre.

Après la couche d’ozone, le réchauffement du climat est le deuxième problème d’environnement mondial contre lequel la communauté internationale se mobilise.

L’énergie que consommera la planète au cours des vingt prochaines années sera égale à toute l’énergie consommée par l’humanité dans son histoire.

Le doute n’est plus permis, et tous les climatologues sont d’accord : la Terre se réchauffe inexorablement depuis un siècle et demi; les glaciers et les calottes polaires s’amenuisent; la dernière décennie du 20siècle a été la plus chaude de toutes; les épisodes climatiques extrêmes (tempêtes, inondations, sécheresses, etc.) deviennent de plus en plus fréquents; en brûlant des combustibles fossiles (pétrole, gaz, charbon), nous injectons chaque année un excédent de 28 milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Et on s’attend à ce que la consommation des combustibles fossiles triple dans les cinquante prochaines années.

Les États-Unis consomment le quart de l’énergie planétaire.

Le rapport du GIEC (Groupement intergouvernemental sur l’évolution du climat) évoque pour 2100 un réchauffement de 1 à 6°C, contre 1 à 3,5°C jusqu’ici.

  • Plus de 3000 chercheurs annoncent dans un rapport aux Nations unies :
    Le réchauffement, entamé depuis le début du siècle, va se poursuivre. Il entraînera la fonte des glaciers et de la banquise, l’augmentation des pluies et l’aggravation des perturbations de l’océan Pacifique. Tous les climats régionaux en seront bouleversés, avec ce que cela suppose d’instabilité.
  • Les glaciers, les calottes glaciaires continueront à fondre. Dans l’hémisphère Nord, surtout sous les latitudes hautes et moyennes, la fréquence des pluies va augmenter tandis qu’elle diminuera vers les tropiques. Ce qui entraînera davantage de variations brusques, donnant naissance à des ouragans et des tempêtes.

Un rapport d’Environnement Canada et de Parcs Canada publié dernièrement prévoit que l’intégrité écologique de plusieurs parcs nationaux sera menacée par les changements climatiques au point où plusieurs espèces qu’ils sont censés protéger vont se retrouver en situation de vulnérabilité.

Selon l’Administration océanique et atmosphérique nationale des États-Unis, ces 25 dernières années, les températures moyennes prises globalement ont pris un rythme croissant équivalant à 2°C par siècle.

Quant à l’année 1999, elle a été la cinquième plus chaude depuis le début des observations scientifiques.

Une découverte due aux journaux de bord des baleiniers : entre 1954 et 1972, un quart de la calotte glaciaire antarctique – 5 650 000 kilomètres carrés! – s’est évaporé.

Les Alpes ont perdu la moitié de leur volume depuis 1850; les dix années les plus chaudes au cours des 130 années pour lesquelles il existe des statistiques fiables sont comprises dans les décennies 80 et 90, et les trois années les plus chaudes de cette même période figurent dans la dernière de ces deux décennies.

Nanda Devi: 7134 mètres d'altitude

Selon le WWF (World Wide Fund for Nature) le Toit du monde est menacé par le réchauffement de la planète. Plusieurs glaciers de l’Himalaya népalais ont déjà reculé jusqu’à une centaine de mètres depuis près de 15 ans. Conséquence de cette fonte des glaces : la création de poches d’eau qui menacent les populations.

Le monarque, menacé par le réchauffement de la planèteToujours selon le WWF, le monarque qui migre à travers l’Amérique sur des milliers de kilomètres, est l’un des papillons les plus menacés par le réchauffement.

Plus près de nous, au Pôle Nord, les glaces s’amenuisent à toute vitesse : leur épaisseur moyenne, mesurée à la fin de l’été 1999, est passée en 40 ans de 3,1 mètres à 1,8 mètres. Une diminution de 40 %. Parce qu’il n’y avait pas de glaces dans le Golfe Saint-Laurent, les chasseurs de phoque n’ont pu se rendre près des troupeaux. Cette surpopulation des troupeaux de phoques est dangereuse pour les phoques eux-mêmes de même que pour la survie des morues juvéniles qui représentent une partie du régime des phoques.

Une étude signée par 1500 scientifiques, conclut que le rythme annuel des extinctions s’est multiplié par 100 depuis quatre siècles.Les multiples traumatismes que subit la planète, depuis l’effet de serre jusqu’à la déforestation, entraînent la disparition de nombreuses espèces vivantes. Une étude signée par 1500 scientifiques, conclut que le rythme annuel des extinctions s’est multiplié par 100 depuis quatre siècles. Et il risque de se multiplier par 10 000 à plus ou moins brève échéance. Une véritable hécatombe! De 11 % à 34 % des poissons, mammifères, oiseaux et reptiles se trouvent menacés.

Les plantes n’échappent pas à ce sort fatal : 12,5 % des végétaux supérieurs sont en voie d’extinction. Au moins 27 000 espèces vivantes s’éteignent chaque année. Une scientifique du nom de Susan George remarque tristement :

" C’est comme si nous marchions à reculons dans l’histoire de la vie sur Terre, en perdant le bénéfice de millions d'années d'évolution en l'espace de quelques décennies car, à ce rythme, nous aurons éliminé un cinquième de la variété biologique sur Terre dans les 20 à 40 prochaines années. "

Au printemps dernier, deux icebergs géants, dont l’un aussi grand que le tiers de la Belgique, se sont détachés de l’Antarctique. Un phénomène dû à la hausse des températures, qui y serait dix fois plus rapide que la moyenne planétaire.

Déjà, 92 % de la masse du glacier du mont Kenya et 50 % de celle du Caucase ont disparu. La chaîne Tien Shan, entre la Russie et la Chine, a perdu 22 % de ses glaciers en 40 ans. En Espagne, depuis 1980, 14 glaciers ont disparu. Et d’ici à 2100, 95 % de la masse des glaciers alpins aura fondu.

Version audio de l'entrevueFrédéric Back
Transmettre l’amour de la nature

Écologiste de la première heure, au Québec, Frédéric Back a été l’un des premiers à utiliser le mot " écologie ", à l’époque où cela faisait rire, alors que maintenant, il fait plutôt pleurer… Il fallait du courage, de la détermination et surtout une vision pour ses premières interventions dans les médias.

Cinéaste d’animation, il est récipiendaire de 2 Oscars :

  • CRAC (1981), lui valut 20 prix dont 1 Oscar;
  • L’Homme qui plantait des arbres (1987) lui valut 32 prix dont 1 Oscar

Frédéric Back est aussi l’auteur de Le Fleuve aux grandes eaux.

 Entrevue avec Frédéric Back

Jacques Languirand : Frédéric Back, l’image qu’on se fait de vous est d’abord celle d’un artiste. Mais je dirais que l’écologiste apparaît pas loin derrière. À quel moment dans votre vie, dans votre carrière, avez-vous commencé à vous intéresser à l’écologie, à l’environnement et à la nature?

Frédéric Back : Depuis toujours. En fait, j’ai toujours été révolté et frustré de ma faiblesse, devant l’impossibilité d’intervenir dans les injustices que je voyais autour de moi, la violence envers les gens, envers les animaux. En fait, je suis né après la Guerre 1914-1918, alors j’ai passé ma jeunesse au milieu de gens qui ont souffert de la guerre, à qui il manquait des bras, des jambes, etc. Alors j’ai beaucoup travaillé à la campagne chez des gens de la famille qui étaient plutôt pauvres, des petits cultivateurs, à soigner les animaux, à vivre et à travailler aux champs. Et quand j’ai fait mes études aux Beaux-Arts pendant la Guerre, nous étions évacués en Bretagne, et j’ai pu connaître un artiste extraordinaire qui s’appelait Mathurin Méheux qui, actuellement, a une exposition formidable à Rennes et qui a son musée en Bretagne aussi, à Lamballe.

" Je trouvais que, en tant qu’artiste, j’avais une responsabilité morale et artistique aussi d’essayer de transmettre ce respect, cet amour de la nature, l’amour de la paix, de la cohabitation, de l’écologie. "

Il représentait, avec un talent fantastique, tout ce que j’aimais, tout ce qui me passionnait. Alors j’ai appris de lui autant que je pouvais; en fait, j’ai acquis une partie de son art sans jamais pouvoir le rejoindre, mais j’ai eu beaucoup de chance dans la vie d’avoir l’occasion d’appliquer ça surtout en venant au Canada, en travaillant à Radio-Canada et de pouvoir faire des films d’animation.C’est un privilège extraordinaire de savoir qu’on peut adresser des dessins, des films et des pensées aussi à une infinité de spectateurs. Je trouvais que, en tant qu’artiste, j’avais une responsabilité morale et artistique aussi d’essayer de transmettre ce respect, cet amour de la nature, l’amour de la paix, de la cohabitation, de l’écologie.

J. L. : Chez vous, l’acte de l’artiste et la réflexion de l’écologiste vont de pair, ce sont deux choses qui n’en font qu’une.

F. B. : Oui, en fait, j’ai cette chance extraordinaire de pouvoir l’exprimer, d’avoir la liberté, grâce aux gens qui étaient aux Programmes à Radio-Canada, comme Robert Roy et d’autres, qui m’ont donné la liberté de ce qui me semblait essentiel et universel aussi, parce que ce n’est pas uniquement quelque chose qui me préoccupe moi : j’ai vécu avec des gens qui ont partagé cette angoisse, cette passion, cette nécessité de réagir.

J. L. : Vous parlez d’angoisse. Comment vous apparaît l’état de la planète actuellement?

F. B. : En fait, Jean Giono le dit : " L’homme pourrait être aussi grand que Dieu, dans d’autres domaines que la destruction. " Et, malheureusement, on voit que les puissances de destruction sont tellement plus faciles d’accès… Ce qui gouverne le monde c’est l’industrie, l’industrie des armes gouverne le monde et les politiques, alors que seulement une parcelle de cet argent, de ce pouvoir, s’il était investi dans des actes positifs, pourrait éviter qu’on ait des pétroliers qui se crèvent à tout bout de champ dans toutes les mers du monde et qui détruisent pour tellement longtemps et de tellement de façons atroces des animaux marins, des paysages extraordinaires, des endroits qui sont des paradis terrestres, et qui sont détruits par des accidents qui pourraient être évités.

J. L. : Comment réagissez-vous à la nouvelle que le Président des États-Unis, monsieur W. Bush, ne souhaite pas ratifier le Protocole de Kyoto? Ça doit vous bouleverser.

F. B. : Bien sûr. Tous ces accords sont déjà tellement faibles. On repousse toujours plus loin les dates auxquelles on va vraiment mettre en place ce qui est proposé. On repousse toujours plus loin, mais le feu rouge est là : il se rapproche très rapidement de nous, mais on n’en tient pas compte. Vous voyez des imbéciles sur les routes qui ont un feu rouge devant eux, mais qui accélèrent et dépassent encore des voitures pour être les premiers au feu rouge. C’est un petit peu ça l’image de la civilisation actuelle qui est guidée seulement par le pouvoir, par l’argent mais qui n’a pas de vue à long terme pour la protection d’un monde qui est extraordinaire. Enfin, on n’a jamais eu tant d’information sur le miracle qu’est la Terre dans une immensité sans vie, froide, glaciale. On vit sur une bulle de savon parce que la croûte terrestre, la partie qui supporte la vie est aussi mince qu’une bulle de savon : en-dessous, c’est l’enfer et au-dessus, c’est le vide glacial, et on n’en tient pas compte.

" Moi, je ne peux pas admettre ni comprendre que l’humanité soit bête à ce point. "
Moi, je ne peux pas admettre ni comprendre que l’humanité soit bête à ce point. Vous savez, on déplace des milliers de gens pour voir une équipe qui frappe sur un bout de caoutchouc, en n’importe quelle saison, mais pour amener des gens à manifester pour la préservation de la planète, ça prend des moyens extraordinaires, du travail à long terme. En fait, ce qui va se passer à Québec au Sommet des Amériques et au Sommet des peuples, c’est assez extraordinaire : on voit qu’il y a une réaction malgré les côtés négatifs que les manifestations peuvent avoir, mais la réaction de la population est tout de même quelque chose d’encourageant.
 

J. L. : C’est ce qui fait dire à certaines personnes, finalement, que la position adoptée par Monsieur Bush à l’égard du Protocole de Kyoto est finalement peut-être une bonne chose parce qu’elle va obliger les gens à se mobiliser, à s’organiser, pour ensuite faire valoir l’autre point de vue. Parce que, actuellement, on parle beaucoup de mondialisation, mais on est très loin de la conscience planétaire. On est très loin de vivre en harmonie avec la nature. La mondialisation ne sert que les intérêts commerciaux puis les êtres humains semblent avoir une absence totale de perspective. On débouche vers une forme d’apocalypse. C’est un peu ça, cet apocalypse, que vous aviez abordé, finalement, dans un dessin que vous aviez fait il y a peut-être une trentaine d’années et qui, je pense, était inspiré par la Naissance de Vénus de Botticelli. Et vous l’avez apporté, justement :

C’est apocalyptique l’image que vous nous donniez de la situation, il y a une trentaine d’années déjà.

F. B. : Oui, oui.

J. L. : Est-ce que vous trouvez que la situation a changé? Si oui, dans quel sens a-t-elle changé?

F. B. : Non, on ne peut pas dire que ça ait changé, malheureusement…En fait, ce qui est phénoménal, et qui était inespéré à ce moment-là, c’est la réaction du public, l’évolution… À ce moment-là, quand on parlait de l’écologie, on se faisait rire au nez. Mais, actuellement, il y a tout de même une prise de conscience qui est manifeste dans la population, même si ça ne soulève pas les foules comme on aimerait le faire pour que, dans tout ce qui est proposé au niveau des lois et des projets gouvernementaux, qu’on ait vraiment une action qui soit à la hauteur de la situation. Mais, à ce moment-là, c’était imprévisible, c’est-à-dire que tout ce que je faisais avec la société pour vaincre la pollution tombait dans le vide, et c’est pour ça que j’ai tellement apprécié quand il y a eu la possibilité de faire des films d’animation à Radio-Canada et de pouvoir traiter de sujets, justement, qui avaient rapport à l’écologie. En fait, j’aurais bien aimé faire des films sur la musique, sur la danse, sur la fantaisie, mais il me semblait que l’animation, étant donné son accueil spontané par le public, méritait qu’on l’utilise pour faire valoir des choses beaucoup plus profondes, qui n’étaient pas seulement du domaine de la fantaisie.

J. L. : Et le succès que vous avez eu avec votre œuvre en général, je pense en particulier lorsque vous avez reçu un Oscar pour un de vos films, ça vous a donné en quelque sorte du poids pour tenir le propos d’un écologiste, en somme.

F. B. : Oui. J’ai toujours considéré que ce n’était pas des Oscars pour moi mais des Oscars pour la nature, pour la Terre. Et l’Oscar de CRAC m’a permis de faire L’homme qui plantait des arbres, et l’Oscar de L’homme qui plantait des arbres m’a permis de faire Le fleuve aux grandes eaux. Bien trop souvent, les gens qui ont des honneurs débarquent après. En fait, ils se font acheter…

J. L. : Mais vous, vous n’êtes pas achetable. On a vérifié cela… [rires]

F. B. : [rires] Non. Je ne suis pas cher, mais je ne suis pas achetable…

J. L. : Vous trouvez que la situation n’a pas changé depuis ces 30 dernières années? Qu’elle a même empiré?

F. B. : Malheureusement, il y a un très grand problème, c’est la surpopulation sur la planète qui fait que les gens exigent... Puis il y a des programmes de télévision qui ont fait le tour du monde, comme Dallas, et qui ont fait croire à tout le monde que la vie dans la splendeur, dans l’ignorance, dans le plaisir était à la portée de tout le monde. Comme beaucoup d’autres choses, la télévision a apporté des choses extraordinaires au point de vue de l’information. Je pense que la Révolution tranquille et bien d’autres choses ont été possibles grâce à cela. Mais il y a des programmes comme Dallas qui ont été néfastes, des vrais poisons, qui ont été répandus dans le monde! Il y a des chefs de caravanes qui organisaient leurs départs en fonction de la lune et qui ont retardé leur départ parce qu’ils voulaient voir la fin de la série Dallas. Donc, on voit à quel point la télévision a un pouvoir considérable qui peut être négatif…

J. L. : Et à quel point nous sommes irresponsables face à cette situation, globalement parlant en tous les cas. Il y a tout de même de l’espoir, pensez-vous?

F. B. : Bien sûr, il faut, parce que si on désespère, on ne fait plus rien. C’est comme l’histoire des deux grenouilles qui sont tombées dans un bol de lait. Il y en a une qui s’est laissée couler parce qu’elle s’est découragée, et l’autre s’est débattue, et à force de se débattre, elle a transformé le lait en beurre, ce qui lui a permis de sauter hors du bol.

J. L. : Frédéric Bach, je vous remercie beaucoup.

F. B. : Merci à vous, Jacques Languirand.

Un Arbre
Paroles de Jacques Languirand
Musique de Norman Symonds

Un arbre
Avec ses racines
Dans la terre
Et ses branches
Dans le vent.

Le plus important
C'est d'avoir un arbre
De le regarder parfois
Et d'y penser souvent

Le plus important
Devenir un arbre
Savoir vivre debout
Les racines bien en terre

Les saisons passent
Et les feuilles tombent
Les bourrasques, le givre
L'habitent un temps.

Les saisons passent
Et les feuilles tombent,
Les bourrasques, le givre
L'habitent un temps

Les beaux jours revenus
Les bourgeons éclatent
Sur les branches encore
Plus lourdes qu'autrefois

Les beaux jours revenus
Les bourgeons éclatent

Sur les branches encore
Plus lourdes qu'autrefois

Il se couvre de feuilles
Que le soleil va brûler :
Ocre, orange et rouge
Elles meurent en fête

Le goût de vivre
Que le soleil va brûler
Il faut mourir un peu
Pour renaître à nouveau

Il survit – l'arbre
D'une saison à l'autre
Et se renouvelle
Il dure – il est là

Tu survis — l'arbre
D'une saison à l'autre
Tu te renouvelles
Durer – tout est là.

La Planète Bleue
La Terre dans l’immensité du cosmos

Les matérialistes m’étonnent. Il m’inquiètent et me troublent. Je veux dire qu’ils paraissent n’avoir aucun respect pour la matière :

  • Les bulldozers des capitalistes, aussi redoutables que des tanks, s’enfoncent dans les forêts qu’ils rasent;
  • Les navires usines pompent des bancs entiers de poissons, bouleversant pour longtemps, détruisant même parfois l’équilibre des fonds marins.

On bouscule l’écosystème, sans se soucier de la suite du monde.

Et pourtant, les matérialistes ont une explication de l’Univers qui repose sur la matière.

Et pourtant, ils l’exploitent, la détruisent, l’anéantissent.

Alan Watts

Alan Watts dit :

" Car notre civilisation ‘ matérialiste ’, bien mal nommée, devrait avant tout cultiver l’amour de ce qui est matériel, de la terre, de l’air et de l’eau, des montagnes et des forêts, de la bonne nourriture, de l’habitat et des vêtements pleins de fantaisie, et des contacts tendres et habilement érotiques entre les corps humains. "

 

La terre vue de l’espace

Lors de l’expédition Apollo 14, l’astronaute Edgar D. Mitchell qui en est le chef, contemple notre planète qui se trouve à quelque 240 000 milles. Son émerveillement fait soudain place à un sentiment proche de l’angoisse : il prend conscience de l’impasse dans laquelle se trouve l’homme technologique, qui abuse de l’environnement, qui pollue l’aire et l’eau, qui épuise les ressources naturelles de la planète.

" Comment le monde en était-il venu à une situation aussi critique? Et pourquoi? Une question encore plus importante : que pouvons-nous faire pour y remédier? Comment nous, êtres humains, pourrions-nous restaurer une relation harmonieuse entre nous-mêmes et l’environnement? Comment réaliser le potentiel de l’homme pour une société de paix, de création et d’accomplissement? "

Tout au long de l’expédition, Mitchell sera hanté par la conscience aiguë de la limitation des vues que l’homme a sur sa propre vie et celle de la planète, qu’il découvre de l’espace.

Edgar Mitchell (Apollo XIV) :

" J'ai vu le cosmos. J'ai vu tout l'Univers qui s'étendait devant moi, j'ai vu une minuscule planète, des millions, des milliards d'étoiles, de galaxies, des amas galactiques, le tout magnifiquement disposé. Ce fut une joie très profonde, un bonheur difficile à décrire. Aussi, j'ai eu la conviction que je regardais un système cohérent, intelligent. Ce n'était plus ce que la science m'avait appris, un ensemble de collisions de matière énergétique construit par le hasard. Il s'agissait plutôt de cohérence, d'intelligence palpable. Je crois que notre vol dans l'espace a été un tournant dans l'histoire de l'humanité. L'exploration du système solaire, et plus tard de l'Univers, est aussi important et significatif que l'apparition de la première espèce animale marine sur terre. Je pense qu'en ce sens, devons assumer une certaine responsabilité, nous qui avons vécu cette expérience. Nous devons laisser à ceux qui nous suivrons notre savoir, nos connaissances et notre sentiment. Ainsi l'histoire évaluera si notre action était folle ou si, au contraire, elle était le commencement pour l'histoire humaine d'une nouvelle époque. "

Alan Bean (Apollo XII) :

" Quand nous avons quitté la terre, j'ai eu l'impression d'être dans un ascenseur très rapide. Je pouvais voir la terre diminuer de volume. [...] Et graduellement, elle est devenue de plus en plus petite, durant trente, quarante, cinquante minutes. Finalement, elle est apparue aussi minuscule que ça. "

Rusty Schweickart (Apollo IX) :

" D'un côté à l'autre de la surface de la terre, une planète [...] magnifique qui se trouvait maintenant sous moi. "

Alexandre Alexandrov :

" Les cosmonautes et les astronautes ont le sentiment [...] qu'ils ont une responsabilité, celle de préserver la vie sur terre. On doit penser à l'avenir de nos enfants qui vivront sur cette planète. "

Rusty Schweickart (Apollo IX) :

" Voler dans l'espace m'a fait voir le monde sous un jour tout à fait différent. Non pas de façon superficielle. Je veux dire pas visuellement, pas physiquement. Vous volez autour de la Terre toutes les quatre-vingt-dix minutes, vous assistez à seize couchers et levers de soleil chaque jour. Vous finissez pas avoir un problème viscéral, pas un problème intellectuel ou théorique, mais un problème réel concernant cette planète, sa grosseur, sa petitesse. De plus, nous tous et tout ce que nous connaissons de cette vie dépendons de ce système imbriqué. De cet écosystème, de la biosphère de cette planète. Nous sommes tous là, ensemble. Et de plus en plus cette vérité s'installe à travers la réalité et non à travers un livre ou une émission de télévision. Il s'agit d'une expérience personnelle. Il s'agit d'un sentiment d'unité de toutes vies sur la planète, d'une interrelation, d'une compréhension réaliste d'un lien existant entre toutes vies. "

À ces commentaires, on peut ajouter celui, plus récent, de l’astronaute canadien Marc Garneau :

" De ce point d’observation privilégié qu’est l’espace, contempler la Terre c’est voir un joyau d’une incomparable beauté et d’une extrême complexité. "

Le sens de la Terre – Nietzsche

" Mes frères, restez fidèles à la Terre avec toute la puissance de votre vertu! Que votre amour qui donne et votre connaissance servent le sens de la Terre. Je vous en prie et vous en conjure, ne laissez pas votre vertu s’envoler des choses terrestres et battre des ailes contre des murs éternels! Hélas! Il y eut toujours tant de vertu égarée! Ramenez, comme moi, la vertu égarée sur la Terre – oui, ramenez-la vers le corps et la vie; afin qu’elle donne un sens à la Terre, un sens humain ", écrivait Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra.

" Les hommes doivent s’habituer à l’idée que le premier de tous leurs devoirs est aujourd’hui de se sentir collectivement responsables, non seulement vis-à-vis de leur groupe social ou de leur espèce, mais de la planète tout entière. " Carl Amery

Apocalypse en vue
Des prophéties qui semblent s’avérer

Il y a 65 millions d’années, les dinosaures occupaient toutes les niches écologiques : l’air, les mers, les terres… C’était à l’époque de leur disparition.

Hubert Reeves" Aucune espèce n’a jamais été aussi néfaste que la nôtre, et de loin. On dit avec raison que la Terre est ‘ infestée ’ d’êtres humains. "
 
Arnold Toynbee" La puissance matérielle de l’homme s’est aujourd’hui accrue à un degré tel qu’elle peut rendre la biosphère inhabitable. Et elle produira effectivement ce résultat suicidaire dans un avenir prévisible si la population humaine du globe n’entreprend pas, dès maintenant, une action concertée, prompte et vigoureuse, pour faire échec à la pollution et au pillage que l’avidité bornée de l’humanité inflige à la biosphère. "
 
Henri Laborit" …malgré l’orgueil qu’il éprouve de sa réussite technique extraordinaire, l’Homme est toujours entre les mains de l’évolution, et l’étape que nous allons franchir ne sera pas sans doute une fois de plus le résultat d’une révolution volontariste, mais celui de l’implacable nécessité : ou l’homme disparaîtra, ayant saccagé la biosphère qui lui est nécessaire encore pour survivre, ayant épuisé ses principales ressources énergétiques, ou il devra subir un changement radical de sa mentalité. "
 
 Textes apocalyptiques de la tradition hindoue

DANIÉLOU, Alain.
Le Destin du Monde
 : d’après la tradition shivaïte,
Éd. Albin Michel,
Coll. ‘ Espaces libres ’, 1992.
Éd. originale 1985.

Le Shivaïsme comporte une mine de textes anciens. Alain Daniélou est l’un des grands spécialistes modernes de l’Inde ancienne. Voici un c Collage de prédictions les plus pertinentes rassemblées dans son ouvrage : Le Destin du Monde : d’après la tradition shivaïte.

" Nous vivons au bord d’un cataclysme mais ce cataclysme ne sera dû qu’à nos erreurs et c’est la folie des hommes qui en déterminera le moment. "

" Nous approchons aujourd’hui de l’âge des conflits, des guerres, des génocides, des malversations, des systèmes philosophiques et sociaux aberrants, du développement maléfique du savoir qui tombe dans des mains irresponsables. Et à la fin, le processus s’accélère. "

" Ce sont les plus bas instincts qui stimulent les hommes. […] L’envie les tourmente. La négligence, la maladie, la faim, la peur se répandent. Il y aura de graves sécheresses. Les différentes régions des pays s’opposent les unes aux autres. "

S’agit-il des êtres humains de tous les temps ou spécialement de notre époque?

" Les hommes seront sans morale, irritables et sectaires. "

" On tuera les fœtus dans le ventre de leur mère et on assassinera les héros. "

" Des voleurs deviendront des rois, les rois seront des voleurs. "

" Nombreuses seront les femmes qui auront des rapports avec plusieurs hommes. "

" La terre produira beaucoup dans certains lieux et trop peu dans d’autres. "

" Les dirigeants confisqueront la propriété et en feront un mauvais usage. Ils cesseront de protéger le peuple. "

" Des hommes vils qui auront acquis un certain savoir (sans avoir les vertus nécessaires à son usage) seront honorés comme des sages. "

" Des hommes qui ne possèdent pas les vertus des guerriers deviennent rois. Des savants seront au service d’hommes médiocres, vaniteux et haineux. Il y aura beaucoup de personnes déplacées, errant d’un pays à un autre. Le nombre des hommes diminuera, celui des femmes augmentera. […] "

" Le nombre des vaches diminuera. Les hommes de bien renonceront à jouer un rôle actif. "

" De la nourriture déjà cuite sera mise en vente. Les livres sacrés seront vendus aux coins des rues. Les jeunes filles feront commerce de leur virginité. Le dieu des nuages sera incohérent dans la distribution des pluies. Les commerçants feront des opérations malhonnêtes. Ils seront entourés de faux philosophes prétentieux. Il y aura beaucoup de mendiants et des sans-travail. Tout le monde emploiera des mots durs et grossiers. On ne pourra se fier à personne. Les gens seront envieux. La richesse et les moissons diminueront. Des groupes de bandits s’organiseront dans les villes et les campagnes. L’eau manquera et les fruits seront peu abondants. Ceux qui devraient assurer la protection des citoyens ne le feront pas. Nombreux seront les voleurs. Les viols seront fréquents. Beaucoup d’individus seront perfides, lubriques et risque-tout. Ils porteront les cheveux en désordre. Des aventuriers prendront l’apparence de moines avec la tête rasée et des vêtements orangés, des chapelets autour du cou. On volera des stocks de blé. Les voleurs voleront les voleurs. Les gens deviendront inactifs, léthargiques et sans but. "

" Les maladies […] et les substances nocives les tourmenteront. "

" Les vagabonds seront nombreux dans tous les pays. "

" Les gens massacreront des femmes, des enfants, des vaches et se tueront les uns les autres. "

" Les hommes ne chercheront qu’à gagner de l’argent, les plus riches détiendront le pouvoir. Ceux qui posséderont beaucoup seront rois. "

" Les chefs d’états ne protégeront plus le peuple mais, au moyen d’impôts, s’approprieront toutes les richesses. Les agriculteurs abandonneront leurs travaux de labours et de moissons pour devenir des ouvriers non spécialisés. Beaucoup seront vêtus de haillons, sans travail, dormant par terre, vivant comme des miséreux. "

" Les gens croiront en des théories illusoires. Il n’y aura plus de morale… "

" Les vaches ne seront sauvées que parce qu’elles donnent du lait. "

" L’eau manquera et, dans beaucoup de régions, on regardera le ciel dans l’espoir d’une averse. Les pluies manqueront, les champs deviendront stériles, les fruits n’auront plus de saveur. "

" Les gens seront sans joies et sans plaisirs. Beaucoup se suicideront. "

" Souffrant de famine et de misère, tristes et désespérés, beaucoup émigreront vers les pays où poussent le blé et le seigle. "

" Les hommes seront sans vertu, sans pureté, sans pudeur, et connaîtront de grands malheurs. "

Conclusion

Pourtant, depuis quelques années, un élément d’espoir prend sa place parmi nous. La conscience écologique s’éveille un peu partout dans le monde. Des espèces animales ont été sauvées in extremis; je pense aux baleines, aux flamants roses, aux rapaces réimplantés dans leur milieu naturel.

In extremis… in extremis… in extremis

Version audio de l'entrevueHubert Reeves
Appel à la mobilisation

Monsieur Hubert Reeves, notre maître à tous, nous a fait découvrir que nous sommes faits de la même matière que les étoiles.

Hubert Reeves

Astrophysicien réputé, chercheur et professeur, dont le discours a évolué, depuis quelques années, de la cosmologie à l’écologie.

" Le 21e siècle sera vert, sinon il n’y aura peut-être plus personne pour célébrer l’avènement du 22e siècle ", répète-t-il volontiers.

Pourtant, il conserve l’espoir. Il dira : " Je suis volontairement optimiste. "

Et il parle de mobilisation...

L’entrevue qui suit a été enregistrée plus tôt cette semaine en duplex de Paris.

 
 Entretien avec Hubert Reeves

Jacques Languirand : Je tiens tout d’abord à vous remercier, Hubert Reeves, de vous joindre à nous en ce Jour de la Terre. Nous avons bien besoin qu’on nous aide à nous rappeler quels en sont les enjeux. Il s’agit de rien de moins, finalement, que la menace que fait peser sur notre propre survie, en tant qu’espèce, la détérioration de la planète.

Hubert Reeves : Tout à fait, absolument. C’est aussi sérieux que cela.

J. L. : Bien. Il me semble que dans votre œuvre – car je me suis offert le luxe de revoir certains de vos ouvrages –, il y a par moments un intérêt très grand, et qui est toujours là j’en suis certain, pour la physique nucléaire, pour la cosmologie, etc. mais, de plus en plus, je voyais apparaître dans votre œuvre comme un bémol, une certaine tristesse, une inquiétude devant la menace. Est-ce que cette dimension de difficulté qui nous menace sur cette planète, a pris de plus en plus d’importance dans votre vie, dans votre œuvre?

H. R. : Oui, oui, bien sûr. Ce n’était pas, comme vous le savez, présent dans les années 60 et 70. Quand j’étais étudiant, on ne parlait pas de ça, mais ça a pris des dimensions gigantesques en 1970, 1980, 1990, au moment où l’on s’est aperçu que, entre 1990 et 2000, on a eu les dix années les plus chaudes du siècle. Quand on s’est aperçu que la moitié des forêts terrestres sont disparues pendant le 20siècle, qu’on pêche plus de poissons aujourd’hui qu’il ne s’en reproduit. Et, bien sûr, les dernières nouvelles venant des États-Unis, de Monsieur W. Bush qui refuse les accords de Kyoto, c’est extrêmement inquiétant, il faut bien le dire.

J. L. : Quelles sont justement vos réactions par rapport à cette décision du Président des États-Unis de ne pas ratifier le Protocole de Kyoto? Ce qui est troublant, parce que c’est encore bien modeste, je crois qu’il ne s’agissait de gagner qu’une trentaine d’années.

H. R. : C’est cela. À la fois c’est très troublant mais, en même temps d’une certaine façon, il y a un côté positif : c’est que ça va amener, et ça a déjà commencé à amener, une mobilisation comme on n’en avait jamais vue. Tout l’Europe a protesté, et aux États-Unis, j’ai des échos que ça grogne beaucoup et vous savez que les Américains sont capables d’arriver à des choses : l’exemple de la guerre du Vietnam en est une. C’est vraiment le seul pays au monde où des citoyens d’un pays ont fait arrêter une guerre. Je suis peut-être optimiste, mais j’espère qu’on va entendre une voie unilatérale aux États-Unis et dans le monde entier et que Monsieur Bush va être obligé de reculer. Ça c’est peut-être d’être optimiste mais j’y crois un peu. Je crois aussi que Bush est un peu lié par les promesses qu’il a faites aux pétroliers qui l’ont élu. Mais peut-être, s’il n’est pas complètement débile, il se rendra compte que ça n’est pas quelque chose qui peut continuer. Je vois que, pour une fois, il y a une prise de position en réaction : quand Monsieur Bush annonce du jour au lendemain que les accords de Kyoto c’est fini, eh bien ça fait un tollé, et un tollé comme ça peut avoir des effets positifs. Jusque-là, on en parlait mais personne n’était très convaincu. Mais là, tout d’un coup, c’est comme si la mayonnaise prend, je dirais, et j’espère qu’elle va vraiment prendre parce que, autrement… même si, comme vous dites, Kyoto c’est peu de chose par rapport à toutes les menaces qui pèsent sur la planète. Il y a plein d’autres choses, mais c’est déjà un élément positif.

" Moi, je pense qu’il ne faut pas désespérer. Je pense, par exemple, au trou dans la couche d’ozone dont on a des bonnes raisons de penser, maintenant, que c’est un problème contrôlé, qu’on a réussi à faire ce qu’il faut. " Je sais qu’il y a eu d’autres éléments. Mais moi, je pense qu’il ne faut pas désespérer. Je pense, par exemple, au trou dans la couche d’ozone dont on a des bonnes raisons de penser, maintenant, que c’est un problème contrôlé, qu’on a réussi à faire ce qu’il faut. On nous dit, des gens sérieux nous disent que, d’ici 50 ans, le " trou " va être bouché. Pourquoi? Parce qu’il y a eu un protocole, à Montréal d’ailleurs, pour interdire l’utilisation de ces fameux CFC, vous savez, ces gaz dans les aérosols.
Une autre bonne nouvelle que j’ai apprise – et je suis toujours content de dire aux gens qu’il y a des bonnes nouvelles parce que ça les mobilise –, c’est au sujet de la question des pluies acides. Le problème des pluies acides, en Amérique du Nord, semble s’être amélioré beaucoup, également après un protocole qui a obligé les compagnies, notamment les grandes aciéries, à mettre des filtres sur leurs cheminées. Ce n’est pas le cas en Europe de l’Est, ce n’est pas le cas en Chine. J’étais ce printemps en Chine, et la situation est absolument terrible : le ciel est jaune tellement il y a de suie près des mines de charbon, et les pluies sont extrêmement acides. Enfin, je crois, qu’à la fois, il faut dire les choses franchement. Dire : Voilà, nous sommes dans une situation grave, mais sans amener en plus une sorte de défaitisme qui serait de dire : C’est foutu! Il n’y a rien à faire : c’est perdu…
" Il faut mobiliser les gens plutôt que les écraser sous le poids des observations qui sont, il faut bien l’avouer, bien préoccupantes et même pire. "Il faut montrer qu’il y a une possibilité de faire quelque chose, que des actions ont été entreprises (la couche d’ozone, les pluies acides) et que ces actions, quand tout le monde s’y met, peuvent donner quelque chose. C’est ça, je pense, qui est important : il faut mobiliser les gens plutôt que les écraser sous le poids des observations qui sont, il faut bien l’avouer, bien préoccupantes et même pire.

J. L. : Ah, que je vous remercie de nous avoir dit toutes ces choses! Parce que c’est tellement encourageant. On parle tellement de la détérioration, qu’on en arrive parfois à perdre l’espoir de pouvoir faire quelque chose, l’espoir de pouvoir agir.

H. R. : C’est absolument ça. Mais ce qui serait le plus dangereux, c’est la démobilisation, qui serait très grave.

J. L. : La difficulté viendrait-elle, au fond, de ce que nous sommes fous – je reprends la formule de Edgar Morin, qui fait plus sérieux quand même – que nous sommes des Homo sapiens demens? Est-ce qu’il n’y a pas quelque chose qui fait que nous sommes détraqués, quelque part, de ne pas voir la réalité telle qu’elle s’impose à nous?

" Je pense que ce qui manque à nos pays, c’est cette vision à long terme. "H. R. : Là, il y a, évidemment, tous les intérêts économiques qui sont en jeu, et les intérêts économiques, c’est faire de l’argent le plus vite possible. Et quand on est lancé dans cette mouvance, on ne se préoccupe pas de l’avenir. Je pense que ce qui manque à nos pays, c’est cette vision à long terme. Qu’est-ce que ça va donner pour nos enfants, pour nos petits-enfants, une planète où les forêts auront été coupées, où il n’y aura plus de poissons?
 

Je pense que c’est tout l’enjeu du " à court terme ". Il faut avoir des revenus pour nos actionnaires. Et le à long terme, c’est ce qu’on appelle aujourd’hui le développement durable. Bien sûr, on ne peut pas retourner à l’âge des cavernes, ce serait impensable. On peut, mais il faut s’y mettre. C’est une question politique d’abord. Et la science peut aussi bien détériorer la planète que la guérir. La science, sur ce plan, elle n’a pas de moralité. Selon qu’on aura décidé de guérir la planète ou non, il faudra de la science, mais la décision elle est politique.

Et il y a un autre problème, pour moi, je dirais, qui est encore plus grave que ces problèmes disons plus technologiques qui consisteraient à garder la planète habitable : c’est l’injuste distribution des richesses, c’est le fait que, depuis une dizaines d’années, la fraction des pauvres augmente dans le monde. De plus en plus maintenant, on a plus de un ou deux milliards de personnes qui vivent en-deça du seuil de la pauvreté et ça, ça crée une instabilité terrible. La misère entraîne la guerre, la misère entraîne le terrorisme. On le voit même dans nos pays, dans nos banlieues. Mais ce déséquilibre provoqué par le fait que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, ça, pour moi, c’est une très grande menace et je ne sais pas très bien comment on pourra arriver à dépasser cela. Ça me paraît fondamental.

J. L. : Au fond, nous sommes dans une situation telle que maintenant nous sommes obligés de revoir nos valeurs. C’est à quoi vous nous invitez, finalement?

H. R. : C’est cela, il faut voir nos valeurs, il faut découvrir que la vie est importante, que la planète est importante, que nous ne pouvons pas nous isoler de la planète, que nous devons réfléchir sur qu’est-ce qu’on veut, quelles sont nos valeurs, qu’est-ce qu’on veut pour l’avenir et dans quelle société voulons-nous vivre, dans quel contexte voulons-nous vivre. C’est tout ça qui est en jeu et je crois que cette Journée de la Terre est un bon moment pour y réfléchir. C’est un sujet de réflexion qui doit prendre de l’ampleur et auquel tout le monde doit se mettre. Je dis souvent que je suis volontairement optimiste, et si je me laissais aller, je serais peut-être un peu pessimiste, mais on ne peut pas, on n’a pas le droit! Il faut vouloir, il faut prendre des décisions et ensuite faire ce qu’il faut pour que les décisions soient opérationnelles.

J. L. : Hubert Reeves, je vous remercie beaucoup.

H. R. : Merci, Monsieur Languirand.

 

Courtisons la Terre
La Terre a besoin des hommes
Ce matin, je suis allé planté un arbre dans Le Jardin des Capteurs, situé sur l’ancienne carrière Miron qui est maintenant remplie de déchets. Le gaz méthane provenant des déchets en décomposition est maintenant récupéré à l’aide de capteurs et produit de l’énergie pour le quartier Saint-Michel (Montréal) qui entoure le dépotoir, dont une partie est cultivé pour être un parc.
 La vision de René Dubos

DUBOS, René.
Courtisons la terre
,
Éd. Stock, 1980.

" Courtisons la terre " est l’expression de René Dubos, biologiste (français et américain), Père des antibiotiques et écologiste. En 1972, avec Barbara Ward, René Dubos anime et coordonne les travaux de la conférence de Stockholm sur l’environnement dont le titre est : " Nous n’avons qu’une Terre! "

Disant aussi qu’il faut se méfier de l’abstraction, il offre des réflexions pratico-pratiques.

Il est par ailleurs l’auteur de la célèbre formule :

" Penser globalement; agir localement… "

Selon lui, il faut non seulement arrêter, stopper la destruction, mais entreprendre la re-construction; non seulement protéger, respecter, mais intervenir : AGIR.

" Je suis convaincu que l’être humain peut améliorer la nature; je sais qu’il est capable de réparer, s’il le veut, une bonne partie des dégâts infligés à l’environnement. "

" J’aime écrire que ‘ la Terre a besoin des hommes ’ pour exprimer ma propre conviction que certaines potentialités de la Terre demeurent inexprimées tant qu’elles n’ont pas été correctement actualisées par le travail et l’imagination de l’homme, affirme René Dubos. Mais le travail ne suffit pas pour découvrir et mettre au jour les trésors cachés de la Terre; il faut encore l'amour. "

La diversité écologique peut être modifiée et même augmentée à partir d’une modification délibérée de l’environnement.

" Nous pouvons faire mieux que la nature dans la mesure où nous sommes capables de percevoir ses virtualités latentes et de les faire apparaître en modifiant l’environnement, en créant ainsi la diversité qui caractérise la planète et en faisant de celle-ci un endroit où la vie humaine puisse se développer plus harmonieusement ", dit Dubos.

Quelques exemples d’interventions écologique sur la nature

" Il est très encourageant de se rappeler que les arbres des grands parcs anglais créés au 18e siècle étaient alors bien malingres, comme en témoignent les tableaux de l’époque, et que ces parcs n’atteignirent à la beauté qu’après de nombreuses décennies ", remarque René Dubos. Il nous faut donc aussi respecter le temps, car c’est lui qui fait pousser les arbres.

Un exemple " local " :

Dans la région du Lac Saint-Jean, le brûlage périodique tient la forêt à distance et favorise la pousse de bleuets tenues à Montréal et à New York pour une production " naturelle " locale.

Autre exemple que nous donne R. Dubos :

" La plupart des haies qui bordent les routes de la campagne anglaise et du reste du continent européen sont des écosystèmes entièrement artificiels datant du tout début du Moyen Âge ou plus anciens encore. […] Les haies du paysage européen constituent de nos jours un écosystème doté d’une extrême diversité et de beaucoup de charme. À la différence des haies américaines, ce ne sont pas des alignements d’arbustes d’une seule espèce coupés à l’équerre, mais une population complexe d’arbres, de buissons, de plantes à fleurs, d’herbes, de petits mammifères et d’oiseaux chanteurs, et elles abritent également une foule d’invertébrés. Elles servent de réservoirs à des espèces animales et végétales qui ne pourraient pas se développer dans la forêt primordiale ou dans un paysage complètement défriché. En d’autres termes, elles possèdent une diversité écologique qui leur est propre. "

" Malgré leur énorme handicap environnemental, les Pays-Bas sont un des pays les plus riches et les plus prospères du monde, un de ceux aussi qui ont la plus forte densité de population. Le dicton ‘ Dieu a créé la terre, mais a laissé aux Néerlandais le soin de créer les Pays-Bas ’ semble justifier les prétentions de l’homme lorsqu’il affirme pouvoir faire mieux que la nature. "

Réhabiliter les zones dégradées et recréer des écosystèmes artificiels :

" Des environnements artificiels[…] furent construits de toutes pièces à partir de sites disgraciés ou dégradés, et même à partir de montagnes de déchets – ces déserts d’un type nouveau produits par la civilisation industrielle. […] De la même façon que la pénurie de matières premières rend nécessaire aujourd’hui le recyclage des ressources, la pénurie d’environnements naturels réclame que les déserts industriels soient reconvertis : ces millions d’hectares de sols saccagés par les mines, érodés et dégradés de multiples façons; ces milliers de kilomètres de rivières et ces masses d’eau empoisonnés par les déchets acides, minéraux et organiques; ces innombrables puits d’extraction et fosses d’épandage – tout cela doit être reconverti, réhabilité.

" Le recyclage des environnements dégradés est une des tâches les plus urgentes et les plus essentielles de notre temps. "

" Cette réhabilitation ne sera pas faite à bon marché. D’après une estimation récente (Courtisons la Terre a été publié en 1980), plus de 250 milliards de dollars seront nécessaires pour réparer les dégâts causés par les seules exploitations minières des Appalaches. Mais cette remise en état est inévitable. Et elle est heureusement possible dans la plupart des cas. Le recyclage des environnements dégradés est une des tâches les plus urgentes et les plus essentielles de notre temps. "

 

Exemples d’interventions :

" Il existe de nombreux cas où des zones dégradées ont été utilisées délibérément et avec succès pour créer des écosystèmes totalement artificiels. Central Park, à New York, fut construit sur un site désolé de ce qui était alors la périphérie nord de la ville. – Le même architecte urbaniste a conçu le Parc du Mont-Royal. – Une grande partie du jardin botanique de Brooklyn occupe une ancienne décharge; la réhabilitation de ce site, qui date du début du siècle, n’exigea qu’une équipe réduite d’ouvriers et un unique attelage de chevaux. "

 Courtiser la Terre
 

" Les interventions de l’homme dans la nature eurent souvent un caractère destructeur pour celle-ci : toutefois, bon nombre d’entre elles ont révélé des qualités de la terre qui seraient demeurées inexprimées à l’état sauvage. […]

" L’interaction de l’humanité et de la terre a été à l’origine d’écosystèmes qui sont, par beaucoup d’aspects, bien plus intéressants et productifs que ceux qui se créent dans la nature sauvage. "

" Un environnement remodelé par l’action de l’homme nous rassure parce que la nature y a été réduite à l’échelle humaine. La nature sauvage, elle, sous n’importe quelle forme, nous oblige en quelque sorte à nous mesurer au cosmos. Elle nous fait comprendre notre insignifiance en tant que créatures biologiques, elle invite notre esprit à se libérer de la routine quotidienne et à prendre son élan vers les royaumes de l’éternel et de l’infini. "

" Courtiser la Terre est bien autre chose que de se borner à transformer les espaces vierges en environnements humanisés. Cela signifie aussi préserver les environnements naturels dans lesquels il est possible de percevoir intimement les mystères transcendant le quotidien et de redevenir conscient des forces cosmiques qui ont modelé l’humanité.

" Nous ne pouvons pas échapper à notre passé, mais il nous faut inventer notre futur. Nos connaissances et le sens de nos responsabilités envers l’humanité et la planète nous permettent désormais de créer de nouveaux environnements écologiquement sains, esthétiquement satisfaisants, économiquement rentables, et dans lesquels la civilisation pourra continuer à s’épanouir.

" Mais cette ardeur assidue à courtiser la terre n’aura de succès durable que si nous créons les conditions dans lesquelles elle-même et l’humanité conserverons leur nature profonde et spontanée. C’est de la symbiose entre ces deux expressions différentes mais complémentaires du ‘ naturel ’ des choses et des êtres que naîtront sans cesse des valeurs insoupçonnées et des espérances nouvelles dans le processus jamais clos de l’évolution créatrice ", conclut René Dubos

 

Des gestes pour sauver la planète

On peut lutter chez soi contre l’effet de serre.
  • En surveillant le chauffage, par exemple.
  • Une baisse de 1°C réduit les émissions de CO2 de 5 %.
  • On peut remplacer ses ampoules par des ampoules à économie d’énergie qui consomment cinq fois moins d’électricité. Chaque kilowattheure économisé évite le rejet de 90 grammes de CO2 dans l’atmosphère.
  • Éviter également de laisser en veille téléviseurs, magnétoscopes ou ordinateurs. Dans un ménage moyen, les appareils en veille rejettent 50 kilos de CO2 par an.
  • Le tri des déchets permet également d’économiser les émissions de gaz carbonique. Non trié, le kilo de déchet, incinéré ou mis en décharge, dégage 640 grammes de CO2 ou de l’équivalent en méthane.

Mais les réductions les plus importantes peuvent être obtenues dans le secteur des transports.

  • Une personne seule en ville dans sa voiture émet 309 grammes de CO2 au kilomètre – et si elle laisse tourner sa voiture à l’arrêt, imaginez la perte!
    En bus, 80 grammes, à vélo, 0.

Il y avait un jardin

Paroles et musique de Georges MOUSTAKI

C’est une chanson pour les enfants qui naissent et qui vivent entre l’acier et le bitume, entre le béton et l’asphalte et qui ne sauront peut-être jamais que la terre était un jardin.

Il y avait un jardin qu’on appelait la terre
Il brillait au soleil comme un fruit défendu
Non, ce n’était pas le paradis ni l’enfer
Ni rien de déjà vu ou déjà entendu
La la la La la la La la la
Il y avait un jardin une maison, des arbres
Avec un lit de mousse pour y faire l’amour
Et un petit ruisseau roulant sans une vague
Venait le rafraîchir et poursuivait son cours
La la la La la la La la la

Il y avait un jardin grand comme une vallée
On pouvait s’y nourrir à toutes les saisons
Sur la terre brûlante ou sur l’herbe gelée
Et découvrir des fleurs qui n’avaient pas de nom
La la la La la la La la la

Il y avait un jardin qu’on appelait la terre
Il était assez grand pour des milliers d’enfants
Il était habité jadis par nos grands-pères
Qui le tenaient eux-mêmes de leurs grands-parents
La la la La la la La la la
Où est-il ce jardin où nous aurions pu naître
Où nous aurions pu vivre insouciants et nus?
Où est cette maison toutes portes ouvertes?
Que je cherche encore et que je ne trouve plus
La la la La la la La la la la la la
  Jour de la Terre 2001

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Par 4 chemins/Émission spéciale Jour de la Terre 2001
Le 22 avril 2001/1ère et 2e heures
Micro : Jacques Languirand/ Transcription : Noëllise Turgeon/
Édition : Stéphanie Adam Le Roch/ Révision : Nicole Dumais

Documentation : Rosalie Dumontier /Infographie : Pascal Languirand
© 2001 Productions Minos Ltée./ Tous droits réservés pour tous pays.