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GÉLINAS,
Jacques B. La globalisation du monde : laisser faire ou faire?,
Éd. Écosociété, 2000 |
" La revue américaine Time
publiait un numéro spécial sur les dangers que la globalisation
fait courir à ‘ notre précieuse planète ’ ",
écrit Jacques B. Gélinas.
Et je vous faite remarquer qu’on ne peut quand même pas accuser le Times
de gauchisme écologique… " Un
des auteurs du dossier ramasse en un paragraphe la magnitude de la menace, poursuit
Gélinas : ‘ L’humanité
elle-même est devenue une force géophysique capable de perturber
les fondements même de l’écosystème planétaire. [Depuis
Hiroshima], on sait que les armes nucléaires peuvent balayer de la surface
de la Terre la plus grande partie des êtres vivants. Mais voilà qu’au
cours des dernières décennies, il est devenu évident que
les humains pourraient perpétrer le même abominable exploit par simple
inadvertance, c’est-à-dire en poursuivant tout simplement les pratiques
économiques qui ont cours présentement. ‘ " (Extrait
de : LINDEN, Eugene. " A World Awakens ", Time, numéro
spécial : Our Precious Planet – Why Saving the Environment
Will Be the Next Century’s Biggest Challenge, novembre 1997) |
| Jacques
B. Gélinas commente cette citation :
" Si les maîtres du village globalisé et leurs économistes
sont capables d’oublier qu’il existe une relation vitale entre l’économie
et les écosystèmes terrestres, la planète, elle, ne l’oublie
pas. Elle montre son épuisement et ses blessures et nous rappelle par ses
ruades catastrophiques la trop grande efficacité de l’économie globalisante
pour les écosystèmes. Par ses excès – surexploitation,
surpopulation, surconsommation – la globalisation inflige à notre
habitat terrestre de nombreux traumatismes que
l’on peut regrouper sous les 10 chefs suivants – dont
le premier concerne le Jour de la Terre car c’est le réchauffement de la
planète : - Le
réchauffement de la planète
" Au
cours des dix derniers millénaires la température et le climat du
globe sont apparus comme relativement stables. Les formes contemporaines de développement
économique ont réussi à ébranler cette stabilité.
Depuis une dizaine d’années, on assiste à un dangereux réchauffement
du globe. Selon la national Aeronautic and Space Agency (NASA), le National Oceanic
and Atmospheric Administration des États-Unis (NOAA) et le Groupe intergouvernemental
d’experts sur l’évolution du climat (le GIEC) de l’ONU – qui
s’est réuni il y a une dizaine de jours à Nairobi –,
‘ les températures à la surface du globe ont atteint, en 1998,
un nouveau record, et avec une marge importante ’. […] Le réchauffement
de la planète dépend principalement des émissions excessives
de gaz à effet de serre (GES). […] Les sévères perturbations
météorologiques de ces dernières années font peser
de ‘ lourdes menaces sur l’approvisionnement en denrées alimentaires
de nombreux pays ’. […]
- La
perforation de la couche d’ozone
" Les hommes ont réussi,
à force d’émanations chimiques, à crever la couche d’ozone,
cette enveloppe protectrice tendue, dans les hauteurs, autour du globe, sans laquelle
aucune vie terrestre ne serait possible. […]
- Les
pollutions de toutes sortes
" L’industrie moderne déverse
dans l’air, dans les eaux et dans les sols 100 000 produits chimiques,
gaz, métaux lourds, agents toxiques, éléments radioactifs
et particules de toutes sortes. Ces rejets industriels aboutissent dans les végétaux
et les animaux, et finalement dans les assiettes des humains et dans les humains
eux-mêmes. En plus de s’attaquer à la santé des gens, des
animaux et des végétaux, cette pollution contribue au dysfonctionnement
des écosystèmes, aux perturbations climatiques, et à la détérioration
des bâtiments et des monuments. L’automobile et les autres véhicules
à moteur sont les grands responsables de la pollution de l’air. […] Au
Canada, parmi les milliers de substances chimiques utilisées dans la fabrication
des pesticides, herbicides et fongicides,70 seulement font l’objet d’une
évaluation de la part des autorités. – J’en
passe et des meilleures.
- La
contamination et la surexploitation des océans
" La
mer, longtemps considérée comme un vivier insondable et inépuisable,
montre aujourd’hui des signes d’épuisement. Selon la FAO, on y déverse
annuellement 20 milliards de tonnes de déchets, dont beaucoup comptent
parmi les plus toxiques. Ses innombrables affluents, comme autant de tuyaux d’égouts,
y apportent leur contribution délétère en y vomissant les
eaux polluées de la production industrielle et agricole.
- La
raréfaction de l’eau douce
" En
théorie, les ressources en eau potable sont largement suffisantes pour
satisfaire aux besoins de tous. Mais du fait de la pollution, du gaspillage et
d’une inégale répartition, certaines régions souffrent de
pénurie. Près de 20 % de la population mondiale manquent d’eau
pour ses besoins quotidiens. Dans les pays sous-développés, la pénurie
est aussi liée à la pauvreté : manque d’infrastructures
pour l’adduction et l’assainissement des eaux. […]
- La
dégradation des sols
" La
désertification gagne
du terrain sur tous les continents. Partout l’on constate une dégradation
des sols et une diminution de leur potentiel de rendement. Dans les
pays riches et dans les régions sous-développées
soumis à des cultures d’exportation, le rendement constant
est maintenu à grand renfort d’intrants agrochimiques. L’érosion
et la machinerie lourde s’attaquent à la couche d’humus, ce
qui enclenche le processus de désertification. […]
-
La
déforestation
" Les forêts reculent sous l’avancée impitoyable des tronçonneuses
et des débrancheuses. Cette surexploitation est surtout le fait de la grande
industrie papetière et des barons du bois d ‘œuvre, qui pratiquent les
coupes à blanc, sans égard à la capacité de régénération
du milieu. Une machinerie hyperlourde élimine tous les arbres, petits et
grands, sur d’immenses étendues. […]
- La
réduction de la biodiversité
" Les multiples traumatismes
que subit la Terre, depuis l’effet de serre jusqu’à la déforestation,
entraînent la disparition de nombreuses espèces vivantes. Une étude
signée par 1 500 scientifiques conclut que le rythme annuel des
extinctions s’est multiplié par 100 depuis quatre siècles.
Et il risque de se multiplier par 10 000 à plus ou moins brève
échéance – ce n’est pas un
détail… – Une véritable hécatombe.
De 11 % à 34 % des poissons, mammifères, oiseaux
et reptiles se trouvent menacés. Les plantes n’échappent pas à
ce sort fatal : 12,5 % des végétaux supérieurs
sont en voie d’extinction. Au moins 27 000 espèces vivantes s’éteignent
chaque année. Suzanne George constate tristement : ‘ C’est un
peu comme si nous marchions à reculons dans l’histoire de la vie sur Terre,
en perdant le bénéfice de millions d’années d’évolution
en l’espace de quelques décennies car, à ce rythme, nous aurons
éliminé un cinquième de la variété biologique
sur Terre dans les 20 à 40 prochaines années. "
(GEORGE, Susan. " Un monde en perdition ",
Le Monde diplomatique, novembre 1995)
Grave, grave, grave.
-
La mainmise des compagnies transnationales sur le patrimoine génétique
" Ce détournement de biens collectifs est le fait d’une poignée
de firmes géantes, spécialisées dans l’agrochimie, le génie
génétique et l’industrie pharmaceutique. Dans le peloton de tête,
on trouve Mosanto (États-Unis), Novartis (Suisse) et Du Pont (États-Unis).
Le chiffre d’affaires de ces méga-entreprises dépasse de loin le
PNB des pays sous-développés. Leur pouvoir politique étant
proportionnel à leur valeur au marché, on comprend leur facilité
à court-circuiter toutes formes de démocratie et, à plus
forte raison, à se soumettre tant les régimes dictatoriaux que nos
gouvernements aux apparences démocratiques. Cette usurpation s’effectue
grâce au génie génétique qui s’est vendu au commerce. "
- La domination du cyberespace
dans les intérêts commerciaux
" La gestion d’Internet
revêt une importance du même type que celle des autres biens publics,
comme l’air et l’eau, destinés par nature au bien-être et à
l’épanouissement de tous. Le problème est de savoir qui va contrôler
l’utilisation d’Internet : l’ensemble de la société civile
ou des intérêts commerciaux particuliers? […] Si l’accès à
Internet est encore abordable, il est clair que le commerce et la publicité
risquent de dominer le réseau à plus ou moins brève échéance.
Par ailleurs, le gouvernement américain revendique le droit d’imposer ses
vues sur les noms de domaines, et donc dans l’organisation même de l’autoroute
de l’information. Un livre vert déposé par la Maison-Blanche en
1998 rappelle qu’‘ Internet a été développé comme
projet du gouvernement américain ’, et qu’il relève toujours
en droit de son premier bailleur de fonds. " |