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Totalitarisme capitaliste La menace de répression sociale | ||
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Herbert Marcuse et la société répressive | ||
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MARCUSE,
Herbert. |
Herbert Marcuse est un philosophe allemand qui, dans les années 70, a brossé un tableau du capitalisme américain, en particulier, qui préfigure des sociétés de contrôle moderne. C’est peut-être difficile de parler de ça parce qu’on est tellement convaincu qu’on est plus heureux quand on consomme davantage, et qu’on a de la difficulté à comprendre qu’une société de consommation peut être fasciste, d’une certaine façon, et qu’elle peut exercer un contrôle sur l’individu, ce qui n’est pas toujours à son avantage. Quand H. Marcuse parle, par exemple, de la puissance répressive de la société et de l’asservissement de l’individu à la société de consommation, c’est très important mais très difficile à saisir parce que, au fond, on n’est pas malheureux d’être des consommateurs. Du moins, on ne se rend pas compte qu’on est en train de ne devenir que cela, mais c’est autre chose. Les consommateurs de diverses nations se trouvent asservis à des règles, qui, en fait, sont des règles de prison dorée qui comportent des diktats économiques et des valeurs, si vous voulez, qui ne respectent pas la dimension humaniste. | |
| " La puissance répressive de la ‘ société de consommation ’, l’asservissement du consommateur à l’escalade des besoins et des marchandises, la création continuelle de besoins nouveaux qui exacerbent les contradictions à l’intérieur du système nécessitent inéluctablement des contrôles répressifs. " Si vous souhaitez vous familiariser avec la pensée de Herbert Marcuse, je vous signale que vous pouvez trouver plusieurs citations et extraits de ses propos sur le site de Par 4 chemins. En 1989, donc il y a à peu près une douzaine d’années, j’ai décidé de parler d’articles parus dans Le nouveau Planète en 1969, soit 20 ans auparavant (cela fait donc 32 ans que ces articles ont parus).
Les articles font une description de la situation et de la société qui correspond à peu près à celle dans laquelle on se retrouve maintenant. Bien sûr, les auteurs de ces articles ne constituaient qu’une minorité de gens plus éclairés que la moyenne des joueurs, mais tout de même, il faut retenir que déjà, en 1969, ces informations circulaient, ces inquiétudes circulaient également à propos de la menace que pouvait faire peser, par exemple, le néocapitalisme naissant, sur les gains que les sociétés ont pu faire en matière de sociale-démocratie, par exemple. On pressentait déjà ça en 1969! C’est tout de même incroyable à quel point ça ne change pas et qu’on est toujours pris dans le même merdier… Et maintenant, voilà qu’on est encore en train de rebrasser ces mêmes problèmes! C’est du moins ce que je constate à propos du Sommet des Amériques et aussi à propos des causes que l’on découvre pour expliquer les changements du climat. C’est même en train de dépasser ce que l’on voyait venir en 1969. En tout cas, si on se reporte en 1948, dans 1984, George Orwell a fait une description d’une société qui n’existe peut-être pas comme telle, rassurons-nous, mais dont l’esprit est déjà présent à travers notre monde actuel. 1948, 1969, 1989, 2001... Ça fait donc un bon bout de temps qu’on tourne autour de ces questions, sans arriver à trouver des solutions alors que les conditions sont plus pressantes que jamais. | ||
| Big Brother ou l'esptit de 1984 | ||
BRUNE,
François. " Combattre l’esprit de ‘ 1984 ’ ", Manière de voir, N° 56, mars-avril 2001 | L’écrivain François Brune a écrit sur cette question du pouvoir totalitaire un ouvrage très intéressant, il y a plusieurs années : Sous le soleil de Big Brother. Ce Big Brother, bien sûr, est un personnage virtuel, il n’existe donc pas comme tel, qui a été créé par George Orwell pour personnifier le pouvoir dans son ouvrage intitulé : 1984. Orwell a écrit ce livre en 1948 et s’est amusé, pour trouver le titre, à inverser les deux derniers chiffres de l’année. C’est l’esprit qui est important ici, le complexe de peur également qui nous fait nous retrancher de ce monde. Selon François Brune, la mentalité de 1984 nous menace. " Le pouvoir totalitaire du ‘ Big Brother ’ de Orwell ne se fonde que sur la mort des relations humaines ", nous rappelle François Brune en introduction de son article paru dans le plus récent Manière de voir. Puis il nous rappelle les propos terribles du tortionnaire de 1984 : " ‘ Si vous désirez une image de l’avenir, imaginez une botte piétinant un visage humain… éternellement. ’ " Rassurant… | |
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" Le
véritable anti-Big Brother est ‘ l’homme ordinaire ’,
dont la peur diminue et la conscience progresse... "
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" 1984 ne doit pas être vu comme le tableau futur d’une catastrophe, mais comme la peinture lucide des dynamiques qui facilitent l’avènement au quotidien [de ce Big Brother]. Le diagnostic l’emporte sur le pronostic, d’estimer François Brune. Et, bien sûr, Orwell ne nous annonce la défaite de l’homme que pour l’éviter. " Parce que dans son roman, tout le monde se retrouve pris dans cette machine qui exerce un contrôle total. C’est terrible, c’est l’enfer de Kafka, un enfer totalitaire qui y est dépeint. " Mais les réalités de 1984 ne nous sont pas exclusivement extérieures, rappelle François Brune. Face à l’oppression aux multiples facettes, inégale selon les lieux, mais menaçant toujours l’humanité des humains, George Orwell nous invite à dépister toutes les formes de complicité intérieure. Dans la mesure où l’univers projeté dans son livre est un espace-temps imaginaire, 1984 représente moins une date qu’un lieu profondément enfoui en nous-mêmes autant que dans nos systèmes politiques. " À l’image de Winston Smith – le protagoniste du livre de Orwell –, dont la résistance finit par échouer, nous risquons en mille et une circonstances de céder au ‘ mouvement de 1984 ’, c’est-à-dire de laisser cristalliser en nous le fatal complexe peur-haine que produisent immanquablement les rouages des pouvoirs dans lesquels nous sommes pris, et d’être ainsi entraînés dans le cycle persécutés/persécuteurs qui empoisonnent sans fin les relations humaines. " Car il ne suffit pas de fuir la normalisation des âmes qui nous façonnent en masses apeurées : nous devons aussi repousser la tentation de hurler avec les loups par peur d’être moutons. " " […] S’il y a un espoir, poursuit plus loin F. Brune, il ne peut être qu’en l’homme et en tout homme, à commencer par soi-même, et par ceux que l’on côtoie ici et maintenant. Parce que la menace antihumaniste est présente au cœur de l’être humain, c’est au cœur de chaque homme que se joue la lutte pour l’humanité. […] " La défense de soi est indissociable de la défense de l’humanité en soi. La reconquête de l’homme est à refaire chaque matin, sur soi-même. Voilà ce que nous dit la voix de Orwell. Le véritable anti-Big Brother est ‘ l’homme ordinaire ’, dont la peur diminue et la conscience progresse, reconnaissant ses ambivalences sans se complaire dans ses contradictions, nouant avec les proches qu’il se crée des relations irréductibles aux érosions de l’anonyme et de l’unanime, et cherchant peut-être moins à transformer qu’à demeurer posément rebelle aux oppression multiples. "
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Par 4 chemins/ Le
15 avril 2001/1ère heure | ||
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