André Comte-Sponville
Les sept nouveaux péchés capitaux

Je vais maintenant vous parler de péché. Et même plus, je vais vous parler des nouveaux péchés capitaux. André Comte-Sponville, l’un de nos philosophes préférés, nous invite à considérer ce que seraient les sept nouveaux péchés capitaux, qui n’ont rien à voir avec ceux auxquels vous êtes familier.

COMTE-SPONVILLE, André.
" Les 7 nouveaux péchés capitaux ",
Psychologies
,
mars 2001

1. Selon A. Comte-Sponville, le premier péché c’est l’égoïsme.
" Qu’est-ce qu’un péché capital? Pas forcément un péché plus grave que les autres, mais un péché d’où les autres dérivent,
affirme André Comte-Sponville. […] C’est en quoi l’égoïsme est le fondement de tout mal, comme dirait encore Kant, et le premier, selon moi, des péchés capitaux. C’est l’injustice à la première personne. Car ‘ le Moi est injuste, expliquait Pascal, en ce qu’il se fait le centre de tout : chaque Moi est l’ennemi et voudrait être le tyran de tous les autres. ’ " Comme il est tripatif ce Pascal! Il faudra y revenir sérieusement.

2. Ensuite, la cruauté, c’est le deuxième péché capital.
" Et le sadique? me demandent parfois mes étudiants. Est-ce qu’il ne fait pas le mal pour le mal? Non pas : il fait du mal aux autres, pour son plaisir à lui; or son plaisir, pour lui, c’est un bien… il n’en reste pas moins que la cruauté existe, et qu’elle est sans doute la faute la plus grave, qui pourra à son tour en entraîner plusieurs autres. C’est pourquoi il est juste de la considérer comme un péché capital. Comment la définir? Comme le goût ou la volonté de faire souffrir que ce soit physiquement ou moralement (au sens du ‘ harcèlement moral ’). La cruauté est un mélange de dureté, de brutalité, de sadisme qui peut aller jusqu’à la barbarie ", explique le philosophe.

3. Puis arrive la lâcheté.
" Troisième péché capital : la lâcheté. Parce qu’aucune vertu n’est possible sans courage, ni aucun bien. Parce que la lâcheté est une forme d’égoïsme, face au danger. […] Combien de gardiens, à Auschwitz, auraient préféré rester tranquillement chez eux, plutôt que de faire ce travail atroce? Mais ils n’avaient pas le courage de déserter, ni de désobéir, ni de se révolter… Aussi firent-ils le mal lâchement, consciencieusement, efficacement. Cela ne les excuse pas. Aucun péché n’est une excuse. Mais cela explique qu’ils aient été si nombreux. […] "

4. Ensuite le quatrième péché capital : la mauvaise foi.
" Encore faut-il pouvoir se supporter, être capable de se regarder, comme on dit, dans la glace… À u

n certain degré d’ignominie, ou simplement de médiocrité, cela devient difficile sans se mentir à soi-même. C’est pourquoi la mauvaise foi est un péché capital : parce qu’elle rend possible, en les masquant, ou en leur inventant de fausses justifications, la plupart de nos filouteries. […] "

5. Le cinquième péché capital est, selon Comte-Sponville, la suffisance.
Ça ressemble à l’orgueil qu’on avait dans la vieille liste, non?
" C’est le péché de l’imbécile prétentieux, et je ne connais guère d’espèce, même chez les gens intelligents, plus désagréable. Mais c’est le péché aussi qui est à l’origine, bien souvent, de l’abus de pouvoir, de l’exploitation d’autrui, de la bonne conscience haineuse, ou méprisante, sans parler du racisme et du sexisme. […] "

6. Puis on arrive au sixième : le fanatisme.
" Surgissant des idées, la suffisance devient fanatisme. C’est un dogmatisme haineux ou violent, trop sûr de sa vérité pour tolérer celle des autres. C’est plus que de l’intolérance : c’est vouloir interdire ou supprimer par la force ce que l’on désapprouve ou qui nous donne tort. "

7. Le septième, c’est la veulerie.
" Le dernier péché, puisque j’ai choisi de m’en tenir, moi aussi, à une liste de sept, n’est pas sans évoquer l’un de ceux que retient la tradition : ce que j’appelle la veulerie est comme une paresse généralisée, de même que la paresse n’est pas autre chose, dirais-je volontiers, que la veulerie face au travail. Qu’est-ce que la veulerie? Un mélange de mollesse et de complaisance, de faiblesse et de narcissisme : c’est l’incapacité à s’imposer quoi que ce soit, à faire un effort un peu durable, à se contraindre, à se dépasser, à se surmonter. […] "

Ce sont des péchés qui sont moins invitants que les anciens, il me semble...

 André Comte-Sponville

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Par 4 chemins/ Le 1er avril 2001/3e heure
Micro : Jacques Languirand/ Transcription : Noëllise Turgeon/
Édition : Stéphanie Adam Le Roch/ Révision : Nicole Dumais

Documentation : Rosalie Dumontier /Infographie : Pascal Languirand
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