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| Économie
& Société L’obsolescence planifiée | |
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| VERRIANTE, René. " Chroniques de Francassie ", 3e millénaire, N° 7, automne 1987. | Dans un article du 3e millénaire, on retrouve des extraits d’un article paru dans Futuribles (N° 9, 1977). Par exemple, il y est question des bas de nylon qui, en 1946, pouvaient durer trois mois et plus, même si on les exhibait généreusement, note-t-on. |
| Un autre exemple concerne les automobiles : " Entre les deux guerres, les automobiles européennes duraient entre 15 et 30 ans. Une statistique émanant du Syndicat des constructeurs d’autos de RFA – ce sont donc des informations très officielles – donne 9,8 ans de durée moyenne des voitures en 1985. " Les montres : " D’une durée de plusieurs décennies avant guerre, beaucoup de montres sont aujourd’hui jetées au ruisseau après deux ans ou moins de fonctionnement. " Une durée éphémère, je dirais…
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| L’ère du jetable et de l’irréparable | |
BERNARD,
Daniel et CHAUDIEU, Emmanuelle. | Ce phénomène s’appelle " l’obsolescence planifiée ". On est donc dans l’ère du jetable, et ça tient du zapping également. Si un objet brise et que tu veux le faire réparer, dans plusieurs cas tu apprends que ça coûte aussi cher que d’en acheter un neuf. " Bienvenue dans l’ère du jetable, écrivent Daniel Bernard et Emmanuelle Chaudieu dans Marianne : quand le moindre incident de parcours signe l’arrêt de mort de votre aspirateur ou de votre poste de radio. Peu ou prou, le rythme de remplacement des ordinateurs, démodés en six mois, s’impose à tout. Interrogez un vendeur : quelle que soit la marque, l’espérance de vie moyenne de la tête de lecture des disques laser n’excède pas, pour une utilisation domestique normale, les trois ou quatre ans. " Bien sûr, c’était prévu! Pour une minichaîne stéréo, c’est la même chose. |
| " La terrible équation pièce détachée + main-d’œuvre aura raison de vos velléités de sauvegarde électroménagère. Quelle est la cause de ce dépérissement accéléré?, se demandent les auteurs. La différence entre le prix de la main-d’œuvre en usine et dans les services après vente n’est pas une nouveauté. Reste qu’elle est accentuée, notamment en raison de la délocalisation de la production. " Il y a eu une enquête qui a été faite sur la durabilité des appareils électroménagers. Quand le service après vente d’un magasin fait payer pour ouvrir votre appareil et vous dire s’il est réparable, et surtout à quel prix, c’est là qu’on se retrouve en face du gouffre qui s’ouvre sous nos pieds. On a interrogé le responsable du département
de la qualité chez Phillips, qui explique : " ‘ Aujourd’hui on trouve des magnétoscopes à 990 F (un prix très abordable), signale un responsable de la FNAC. Proportionnellement, le prix de la réparation augmente car le prix des pièces détachées, lui, ne baisse pas. ’ Du coup, il est généralement plus intéressant de racheter un séchoir neuf que de remplacer l’embout de plastique indispensable pour faire un brushing. " Essayez donc de vous procurer un embout de séchoir à cheveux! Ça ne marche pas comme ça, pas du tout. On est vraiment dans une société de gaspillage, mais de gaspillage planifié. Parce que, apparemment, c’est ça qui fait marcher l’économie. Ce qui prouve qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans le système mais on s’en doutait. " Petit à petit, par fatalisme ou fièvre acheteuse, bazarder un engin défectueux devient un réflexe ", disent les auteurs. On a procédé à une enquête sur la durabilité des appareils ménagers et on se dit surpris de certains résultats : " ‘ Le petit appareil ménager qui passe à la poubelle ne choque personne. L’idée de réparer ce type d’objets ne traverse plus la tête des gens. Les produits ne sont pas assez chers pour cela. ’ On n’arrête pas le progrès, et encore moins la course à l’éphémère, commentent les auteurs dans Marianne. Les associations de consommateurs qui bataillaient avec les fabricants pour les obliger à se soucier de la durabilité et de la réparabilité de l’électroménager et de la Hi-Fi ont fini par baisser les bras. " Par exemple, même dans la restauration, on retrouve ce gaspillage systématique. On révèle, par exemple, que les hamburgers de MacDonald sont impitoyablement jetés puis incinérés s’ils ne sont pas vendus dans les 10 minutes après leur cuisson. Symbole de notre civilisation de gaspillage, bien sûr.
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| Un suicide calculé | |
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TANCRÈDE,
Caroline. " Le gaspillage est-il le moteur de l’économie? ", Ça m’intéresse
| Je reviens à cette forme particulière du gaspillage qu’est l’obsolescence planifiée qui consiste à concevoir des produits afin qu’ils se détraquent au bout d’un certain nombre de mois ou d’années. En prenant connaissance de cette documentation, je me disais que pour les êtres humains c’est un peu comme ça : tel qu’on est conçu, on est susceptible de commencer à se détraquer à partir d’un certain moment. Mais je n’ose pas trop insister sur ce point-là car le moment est plus ou moins proche pour les uns ou les autres... Alors peut-être que l’obsolescence planifiée fait partie de la nature humaine, aussi… |
| Dans son livre intitulé La société de consommation (Éd. Folio), Jean Baudrillard écrit : " L’ordre de production ne survit qu’au prix de cette extermination, de ce ‘ suicide ’ calculé perpétuel du parc des objets ". Comme c’est bien dit! " Où s’arrête l’utile? Où commence l’inutile? Au bout de combien d’années l’achat d’une voiture neuve devient-elle une nécessité? ", demande Caroline Tancrède dans un article sur le gaspillage paru dans Ça m’intéresse. À un moment, elle rappelle, évidemment, qu’à notre époque, le fin du fin ce sont les produits jetables. Par exemple, l’appareil photo qui ne servira qu’un certain nombre de fois. Je me demande si ça ne vient pas un peu de la vague de divorces… [rires] Peut-être que nos sentiments sont jetables également, qui sait? Recyclables ou jetables, parce qu’il y a une espèce de gaspillage de ce côté-là aussi. | |
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| Michel
Jurdant : |
| Michel Jurdant était de l’opinion qu’il fallait pousser de plus en plus les industries à fabriquer des objets de longue durée. |
Aujourd’hui même, j’ai retrouvé dans notre bibliothèque un petit bouquin d’un auteur dont je vous ai parlé à quelques reprises. Peut-être vous souvenez-vous de Michel Jurdant? Il n’est hélas plus avec nous. C’était un écologiste étonnant qui avait fait paraître plusieurs ouvrages très significatifs. D’ailleurs, en prenant connaissance de ses ouvrages, je me rendais compte à quel point le débat n’a pas beaucoup évolué depuis les années 80. Il a fait paraître, par exemple, Les insolences d’un écologiste – Énergie, environnement et justice sociale, aux Éditions du Boréal Express (1976). |
| JURDANT,
Michel. Les insolences d’un écologiste – Énergie, environnement et justice sociale, Éd. du Boréal Express, Sillery (Québec), 1976. | |
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" Favoriser systématiquement la production de produits de longue durée, de préférence biodégradables. Parmi les mesures concrètes mentionnons :
C’est dans ce sens que va le propos de Michel Jurdant, qui donne un grand nombre de suggestions. | |
| Remettre le système économique en question | |
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C’est un très débat très important et c’est une question de culture occidentale. Il n’est pas dit, sans être trop sévère, que ce genre de vision (l’obsolescence planifiée) n’est pas après tout un véritable désastre pour la planète, et aussi un désastre pour l’équilibre que l’on souhaite atteindre un jour à travers les humains sur cette planète. Parce qu’il faut rappeler que ce n’est pas dans toutes les civilisations que l’on jette : il y a des endroits où les vieilles choses sont encore importantes… |
| Comment conclure un propos comme celui-là? Parce que je n’ai rien à proposer si ce n’est que de remettre le système économique en question, ce qui n’est pas rien. En attendant, si on ne le remet pas en question, n’oubliez pas Mesdames de refaire votre provision de bas de nylon.
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25 mars 2001/1ère heure | |
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