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| Dépression | ||
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| Souffrir de soi | ||
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FROMM,
Erich. | Voici la définition que donne Erich Fromm de cette névrose : " La névrose de caractère est un phénomène typique de notre époque qui consiste principalement à souffrir de soi. – Toujours mal dans sa peau, toujours mal dans sa tête, toujours mal. Avoir mal, avoir mal, quelles que soient les circonstances, c’est la névrose de caractère. – Son traitement suppose, outre la psychanalyse classique, l'emploi de méthodes supplémentaires ", écrit Fromm. " Le changement de conduite s’impose, de façon impérative, car analyse et vigilance ne suffisent pas. […] L’analyse et la connaissance de soi recherchée durant des années s’avéreraient vaines et infructueuses, si elles n’étaient accompagnées de changements, aussi minimes soient-ils, dans la vie quotidienne, car ce sont eux qui modifient vraiment quelque chose ", explique-t-il. Quant à moi, je pense qu’on est tous un peu souffreteux de ce côté-là à notre époque. On a tous mal à soi. | |
| " Un apport positif de l’homme serait qu’il cesse de subordonner tout au souci de son propre intérêt " | ||
| " Un apport positif de l’homme serait qu’il cesse de subordonner tout au souci de son propre intérêt, poursuit un peu plus loin notre auteur. La psychanalyse recèle l’immense danger que les hommes uniquement centrés sur leur personne et pour qui seuls leurs problèmes comptent, y trouvent un terrain fertile à la culture de leur narcissisme. " Le mot ici est pris dans un autre sens que celui qu’il avait lorsque j’ai parlé de narcissisme positif, il y a quelques semaines. Pour illustrer son propos, le psychanalyste raconte le cas d’une personne qui s’appelle Christiane – retenez bien cette réflexion parce que ça nous concerne tous. Quand on est mal dans notre peau, il faut se souvenir qu’il existe " un riche éventail du patrimoine culturel humain qui nous est ouvert " : " C’est pourtant une femme cultivée, diplômée, vivant à une époque où le riche éventail du patrimoine culturel humain lui est ouvert : musique, littérature, art, tout. La possibilité lui est offerte de lire les plus beaux livres jamais écrits, d’écouter la plus belle musique au sein d’un immense choix musical, de faire des randonnées, de voyager. Comment expliquer qu’une personne ne s’intéresse à rien d’autre qu’à elle-même et à ses problèmes? " Terrible cette phrase!
" [Ne s’intéresser qu’à soi et à ses problèmes], poursuit-il, n’est ni un signe de bonne santé, ni la marque d’un être humain pleinement développé. On ne peut vivre une vie dynamique, joyeuse et indépendante si l'on n'est intéressé qu’à soi-même et à ses problèmes. […] Il est dangereux de demeurer centré sur ses problèmes, isolé, de ne pas participer aux idées de ce monde, aux relations humaines, à la nature. Avec ou sans analyse, c’est un danger qu’il faut bannir ", dit-il. Wow! On se sent remué… | ||
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" Il n’y a pas pire remède que l’égocentrisme. " Fromm écrivait avec un scalpel, je pense… |
Plus loin, il est question des misères de ceux qui se sentent ainsi : " Toutes les misères qu'éprouvent nombre de personnes, ne proviennent pas de ce qu'elles sont malades, mais de ce qu'elles sont, pour la plupart, isolées de tout ce qui rend la vie intéressante, exaltante et belle, qu'elles ne cessent de ressasser leurs problèmes, de ruminer leurs péchés, leurs erreurs, leurs symptômes et Dieu sait quoi encore, au lieu de profiter de la vie et de s’en réjouir dans la mesure de leurs possibilités, estime Fromm. Elles arguent qu’elles sont trop dépressives, et dans un sens c’est vrai, mais ce n’est pas l’entière vérité. Persuadées que le meilleur remède à leurs maux est de porter toute leur attention sur elles, elles ne font pas l’effort d’enrichir leur vie. Il n’y a pas pire remède que l’égocentrisme. " | |
| S'ouvrir à la culture : enrichir son esprit | ||
| " Il n’est rien de précieux qui soit atteint ou appris sans efforts, sans sacrifice, sans discipline. " | " Se concentrer sur soi, porter une attention minutieuse à ses problèmes personnels ne devrait pas exclure l’avancement, ni l’exacerbation de son intérêt pour la vie, pour l’art, pour les idées. […] Je ne pense pas essentiellement à la formation de l’intellect pur, mais à l’enrichissement de l’esprit, soit concrètement, à ce que lit, par exemple, une personne. Je recommande toujours de choisir des lectures importantes et de lire avec sérieux. J’ai le sentiment que de plus en plus le choix des lectures est dicté par l’idée maîtresse du moindre effort. Un livre d’accès facile, court, pour procurer un plaisir immédiat. " C’est une illusion. Il n’est rien de précieux qui soit atteint ou appris sans efforts, sans sacrifice, sans discipline. L’idée fondée sur l’apprentissage de la musique, ou d’un quelconque domaine, en ‘ huit leçons faciles ’ n’a point de sens, sinon d’extorquer de l’argent aux consommateurs. Même quand il ne s’y infiltre pas toujours aussi crûment, c’est l’état d’esprit qui pénètre notre population toute entière. En dépit du nombre faramineux de publications, les livres qui laissent une empreinte chez le lecteur et modifient quelque chose dans sa vie parce qu’ils sont lus sérieusement, représentent probablement une minorité. Négliger nos habitudes de lecture, le choix de nos lectures, notre manière de lire, c’est négliger un aspect crucial de notre vie. […] " Nous ne lisons plus aujourd’hui les anciens, les auteurs traditionnels, classiques, parce que dans notre culture l’idée s’est enracinée qu’il faille tout réinventer : c’est un point de vue ignorant et stupide, comme si nous voulions faire en une seule personne la synthèse du génie des personnalités les plus marquantes de l’histoire et tout redécouvrir nous-mêmes. Non seulement ce n’est pas sérieux, mais encore c’est l’indice que la volonté de découvrir, d’inventer de grandes choses, des choses passionnantes, que la volonté d’innover n’est pas authentique. Rares sont les êtres ayant ressenti l’exaltation que procure la découverte, la vision, l’innovation. […] | |
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| " Ma conception n’est pas moderne, on la rejette souvent parce qu’elle paraît dogmatique et autoritaire à ceux qui veulent tout trouver par eux-mêmes. Je pense qu’il est primitif et stupide de ne pas tirer parti des enseignements du passé, des grandes réalisations engendrées par l’espèce humaine, de s’en priver au nom de l’indépendance et par dédain de tout ce qui fait autorité. " Et, juste après, Fromm va parler de l’esprit critique. N’oublions pas que l’ouvrage s’adresse particulièrement à des gens de la profession et qu’il s’agit de ce qu’il faut communiquer à la faveur d’une thérapie. Mais il est aussi question d’autre chose : du souci d’analyser et de comprendre les difficultés que traverse une personne qui souffre de cette névrose qui ressemble énormément à ce que j’appelle le burn-out, du reste. | ||
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Développer son esprit critique | |
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Dans son ouvrage, Erich Fromm rappelle que l’esprit critique joue un rôle important : " Il est essentiel d’apprendre à se forger des jugements critiques, l’esprit critique étant la seule arme préservant l’homme des dangers de la vie, sa seule défense. […] Développer son jugement critique signifie s'éveiller, comme s'éveille un enfant. L'enfant est beaucoup plus critique que l'adulte. […] | ||
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" L’esprit critique est une faculté spécifiquement humaine tandis que l’art de la manipulation, le savoir-faire pour obtenir quelque chose est une faculté que les chimpanzés maîtrisent à la perfection. " Alors, si vous êtes manipulateur, n’allez jamais considérer cela comme une valeur très importante : les singes en font autant. Et ce n’est pas tout : les chiens également sont des manipulateurs, ainsi que les chats. J’ai même à la maison, qui vient manger à la fenêtre tous les jours, un écureuil qui est un horrible manipulateur. Maurice qu’il s’appelle; il ne le sait pas, mais pour nous, c’est Maurice. Plus loin, Éric Fromm, ce curieux homme, cite Karl Marx. Ce qui n’est pas surprenant sous sa plume puisque Fromm était à la fois bouddhiste, ou, plus précisément, il adhérait à la philosophie bouddhiste, et marxiste. Voici cette citation de Marx que je trouve fort étonnante :
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| Se tenir éveillé, être à l’écoute de son corps | ||
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" La plupart des gens croient être éveillés alors qu’ils dorment à moitié, poursuit plus loin le psychanalyste. Ils ne sont en éveil que le temps de remplir les tâches quotidiennes de la vie. – Observez bien et vous allez voir à quel point c’est vrai. – […] Curieusement, on s’aperçoit qu’en examinant de plus près la vie des gens, qu’ils passent le plus clair de leur temps à somnoler et se contentent de vivre dans un état de demi-sommeil. Personne ne sait jamais rien, personne n’a d’idée de ce qu’il veut faire, ni des conséquences de ses actions – peut-être qu’il exagère un peu… | ||
| " Vouer à notre corps une attention particulière et recouvrir l’expérience corporelle est à mon sens essentiel... " | ||
| " Dans la mesure où ils ont affaire aux problèmes de leur existence humaine, les gens ignorent tout. Ils sont au point sur tout ce qui a trait aux affaires. Ils savent s’y prendre pour réussir, manipuler les autres et se manipuler eux-mêmes. Mais quand il s’agit de vivre, je pense que c’est encore peu de dire qu’ils somnolent ", de dire Éric Fromm, qui, à un moment, va traiter du narcissisme. " Vouer à notre corps une attention particulière et recouvrir l’expérience corporelle est à mon sens essentiel pour parvenir à une plus grande harmonie, à un décrispement de tout son corps, estime Fromm. J’arrive personnellement à mesurer mes états d’âme en observant la posture de mon corps. Mon maintien change à mesure qu’ils varient. Quand je ne me sens pas bien, mon maintien exprime la fatigue et je manque de tenue. " À propos de démarche, notre psychanalyste mentionne un truc qui me rappelle mon père parce qu’il avait, lui aussi, cette faculté de reconnaître intuitivement, sans l’avoir vu marcher, la démarche d’une personne à partir de l’usure de la semelle de ses chaussures. Puis, il en déduisait son caractère…
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18 février 2001/2e heure | ||
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