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L'accouchement Plaidoyer pour une naissance heureuse | ||||
| " Chaque année près de 130 millions d’enfants voient le jour dans le monde. Pour autant, tous n’ouvrent pas les yeux sur le même univers. Car le monde est, aujourd’hui, clairement divisé en deux. " Pendant que je vous ai lu cette phrase, déjà douze enfants sont nés. | ||||
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L'accouchement médicalisé | ||||
| CECCALDI,
Paula, CHATELAIN, Carole & SANSONETTI, Isabelle. " Naître dans le monde… ", Ça m'intéresse, N° 210, août 1998. | " Cette séparation, aujourd’hui très marquée, est récente, écrivent les trois auteures d'un article paru dans Ça m'intéresse en août 1998 : il y a à peine quarante ans, en 1950, les femmes accouchaient encore à domicile en Europe, aux États-Unis et au Japon, alors qu’on ne compte plus aujourd’hui qu’une naissance sur 1 000 à la maison! " | |||
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Il y a une exception et, bien sûr, et c’est le modèle hollandais que j’affectionne particulièrement : " Seule exception, poursuivent les auteures : les Pays-Bas, où 30 % des femmes accouchent encore chez elles avec une sage-femme. ‘ Contrairement aux autres pays développés, les Néerlandais n’ont jamais consenti à considérer la grossesse et l’accouchement comme des maladies, explique Yvonne Knibiehler, historienne et professeure à l'université de Provence. Ils ont voulu que la naissance conserve son caractère intime, familial et naturel. "
" Les futures mères découvrent ainsi la rigueur pasteurienne et ses rituels hygiénistes. Progressivement, elles prennent le chemin de l’hôpital et elles y seront définitivement poussées par la prise en charge de l'acte médical. " | ||||
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" Les femmes se sont retrouvées aux ordres, voire à la merci des médecins. "
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Dans cet article que j’ai sous les yeux, on rappelle que les femmes se sont retrouvées devant un fait : " Désormais, accoucher à l’hôpital devient la norme, au point où l’on tombe très vite dans l’excès inverse : les années du baby-boom, dans les années 1950, sont marquées par une mainmise totale du corps médical. ‘ Les femmes se sont retrouvées aux ordres, voire à la merci des médecins ’, affirme Yvonne Knibiehler. " On parle d’un certain mépris généralisé pour les souffrances et les désirs des parturientes. Je ne sais pas si c’était aussi pire qu’on le prétend, mais aujourd’hui, ça se passe mieux de ce côté-là – paraît-il… Les maternités d’avant-garde sont, évidemment, encore très marginales : comme l’accouchement dans l’eau, l’accouchement dans le silence, dans la pénombre, etc. | |||
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Les accouchements spectacles : train, avion, internet… | ||||
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Qu’arrive-t-il lorsque ça se produit dans le train, par exemple? On est souvent désarmé. " Le contrôleur fait généralement appel, par micro, à un éventuel médecin présent parmi les passagers. Il peut aussi décider de faire arrêter le train dans la gare la plus proche. " Il arrive que ça se passe dans l’avion. | |||
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Je me rappelle qu’à un moment ça accouchait partout…à la télévision, au cinéma, dans les documentaires, dans les romans. C’est incroyable le nombre de bébés qu’on a pu voir naître! | ||||
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| De notre nature mammalienne | |||
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" Aujourd’hui, dit Michel Odent, il m’arrive de résumer ainsi 25 années de recherche : ‘ J’ai appris que les êtres humains sont des mammifères. Tous les mammifères se cachent, s’isolent pour mettre au monde leur progéniture. Ils ont besoin d’intimité. Il en est de même pour les êtres humains. Il faut constamment se référer à ce besoin d’intimité. ’ " | ||||
" Il est de bon ton, parmi nombre d’intellectuels, d’appréhender le phénomène humain à partir de ce qui nous différencie du reste du monde animal, et d’ignorer la profondeur de nos racines. Et pourtant, bien des prises de conscience seraient moins réprimées, moins différées, si nous nous libérions de cette arrogance. […] " La redécouverte de nos racines animales apparaît comme nécessaire voire urgente, clame Michel Odent. L’accouchement n’est-il pas le propre des mammifères? Il existe depuis qu’un petit animal il y a quelque 200 millions d’années s’est développé dans le ventre de sa mère avant d’être mis au monde. " Pour mettre au monde leurs bébés, grâce au processus d’accouchement, les femelles des mammifères doivent sécréter un certain nombre d’hormones bien spécifiques. Les mêmes hormones sont mises en jeu lors de l’accouchement d’un être humain. Elles sont sécrétées par des structures primitives du cerveau que nous partageons avec tous les mammifères. Ces similarités devraient constituer un point de départ pour tout essai de compréhension du processus d’accouchement dans notre espèce. " " Or, il n’en est pas ainsi. C’est pourquoi un grand crédit a été donné à des attitudes qui reposent sur l’incompréhension fondamentale des processus physiologiques. " | ||||
| " Comprendre l’accouchement comme un processus involontaire […] conduit à rejeter l’idée reçue selon laquelle la femme peut apprendre à accoucher. " Michel Odent |
Puis, avec un peu d’ironie, l'auteur ajoute que : " c’est ainsi que des générations de femmes enceintes ont été ‘ préparées ’ à l’accouchement. Comprendre l’accouchement comme un processus involontaire, mettant en jeu des structures anciennes, primitives, mammaliennes du cerveau, conduit à rejeter l’idée reçue selon laquelle la femme peut apprendre à accoucher. Cette interprétation permet même d’admettre qu’on ne peut pas aider activement une femme à accoucher. On ne peut aider un processus involontaire; on peut seulement éviter de trop le perturber ", de conclure le docteur Odent. | |||
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Pour une " naissance différente " | ||||
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" Les pays qui, par leur taux de césariennes et l’acuité de leur crise médico-légale, ont atteint l’absurde, sont aussi, paradoxalement, les plus aptes aujourd’hui à une remise en cause radicale. " Michel Odent |
Comme il a beaucoup voyagé, pour ses recherches en particulier, Michel Odent raconte avoir " rencontré aux États-Unis des militantes pour une naissance différente qui jouent à leur façon un rôle d’éducatrice, sans se donner cette étiquette. L’histoire de l’une d’entre elles mérite d’être contée – je la trouve tout à fait charmante –. Lorsqu’elle était une petite fille, elle vivait dans la ferme de ses parents, dans le Dakota du Nord. Son père lui avait confié des responsabilités lors de la naissance des petits cochons, et lui avait donné cette leçon : " ‘ Ne te montre pas, passe inaperçue. Si la truie se sentait observée, l’accouchement serait plus long, plus difficile, plus dangereux et, après la naissance, la mère risquerait de se désintéresser de ses pourceaux, voire même d’être agressive. Cependant, tout en étant invisible, tâche de savoir ce qui se passe. En effet, les truies, après avoir mis au monde huit, dix bébés ou plus à la fois peuvent en négliger un, ou l'étouffer par inattention. Dans ces cas seulement il faut savoir intervenir. ’" Lorsque cette petite fille est devenue adulte, poursuit le Dr Odent, elle a eu des enfants. Elle s’est donc retrouvée dans un hôpital pour humains, sur une table, entourée d’experts qui lui disaient de pousser, de ne pas pousser, de respirer comme ceci ou comme cela. Elle a découvert que ces gens n’avaient rien compris à l’accouchement, et a pris conscience de la valeur de la leçon donnée par son père. C'est ainsi qu'elle a commencé à organiser des séminaires, des ateliers et des conférences pour faire changer les conditions de la naissance. " " Toutes ces éducatrices, de poursuivre Michel Odent indépendantes des professionnels, ont accumulé au cours des années un énorme potentiel critique et créatif, encore latent, inexploité. Les pays qui, par leur taux de césariennes et l’acuité de leur crise médico-légale, ont atteint l’absurde, sont aussi, paradoxalement, les plus aptes aujourd’hui à une remise en cause radicale. " Le taux de césariennes, comme vous le savez, est très élevé chez nous… | |||
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Le virage nécessaire | ||||
| J’effectue un petit montage à travers ce livre qui, soit dit en passant, est tout à fait remarquable. | " L’heure est venue de nous interroger sur les effets de l’environnement sur le déroulement de l’accouchement et le premier contact entre la mère et le bébé, fait observer le docteur Odent. L’heure est venue de poser des questions simples et nouvelles […] de préparer l’ère post-électronique. " | |||
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En général, les humains n’aiment pas qu’on parle d’eux comme des mammifères… |
Dans les conférences où il a été question de cet ouvrage, Votre bébé, le plus beau des mammifères, j’ai remarqué que, en général, les humains n’aiment pas qu’on parle d’eux comme des mammifères. Nous sommes tellement différents des animaux, n’est-ce pas? " Si le besoin d’intimité, le besoin de ne pas se sentir observée, contrôlée, avait été compris, les effets du monitoring auraient pu être prévus et le mirage électronique évité ", affirme le spécialiste.
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| Les effets de l'environnement sur la parturiente et le nouveau-né | ||||
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" Quels aspects de l’environnement peuvent inhiber la femme qui accouche, peuvent gêner le premier contact entre la mère et son bébé, peuvent gêner le début de l’allaitement? Telle est la question clef ", affirme le docteur Odent. | ||||
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M. Odent parle également de travaux significatifs dont ceux de Niles Newton de l’Université de Chicago, qui a consacré une partie de sa carrière, au cours des années 60, à l’étude des effets de l’environnement sur la naissance des mammifères. Son animal de prédilection était la souris. Niles Newton a cherché à analyser les facteurs qui peuvent rendre les accouchements plus longs, plus difficiles et plus dangereux. Bref, les facteurs qui empêchent l’accouchement de se dérouler de façon aisée, chez les mammifères. Par exemple, lorsque la femelle entre en travail dans un lieu qui ne lui est pas familier; ou le fait de se voir transporter d’un endroit à un autre pendant l’accouchement, ou alors de se retrouver dans une cage de verre, transparente, qui accroît les difficultés. " Façon élégante, dit Odent, de démontrer que les mammifères ont besoin de se cacher pour mettre au monde leur progéniture. Ils ont besoin d’intimité. " | ||||
| " Nous sommes des mammifères. Il faut rattraper le temps perdu par l’obsession des différences. " Michel Odent | " Lorsque je confronte les travaux de scientifiques comme ceux de Niles Newton avec ce que j’ai appris par l’expérience de l’accouchement chez les humains, tous les doutes disparaissent : nous sommes des mammifères. Il faut rattraper le temps perdu par obsession des différences. Nous ne devons pas avoir honte d’admettre que les autres mammifères peuvent nous aider à découvrir ce que nous avons oublié ", rappelle Michel Odent. Et si je puis me permettre d’ajouter ce détail : et d’accepter notre animalité, puisque 99,1 % ou un peu plus de nos gènes sont aussi des gènes de primates. Il ne faut pas oublier cela. " Et ce que les cultures humaines ont oublié ou veulent oublier, c’est le besoin d’intimité de la femme qui accouche et accueille son bébé. " | |||
| De la présence du père à l'accouchement | ||||
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Je suis de ceux qui, après une expérience personnelle qui n’a pas été très satisfaisante de ce point de vue-là, ont des doutes à propos de la présence des pères dans la salle d’accouchement. Je sais que ce que je suis en train de vous dire n’est pas très à la mode, mais c’est comme ça. Selon les études de Sam Janus à New York, " il y aurait un taux élevé d’impuissance sexuelle chez les hommes ayant participé à la naissance du bébé, explique Michel Odent. En fait, il s’agit d'un désintérêt pour leur propre femme – d'une des-érotisation de la relation. – Faut-il voir là un effet négatif, lorsqu’on sait que leur l'hormone prolactine, l'hormone de lactation, tend à réduire le désir sexuel chez les jeunes mères? " | ||||
| Un bon accoucheur : le vétérinaire… | ||||
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" Aujourd’hui, avec l’introduction de l’homme-médecin, la connotation masculine associée au mot technologie, la participation habituelle du père à l’accouchement, et la croyance que la femme ne peut pas accoucher sans assistance, nous avons atteint le point oméga dans la négation de l’intimité ", affirme le spécialiste. | |||
| L’idée, ce n’est pas d’être contre l’assistance dans le déroulement de l’accouchement, mais de mettre l’accent sur l’importance de l’intimité. " Une anecdote m’a fait prendre conscience de l’ironie de la situation actuelle. Dans une petite ville américaine, raconte Michel Odent, un groupe de femmes, activistes pour une réforme des conditions de la naissance – peut-être s’agit-il encore du Dakota, mais il ne le spécifie pas – explique qu’un médecin accoucheur local a une attitude bien plus ‘ humaine ’ que les autres. Il comprend que les femmes ont besoin d’intimité pour mettre au monde le bébé. Il sait s’effacer, baisser la lumière; il n’impose aucune position ou aucune façon de respirer; il n’écourte pas le contact de peau à peau entre la mère et son nouveau-né; il s’intéresse à l’allaitement maternel. Incidemment, et innocemment, une femme ajoute : ‘ Cet accoucheur plus humain que les autres est un ancien vétérinaire… ’ " | ||||
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| Par 4 chemins/ Le 5 novembre 2000/2e
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