Vivez Londres - Du 27 juillet au 12 août 2012

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Sport

Soccer, cirque, zipper (ou fermeture éclair) et fou du roi : c'est sur ces thèmes que les nageuses synchronisées canadiennes miseront à Londres pour renouer avec le podium. Le Canada, qui y était monté à tous les Jeux olympiques de 1984 à 2000, n'a récolté aucune médaille en 2004 ni en 2008.

C'est donc avec la ferme intention de rapporter au moins une médaille que le Canada s'en va à Londres. La tâche promet d'être ardue, étant donnée la compétition mondiale devenue particulièrement féroce au cours de la dernière décennie.

Les Canadiennes ont terminé au pied du podium à Pékin en équipe. Pour convaincre les juges internationaux qu'elles méritent une place parmi les trois meilleurs pays, elles devront frôler la perfection. Leurs plus grandes rivales sont les Russes, les Espagnoles et les Chinoises.

Pour le programme technique, l'équipe a choisi le thème du soccer. Dans la trame sonore, on retrouvera notamment des références à la foule et aux commentateurs, ainsi qu’aux grandes fanfares des stades de football américain.

Comme le soccer est presque une religion en Angleterre, les nageuses espèrent obtenir la faveur des spectateurs. Un programme qui soulève la foule a davantage de chances de plaire aux juges. La première impression pendant le programme technique est extrêmement importante, puisqu'elle compte pour 50 % de la note finale.

Pour le programme libre par équipe, les athlètes se métamorphoseront en artistes de cirque. Le montage musical de différentes pièces du Cirque du Soleil devrait susciter l'intérêt mondialement. Le Canada a misé gros sur sa préparation acrobatique en prévision des Jeux de Londres. Il a notamment retenu les services d’experts du groupe B2dix.

Cachottières et espionnes!

Globalement, la formation canadienne a joué le tout pour le tout sur le plan de la stratégie. Grâce à la médaille d'or obtenue en équipe et en duo aux Jeux panaméricains à Guadalajara, en octobre 2011, les nageuses ont pu éviter le tournoi de qualification olympique. Cachottières, elles n'ont participé à aucune compétition internationale en préparation pour les Jeux... laissant leurs rivales dans le noir. Impossible donc de plagier les mouvements originaux que nous promettent les Canadiennes.

À l'inverse, elles étaient bien visibles dans les estrades. Elles ne se sont pas cachées pour espionner les formations rivales. Leur entraîneuse-chef Julie Sauvé s'est aussi déplacée pour filmer les Chinoises et les Espagnoles. Les Canadiennes savent donc à quoi s'attendre… De leur côté, elles réservent la surprise au monde entier.

L'équipe olympique canadienne de nage synchronisée L'équipe olympique canadienne de nage synchronisée   ©Synchro Canada

Huit nageuses s’exécuteront dans l’épreuve par équipe, et une substitut les accompagnera à Londres. Le choix sera fait ces prochaines semaines parmi Marie-Pier Boudreau-Gagnon, de Rivière-du-Loup, Geneviève Bélanger, de Laval, Gabrielle Cardinal, de Saint-Lambert, Stéphanie Durocher, de Repentigny, Jo-Annie Fortin, de Montréal, Chloé Isaac, de Brossard, Stéphanie Leclair et Karine Thomas, de Gatineau, Tracy Little, de Pointe-Claire, Élise Marcotte, de L’Ancienne-Lorette, Valérie Welsh, de Saint-Nicholas, et Erin Wilson, de Toronto.

La meneuse Marie-Pier Boudreau Gagnon et sa partenaire Élise Marcotte

Marie-Pier Boudreau-Gagnon est reconnue pour son grand leadership au sein de la formation canadienne. Déjà présente à Pékin, elle donne l'exemple. Énergique, dynamique et enjouée, la nageuse de Rivière-du-Loup et sa meilleure amie Élise Marcotte représenteront le pays en duo et en équipe à Londres.

Marie-Pier Boudreau-Gagnon (gauche) et Élise Marcotte(droite) Marie-Pier Boudreau-Gagnon (gauche) et Élise Marcotte(droite)   ©AP Photo/Silvia Izquierdo

Elles s'illustreront sur le thème du « zipper » en duo technique... Un thème difficile à imaginer. Encore là, il faudra attendre la compétition pour se faire une idée, car le duo garde aussi ses programmes secrets. Il est plus facile d'envisager Marie-Pier et Élise en fou du roi, thématique retenue pour la performance dans le libre. Reconnues pour leur rapidité d'exécution et leur grande capacité technique, elles auront sans doute beaucoup de facilité à faire embarquer la foule dans leur programme à saveur comique et légère.

Dans l’histoire des Jeux olympiques, les nageuses synchronisées canadiennes ont remporté huit médailles : trois d’or, quatre d’argent et une de bronze.

La nage synchronisée est l’une des deux disciplines exclusivement pratiquées par les femmes, l’autre étant la gymnastique rythmique.

La discipline a connu un parcours étrange dans le programme olympique. Après l'intégration des épreuves en solo et en duo aux Jeux de Los Angeles en 1984, les responsables de ce sport ont dû accepter que seule l'épreuve par équipe soit présentée aux Jeux d'Atlanta en 1996.

Cette décision avait pour unique but de conserver un minimum de place pour ce sport, à une époque où les comités organisateurs des Jeux cherchaient à restreindre le nombre de disciplines et d'athlètes inscrits aux Jeux.

Par un effet boomerang, l'épreuve en duo est réapparue au programme des Jeux de Sydney aux côtés de l'épreuve par équipe.

Historique

La reconnaissance d'un sport dépend souvent des succès d'un athlète sur la scène internationale. Ce qui se fait dans l'ombre demeure souvent incognito. Au Québec, la nage synchronisée constitue l'exemple parfait de ce « syndrome de l'iceberg ». La partie visible capte toute l'attention et fait oublier que le volume immergé représente une masse bien plus importante.

Avant l'entrée en scène de Carolyn Waldo, des jumelles Vilagos et, surtout, de Sylvie Fréchette, bien peu de gens au Québec savaient que les programmes aquatiques étaient en fait un sport très bien organisé.

Les références à l'actrice Esther Williams et à ses films à grand déploiement du milieu du siècle ont renforcé la perception selon laquelle les ballets aquatiques avaient des affinités plus naturelles avec le monde du spectacle qu'avec celui du sport. Pourtant, les racines de la nage synchronisée sont d'un tout autre ordre.

En 1924, des Canadiennes qui suivaient des cours de sécurité aquatique pour obtenir leur brevet de sauveteur de la Royal Life Saving Society ont décidé de faire une démonstration de leurs habiletés aquatiques et athlétiques. L'enthousiasme a été tel qu'en moins d'un an, on a établi des règles pour définir ce nouveau sport et organiser les premières compétitions.

La popularité de la nage synchronisée n'a cessé de croître, particulièrement aux États-Unis. Sport de démonstration aux Jeux panaméricains de Buenos Aires en 1951 et aux Jeux olympiques d'Helsinki l'année suivante, la nage synchronisée a été récupérée par la Fédération internationale de natation amateur (FINA), qui lui a créé une division de compétition en 1954.

Forte de son statut de sport officiel des Jeux panaméricains à partir de l'édition de Mexico en 1955, la nage synchronisée a rencontré beaucoup de résistance dans le mouvement olympique. Elle a dû attendre les Jeux de Los Angeles, en 1984, pour voir ses épreuves en solo et en duo être insérées dans le programme officiel.

Au Québec, la nage synchronisée restera toujours marquée du sceau de Sylvie Fréchette. Médaillée d'or des Jeux du Commonwealth en 1986, elle a remporté, à une exception près, toutes les compétitions internationales auxquelles elle a participé de 1988 à 1992. Chemin faisant, elle a établi un record du monde en recevant sept notes parfaites de la part des juges aux Championnats du monde des sports aquatiques en 1991.

L'un des souvenirs les plus marquants de la carrière de Sylvie Fréchette demeurera la saga, longue de 16 mois, pour faire annuler par le Comité international olympique l'erreur commise par une juge brésilienne aux Jeux de Barcelone en 1992. Sa médaille d'argent a été officiellement remplacée par une médaille d'or le 15 décembre 1993. Deux ans et demi plus tard, elle a mené le Canada à une médaille d'argent dans la compétition par équipe des Jeux d'Atlanta. Elle a ensuite mis fin à sa carrière sportive.

D'Esther Williams à Sylvie Fréchette, la boucle est bouclée. La grande championne québécoise a notamment passé du temps à Las Vegas, où elle était une des responsables du spectacle Ô du Cirque du Soleil.

Les compétitions de natation, de nage synchronisée et de plongeon seront présentées dans un centre aquatique construit expressément pour les Jeux. Il pourra asseoir 17 500 spectateurs.

L’ensemble architectural impressionnant intègre un bassin de compétition de 50 m, un bassin de plongeon de 25 m, un bassin d'échauffement de 50 m et une aire d'échauffement sèche pour les plongeurs.

En raison de sa complexité, le toit du site a été l'un des plus grands défis d'ingénierie des travaux du Parc olympique. Sa structure squelettique repose sur seulement deux appuis en béton situés à l'extrémité nord du bâtiment et sur un mur porteur à l'extrémité sud. La charpente métallique de 3000 tonnes a d'abord été élevée sur des appuis temporaires avant d'être soulevée de 1,30 m d'un seul mouvement pour être placée sur ses appuis en béton définitifs.

Centre aquatique  ©AFP/ANTHONY CHARLTON