NEW YORK - Il aura fallu 113 jours d'arrêt de travail et un marathon de plus de 16 heures de négociations, mais la Ligue nationale et l'Association des joueurs ont finalement retrouvé leurs esprits.
Le lock-out qui paralyse la Ligue nationale de hockey (LNH) depuis le 16 septembre est sur le point de prendre fin. Une entente de principe entre les deux camps est intervenue dans la nuit de samedi à dimanche.
« Je suis ici pour vous annoncer que nous en sommes venus à une entente de principe sur une nouvelle convention collective, a dit le commissaire de la LNH, Gary Bettman, dans un point de presse improvisé un peu avant 6 h (HNE). On doit encore ratifier le tout, les gouverneurs et les joueurs doivent l'approuver. Nous ne pouvons pas nous avancer sur le calendrier ou la date du premier match. Mais nous vous reviendrons rapidement. »
On murmure que les camps préparatoires pourraient s'amorcer jeudi, si les propriétaires des 30 équipes et les quelque 700 joueurs ont le temps d'approuver l'entente d'ici là. On devine que les deux côtés souhaiteront que l'action reprenne le plus rapidement possible, car comme Bettman l'a lui-même déclaré avant les Fêtes, chaque jour gaspillé représente une perte de 18 à 20 millions de dollars pour la Ligue.
D'ailleurs, on était déjà en mode urgence à la sortie de la salle de conférence. Le défenseur des Bruins Andrew Ference ne prévoyait pas même se coucher avant de sauter dans un train vers Boston.
Lock-out terminé dans la LNH
Photo : PC/IAN BARRETT
Des relations à rebâtir
Déjà mise à mal par ce troisième arrêt de travail en 18 ans, l'image de la LNH n'aura au moins pas à subir ce qui lui aurait été fatal : une deuxième saison annulée, après 2004-2005.
Les deux clans sont tout de même conscients qu'ils doivent se réconcilier, avec des partisans ulcérés par ce conflit.
« On parlera aux partisans, c'est important », a reconnu un Bettman visiblement mal à l'aise de répondre à la question.
« On espère que d'ici quelques jours, les partisans pourront recommencer à regarder des joueurs patiner au lieu de nous deux », a ajouté le directeur de l'Association des joueurs, au sujet de lui-même et de Bettman.
Ces quelque quatre mois de conflit laisseront également des traces sur les relations entre les joueurs et leurs patrons. Mais en public, on n'insiste pas trop sur ces plaies.
« Est-ce que les joueurs vont en avoir [de l'amertume]? Oui. Mais moi, non, a mentionné l'ancien du Canadien Mathieu Darche. C'est une négociation, ce n'est rien de personnel contre Mathieu Darche. Les deux côtés veulent le meilleur deal. On va de l'avant, ça ne donne rien d'être rancunier. On risque d'avoir un bon moment de paix syndicale. On est prêt à ramener le hockey là où il doit être. »
Le nouveau héros
De Gary Bettman à Donald Fehr, en passant par Sidney Crosby, de nombreux acteurs étaient vus comme des joueurs d'impact dans ce conflit. Mais personne n'aurait parié sur Scot L. Beckenbaugh.
C'est pourtant ce médiateur fédéral américain qui a relancé le processus. Après 12 heures de médiation vendredi, après une session dans chaque clan samedi matin, Beckenbaugh a finalement signé l'exploit de ramener les joueurs et la LNH à la même table.
Scot L. Beckenbaugh alors qu'il était médiateur dans le conflit de la NBA, en octobre 2011
Photo : PC/Louis Lanzano
Des journalistes flânaient devant l'hôtel Sofitel (où séjournent les négociateurs de l'AJLNH) vers 13 h, quand ils ont vu Beckenbaugh arriver. Il semblait alors qu'il revenait pour s'adresser aux joueurs. Mais quelle ne fut pas la surprise générale de voir apparaître, deux minutes plus tard, Gary Bettman et Bill Daly au loin. Les négociations en face à face reprenaient pour la première fois depuis jeudi, et allaient prendre fin 16 h plus tard.
« Le médiateur a beaucoup aidé, a reconnu le défenseur Andrew Ference, membre du comité de négociation des joueurs. Les signes de progrès étaient visibles. Le médiateur se promenait rapidement entre les groupes, il n'y avait pas de longueur entre les réponses. On a plus accompli aujourd'hui qu'en six mois. Et je suis très sérieux! »
« Dès le début, quand on a commencé avec le médiateur, Don (Fehr) nous a dit qu'il était talentueux, a expliqué Darche. Ça a aidé, ça a rapproché les deux côtés. Personne ne voulait montrer son jeu, mais en passant par lui, on savait qu'on se rapprochait. Ça a aidé la confiance. Il a fait un très bon travail. »
Grâce notamment à Beckenbaugh, cette confiance a pu se transformer en entente.