| Biographie
de Saddam Hussein
Mise à jour le dimanche
14 décembre 2003
La capture de Saddam Hussein met fin à un
important chapitre de l'histoire de l'Irak marqué de
50 ans de luttes politiques, de répressions et de conflits
sanglants. L'homme à la barbe longue, aux cheveux ébouriffés
et à l'air fatigué qu'on a vu sur les images
de l'arrestation était naguère le chef d'un
régime qui dirigeait le pays d'une poigne de fer.
Saddam
Hussein a vu le jour le 28 avril 1937 dans la ville
de Tikrit, à 170 kilomètres de Bagdad. Fils
de paysans musulmans sunnites, il devient orphelin à
9 ans et est élevé de façon brutale par
son beau-père jusqu'à l'âge adulte. Son
éducation et sa scolarité se déroulent
dans la mouvance des luttes nationalistes arabes contre le
colonialisme britannique de l'époque.
En 1956, il adhère au parti socialiste arabe
Baas. Ce parti à tendance nationaliste prône
le panarabisme et l'affranchissement de la nation irakienne
des dominations monarchiques étrangères ou dictatoriales
qui se sont succédé à la tête de
l'État depuis la chute des Abbassides, en 1258.
En 1958, il est emprisonné après une
tentative avortée de renversement du gouvernement.
On l'accuse notamment d'avoir assassiné un représentant
de la monarchie dans la ville de Tikrit. Il est libéré
après son acquittement. La même année,
le général Abd al-Karim Kassem dirige un coup
d'État contre le régime monarchique irakien,
et proclame la république.
En 1959, alors qu'il est étudiant en droit,
Saddam Hussein participe à un attentat manqué
contre le général Kassem. Blessé, il
parvient à s'enfuir en Égypte, après
sa condamnation à mort par contumace, puis en Syrie.
Le 8 février 1963, les militants du
parti Baas renversent le gouvernement du général
Kassem. Saddam Hussein, qui poursuivait des études
de droit au Caire, revient en Irak et devient, à 26
ans, secrétaire général du parti. Le
18 novembre de la même année, la révolution
du Baas est renversée par Abdulasalam Arif, qui s'installe
au pouvoir et fait arrêter et éliminer plusieurs
têtes dirigeantes du parti Baas soupçonnées
de comploter contre lui. Saddam Hussein est arrêté
et emprisonné. Pendant ces années de détention,
il sera torturé et interrogé par la police du
régime en place.
En 1965, Saddam Hussein, toujours en prison, est élu
membre du commandement panarabe du parti Baas. Lentement,
il accroît son influence et dirige des coups d'éclat
tels que l'évasion de plusieurs membres du parti Baas,
après avoir gagné la sympathie des geôliers.
En 1966, il s'évade de prison et devient, la
même année, sous-secrétaire du commandement
régional du parti Baas. Il passe à la tête
d'une armée de révolutionnaires qui préparent
le renversement du gouvernement Arif.
Le matin du 17 juillet 1968, il déclenche son
plan de renversement et prend place sur le premier char d'une
colonne qui monte à l'assaut du palais présidentiel,
où le régime Arif vit ses dernières heures.
En 1969, il est élu constitutionnellement au
poste de sous-secrétaire du commandement régional
du parti Baas.
Son accession au pouvoir
Solidement
ancré dans les officines du nouveau pouvoir socialiste
irakien, Saddam Hussein profite de la santé chancelante
du président Ahmed Hassan al Bakr pour devenir, très
tôt, le véritable homme fort du pays.
Le 16 juillet 1979, Saddam Hussein est élu
secrétaire général du commandement régional
du Baas, président du Conseil de commandement de la
révolution (CCR) et président de la République.
Le nouveau maître de Bagdad instaure, dans les années
qui suivent, un régime autocratique policier et inquisiteur
chargé de protéger son régime de tous
ses ennemis, de l'intérieur comme de l'extérieur.
Afin d'assurer sa sécurité personnelle, Saddam
Hussein se dote d'une garde prétorienne de 150 000
jeunes soldats fanatisés, dont les officiers se rapportent
directement à lui.
À peine arrivé au pouvoir, il organise une
purge sanglante au sein du parti. Une vingtaine d'officiers
supérieurs, des membres du Baas, des syndicalistes
et plus de 450 opposants au régime seront exécutés
cette année-là.
Sur le plan économique, la stabilité apportée
par le régime Hussein et les richesses pétrolières
du pays permettent une modernisation rapide des infrastructures
et un développement économique qui font de l'Irak
un État riche, puissant et moderne.
La guerre Iran-Irak
En
1980, les relations s'embrasent entre l'Iran et l'Irak.
Réclamant la souveraineté irakienne sur le Chatt
al-Arab et le Khuzestan, Saddam Hussein lance ses troupes
contre l'Iran. Les motifs de cette attaque sont multiples
et dépassent largement les questions de souveraineté
territoriale.
- D'abord, en plus de s'emparer des riches gisements de pétrole
du sud de l'Iran, Saddam Hussein compte accroître son
influence dans le golfe Persique, où transitent chaque
année des millions de tonnes de pétrole.
- De plus, lancer une guerre contre l'Iran permet de se
débarrasser du régime islamiste de l'ayatollah
Khomeyni, qui constitue une menace idéologique et politique
non seulement pour Bagdad, mais également pour Washington
et Moscou. L'administration de Ronald Reagan soutient d'ailleurs
ouvertement Bagdad dans cette guerre.
Rapidement, le conflit s'internationalise. Cette guerre,
que les Irakiens prévoyaient courte, s'avère
plutôt longue et très meurtrière. Devant
la résistance acharnée des Iraniens, Bagdad
propose un cessez-le-feu en 1982. Téhéran refuse,
et le conflit s'enlise davantage.
Le 20 décembre 1983, Donald Rumsfeld, envoyé
spécial de Ronald Reagan, serre la main de Saddam Hussein
à Bagdad. Il appuie ainsi l'Irak dans le conflit avec
l'Iran, l'administration Reagan ayant décidé
qu'une victoire iranienne ne servirait pas les intérêts
des États-Unis. En février 1982, le département
d'État avait d'ailleurs retiré l'Irak de la
liste des États soutenant le terrorisme.
Pendant la guerre avec l'Iran, l'Irak a recours à
plusieurs reprises à de puissants gaz de combat, non
seulement contre les Iraniens, mais également contre
des minorités kurdes irakiennes, dont les luttes d'indépendance
gênaient Bagdad. De part et d'autre de la frontière
Iran-Irak, les victimes des gaz irakiens se comptent par milliers.
En 1988, un cessez-le-feu intervient entre l'Irak
et l'Iran. La paix est rétablie entre les deux pays,
mais le conflit laisse derrière lui les corps de 700 000
personnes, dont 300 000 Irakiens. Bagdad en sort également
criblé de dettes.
La guerre du Golfe
En
août 1990, Saddam Hussein déclare que
l'émirat pétrolier du Koweït est une terre
dont la souveraineté revient historiquement à
l'Irak. Le dictateur ordonne l'invasion et l'annexion du Koweït,
invoquant notamment les dettes impayées par son voisin
du sud, protégé lors de la guerre contre l'Iran.
L'ONU intervient et pose un ultimatum à l'Irak, l'enjoignant
de se retirer immédiatement du Koweït. Saddam
Hussein fait la sourde oreille.
Au début de l'année 1991, une coalition
internationale, dirigée par les États-Unis,
attaque simultanément l'Irak et le Koweït. Rapidement,
les troupes coalisées reprennent le Koweït et
ébranlent fortement le régime irakien. Mais
le président George Bush n'ordonne pas le coup de grâce
contre le régime irakien, et Saddam Hussein tient le
coup. Au départ des forces de la coalition, il conserve
les rênes du pouvoir et réprime violemment les
populations kurdes et chiites qui se sont soulevées
aux côtés des militaires de la coalition internationale.
Deux zones d'exclusion aérienne sont décrétées
par les États-Unis et la Grande-Bretagne, l'une au
nord du pays et l'autre au sud, afin de protéger les
minorités victimes de la répression de Bagdad.
Des zones d'exclusion, faut-il préciser, jamais reconnues
par les Nations unies. Toutefois, l'ONU décrète
un sévère embargo économique contre l'Irak
afin de précipiter la fin du régime baasiste.
Au Kurdistan, plus de 5000 villages sont rayés de la
carte, et 100 000 personnes sont torturées et
tuées par la garde républicaine de Saddam Hussein.
En 1994, le gouvernement irakien reconnaît l'indépendance
du Koweït. L'embargo économique est toutefois
maintenu par l'ONU.
Une
grave crise politique intérieure secoue le gouvernement
de Saddam Hussein en 1995, et les pressions internationales
s'accentuent. Le dictateur réplique en organisant un
référendum populaire, par lequel il justifie
son maintien à la tête de l'État. En effet,
selon Bagdad, le dictateur n'aurait récolté
rien de moins que 99,6 % des voix lors de l'exercice.
Un résultat qui a suscité de nombreux doutes
au sein de la communauté internationale.
À partir de 1998, l'Irak est régulièrement
bombardé par les forces aériennes américaines
et britanniques, qui arguent que l'Irak ne respecte pas les
zones d'exclusion aérienne décrétées
dans le nord et le sud du pays. Saddam Hussein poursuit une
politique de défi à l'égard de la communauté
internationale, qui maintient son embargo économique
sur le pays. Celui-ci entraîne de graves famines chez
la population irakienne, victime de l'orgueil et de l'arrogance
de son chef, que l'on soupçonne de détourner
l'aide humanitaire à des fins politiques et militaristes.
Souffre-douleur de Washington ou
grand architecte du mal?
Au lendemain des attentats terroristes du 11
septembre 2001 contre le World Trade Center à
New York, et le Pentagone à Washington, l'Irak est
désigné par le gouvernement américain
comme un dangereux ennemi de l'Occident, un pays faisant partie
de « l'axe du mal » et soupçonné
de développer, en collaboration avec des groupes terroristes
internationaux, des armes de destruction massive.
Menacé par les États-Unis d'une nouvelle guerre
dont le but serait cette fois d'anéantir son régime,
Saddam Hussein se plie à la volonté de l'ONU
et accepte que des inspecteurs reviennent dans son pays afin
de chercher les armes de destruction massive que Washington
l'accuse de détenir. Il a beau affirmer que son pays
ne possède plus de telles armes depuis longtemps, rien
n'y fait. La logique de guerre de Washington semble bien engagée.
À l'automne 2002, la pression internationale,
particulièrement celle des États-Unis, pèse
très lourd sur le régime de Saddam Hussein.
De partout, les accusations fusent contre le dictateur, qu'on
accuse de tyranniser son peuple et de consacrer les minces
ressources financières du pays au maintien de son régime
et à l'achat d'armements.
Rapidement,
Saddam Hussein réagit aux déclarations de Washington
voulant que le peuple irakien n'attende qu'une occasion pour
se débarrasser de lui. Il donne alors des entrevues
au réseau britannique Channel 4 et à la chaîne
américaine CBS en février 2003. Les deux fois,
il dément que son régime ait un quelconque lien
avec le réseau terroriste Al-Qaïda, et réitère
que son pays ne possède plus d'armes de destructions
massives. « Ces armes ne sont pas de petites pilules
que vous pouvez cacher dans votre poche, dit-il. [
]
Il est facile de déterminer si l'Irak en détient
ou pas. »
Au Conseil de sécurité de l'ONU, le bras de
fer entre Washington et Londres d'un côté, et
Paris et Berlin de l'autre, ne se résout pas. Le processus
diplomatique s'embourbe, le chef des inspecteurs de l'ONU,
Hans Blix, remet des rapports qui soulèvent quelques
questions encore laissées sans réponse, mais
salue la coopération active de Bagdad et soutient que
rien ne peut justifier un recours à la force.
Alors
que les militaires américains et britanniques se comptent
par dizaines de milliers dans le golfe Persique, Saddam Hussein
s'accroche au pouvoir et fait appel à la solidarité
de ses voisins arabes contre l'invasion américaine
annoncée. N'ayant aucunement l'intention de céder
face aux Américains, qu'il compare aux hordes mongoles
qui ont envahi Bagdad au 13e siècle, le président
irakien ordonne à son peuple de défendre le
territoire irakien coûte que coûte.
Il sera la cible avouée du premier raid américain
de la guerre contre l'Irak, le 20 mars 2003, et son sort restera
incertain jusqu'à sa capture, le 13 décembre
2003. Saddam Hussein, 66 ans, devrait maintenant être
jugé pour crimes de guerre.
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