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  Dossier: Guerre en Irak
 
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« Il a dit, en anglais:
“Je suis Saddam Hussein,
je suis le président de l'Irak, et je veux négocier.” »

— Le commandant Brian Reed, de la 1re Brigade de la 4e Division d'Infanterie


   

Analyse et enjeux
Mise à jour le dimanche 14 décembre 2003

Avec l'enlisement des forces américaines en Irak, victimes d'attaques meurtrières quotidiennes depuis la fin des combats majeurs, le 1er mai 2003, la capture de Saddam Hussein apparaît évidemment comme une excellente nouvelle pour Washington et Londres. C'est aussi, disent les analystes, un événement qui devrait accélérer le transfert du pouvoir aux Irakiens vers un régime démocratique et de droit.

Selon Sami Aoun, professeur de sciences politiques à l'Université de Sherbrooke, la stature de Saddam Hussein est autrement plus importante que celle de ses deux fils, tués le 22 juillet dans un raid américain à Mossoul. « Il faut s'attendre à ce que la résistance la plus fidèle à Saddam batte en retraite ou réduise ses attaques de façon substantielle. »

Sami Aoun estime également que les États-Unis doivent profiter de ce moment historique pour donner plus de pouvoir au peuple irakien. « Il y a une pression possible sur le plan politique de la part des chiites (majoritaires dans le pays), qui deviendront de plus en plus exigeants envers les Américains. Ils veulent jouer un rôle important dans le prochain régime. » Dans ce « laboratoire démocratique », il faudra, explique-il, composer avec la mosaïque culturelle du pays et respecter sa diversité pour obtenir un régime accepté.

Jocelyn Coulon, chercheur et auteur, doute toutefois de l'instauration, à court terme, d'un régime démocratique en Irak. « Je ne suis pas très positif, parce qu'il n'y a pas de culture démocratique. Les Irakiens seront avant tout à la recherche d'un homme fort, qui ne sera toutefois pas aussi tyrannique que Saddam Hussein, pour les diriger. »

De plus, il croit que l'accroissement du rôle de l'ONU et de la communauté internationale dans l'après-Saddam, demandé par plusieurs pays, ne figure toujours qu'au rang de possibilité.

Juger Saddam en Irak

Sami Aoun considère qu'il est préférable de juger Saddam Hussein en Irak, par un tribunal irakien. « Pour montrer que les Irakiens ne fonctionnent pas sur une vendetta, dit-il. Mais cela devrait prendre du temps, parce que Saddam pourrait profiter de cette tribune pour dénoncer des complices arabes ou autres dans sa guerre contre l'Iran. Il sera sans doute préférable de ne pas lui donner un droit de parole sans encadrement. »

Selon lui, les images du raïs, exténué et défaitiste, en disent long sur l'état d'esprit de Saddam Hussein. « Il sait qu'il est un cadavre politique. Il n'a pas eu le temps de s'éliminer lui-même, à moins qu'il n'envisage de reprendre la bataille sur le front médiatique. »

Une saveur électorale

Pour George W. Bush, déjà en campagne préélectorale en vue de sa réélection en novembre 2004, le dossier irakien devenait un boulet dans l'opinion publique, où les sondages le montraient en constante chute. Ce coup d'éclat pourrait lui permettre de s'affirmer à nouveau, devant ceux qui critiquent la stratégie américaine en Irak. Néanmoins, le président a bien pris soin de préciser que rien n'était gagné en Irak, préparant les Américains à d'autres pertes de soldats.

Reste à savoir si Tony Blair profitera lui aussi de la capture de Saddam Hussein. Le premier ministre britannique, malmené par les médias et dans les sondages pour son engagement sans détour dans la guerre contre l'Irak, a été le premier dirigeant occidental à confirmer la capture de Saddam Hussein.
Mais le véritable test qui l'attend risque d'être le rapport de Lord Hutton sur la mort du scientifique David Kelly, qui doit être déposé en janvier. Principale source d'un reportage de la BBC alléguant que le gouvernement britannique avait « gonflé » son dossier sur les armes de destruction massive en Irak, M. Kelly se serait suicidé sous la pression de ses aveux.

Notre dossier sur l'affaire David Kelly

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