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Le point de vue des États-Unis
(Dernière mise à jour : mars 2003)
Depuis
la guerre du Golfe, en 1991, Saddam Hussein est l'ennemi juré
de Washington. D'abord qualifié d'« État voyou »,
l'Irak s'est vu désigné par le président George
W. Bush, dans la foulée de la guerre antiterroriste
qui a suivi les événements du 11 septembre 2001, comme membre
de l'« axe du mal »,
aux côtés de la Corée du Nord et de l'Iran. En juillet 2002,
le dirigeant américain a fait part de sa détermination à renverser
le gouvernement irakien, affirmant que son pays utiliserait
« tous les moyens
à sa disposition » pour chasser Saddam Hussein
du pouvoir.
Mais l'administration Bush a dû accepter de négocier pendant
plusieurs semaines son projet de résolution enjoignant l'Irak
de désarmer. L'acceptation par l'Irak de la résolution 1441,
qui menace Bagdad de « conséquences
graves » en cas de non-respect de ses engagements,
a sans doute surpris Washington, mais n'a pas entamé la détermination
des « faucons ».
N'abandonnant pas son discours agressif et menaçant,
George Bush a ordonné le déploiement de soldats américains
dans le golfe Persique avant même que les inspecteurs ne remettent
leur premier rapport préliminaire. « Nous
tenons pour un fait acquis qu'il y a des armes là-bas,
a encore déclaré le 9 janvier Ari Fleisher, porte-parole
du président des États-Unis. Le fait que les inspections
n'aient pas permis de mettre la main sur du matériel prohibé
n'entame en rien cette conviction. » Pour
sa part, le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, a affirmé :
« L'absence de preuve n'est pas
une preuve d'absence d'armes ».
La nouvelle stratégie de sécurité nationale
qui parle « d'opérations
préventives » présentée le 20 septembre
2002 par George Bush prévoit que les États-Unis pourront désormais
intervenir seuls. Fort de l'appui que lui a accordé le Congrès
et conforté par une victoire aux élections législatives, le
président a sans doute pensé que le plus dur était fait. Mais
devant la montée de l'opposition à une guerre entre les États-Unis
et l'Irak, y compris en Occident, il commence à montrer moins
d'empressement pour une guerre en solitaire.
Lors de son discours annuel sur l'état de l'Union,
le mardi 28 janvier, George Bush a même évoqué
une intervention conjointe en Irak : « Si
Saddam Hussein ne désarme pas complètement,
nous dirigerons une coalition pour le désarmer ».
Il a également accéléré le calendrier
mis en place par les Nations unies dans la crise irakienne.
George Bush a réclamé une réunion du
Conseil de sécurité de l'ONU le 5 février,
promettant d'y présenter des preuves sur l'armement
illicite irakien.
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Colin Powell devant le Conseil de
sécurité
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Le 5 février 2003, le secrétaire
d'État américain Colin Powell est donc venu
présenter les preuves américaines devant le
Conseil de sécurité des Nations unies. Il a
voulu démontrer que Bagdad avait mis en place un système
destiné à dissimuler ses armes de destruction
massive aux inspecteurs de l'ONU.
Il a fait entendre deux bandes sonores incriminant des interlocuteurs
irakiens, et a présenté des photos satellites.
Il a également affirmé que l'Irak utilisait
ses services de renseignements pour espionner les inspecteurs.
Colin Powell a aussi divulgué une liste de violations
présumées des résolutions de l'ONU par
Bagdad. Il a aussi affirmé que le régime irakien
entretenait des liens avec des organisations terroristes,
dont le réseau Al-Qaeda.
Le 24 février 2003, les États-unis,
soutenus par la Grande-Bretagne et l'Espagne, ont déposé
un projet de nouvelle résolution sur l'Irak au Conseil
de sécurité de l'ONU. Ils y dénonçaient
« la violation patente » de ses obligations
par Bagdad, et affirmaient que le gouvernement irakien n'a
pas « saisi la dernière possibilité
qui lui était offerte » de désarmer.
Ce projet, qui ouvrait la voie à une intervention militaire
en Irak, a été contré par un mémorandum
signé par la France, l'Allemagne et la Russie, avec
le soutien de la Chine. Les quatre pays plaidaient pour un
renforcement des inspections comme alternative à la
guerre. La seconde résolution présentée
par les États-Unis était donc en mauvaise posture.
Les membres non permanents du Conseil de sécurité
ne s'étaient pas non plus décidés en
sa faveur en nombre suffisant. Les États-Unis ont donc
décidé de se passer du vote de la seconde résolution
et ont déclenché les hostilités en Irak,
appuyés par plusieurs pays, dans la nuit du 19 au 20
mars 2003.
RÉSOLUTION DU CONGRÈS
DES ÉTATS-UNIS
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La résolution adoptée par le Congrès
autorise George W. Bush à « utiliser
les forces armées des États-Unis comme il l'estime
nécessaire et approprié » pour :
- défendre la sécurité nationale contre la
menace irakienne;
- faire respecter toutes les résolutions appropriées
du Conseil de sécurité de l'ONU ayant trait
à l'Irak.
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Le texte invite le président à poursuivre
ses efforts auprès de l'ONU afin d'obtenir le
désarmement de l'Irak avant de recourir à la force. |
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Si le président décide de recourir à la force,
il doit en informer le Congrès « si
possible » 48 heures après avoir
pris cette décision, et lui démontrer que la
diplomatie a échoué.
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Dans l'éventualité d'une campagne
militaire en Irak, le président doit, tous les
60 jours, informer les membres du Congrès
de ses développements. |
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Enfin, à la fin des actions militaires,
le président doit informer le Congrès des plans
de reconstruction de l'Irak et de maintien de
la paix dans ce pays. |
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Les
« hommes » du président
L'administration républicaine ne
marche pas d'un même pas. Ce n'est d'ailleurs pas la première
fois que les proches conseillers de George W. Bush affichent
des divisions en matière de politique étrangère. Les « faucons »
du clan Bush semblent en voie d'imposer leurs vues, et plusieurs
observateurs pensent qu'une opération militaire en Irak est
désormais quasi inévitable.
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QUELQUES « FAUCONS »...
Convaincus
de l'inefficacité des inspections, les faucons affirment
que les tentatives visant à contrôler Saddam Hussein
ont été un échec. Leur but est donc la chute du régime
irakien. Ils préconisent une action rapide et préventive,
quitte à la mener unilatéralement. Ils minimisent les
effets négatifs que pourrait entraîner une guerre. Ce
camp est également perçu comme étant pro-israélien.
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Richard
Cheney, vice-président
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« Un retour des inspecteurs
ne fournirait aucune garantie que Saddam Hussein
obéit aux résolutions de l'ONU. »
- 26 août 2002
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« Susciter l'unanimité
importe moins que de prendre les bonnes décisions. »
« Nous
avons ce que nous considérons comme des
preuves crédibles selon lesquelles des
dirigeants d'Al-Qaeda ont cherché à
établir des contacts en Irak, qui pourraient
les aider à se doter d'armes de destruction
massive. »
- 26 septembre 2002 |
Donald
Rumsfeld,
secrétaire à la Défense
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Paul
Wolfovitz, secrétaire adjoint à la Défense
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« [Un régime comme celui
de Saddam Hussein] qui est hostile aux États-Unis,
qui soutient le terrorisme, qui a des armes de
destruction massive et qui développe d'autres
armes de destruction massive constitue un danger
avec lequel nous ne pouvons pas vivre indéfiniment. »
- 17 juillet 2002
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« Si on le laisse faire
comme bon lui semble, [Saddam Hussein] fera de grands
ravages sur sa propre population, sur ses voisins
et, s'il obtient des armes de destruction massive
et les moyens pour les utiliser, sur nous tous. » |
Condoleezza
Rice, conseillère à la sécurité nationale
énéralement dans le
camp des faucons, elle est restée discrète sur
la question irakienne plus longtemps que ses collègues.
Ses propos démontrent qu'elle s'est cependant
rangée derrière les partisans d'une campagne militaire.
À ses yeux, la menace posée par Saddam Hussein
plaide en faveur d'un changement de régime.
« L'Irak a clairement
des liens avec le terrorisme, y compris avec Al-Qaeda »,
a-t-elle affirmé en septembre 2002.
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... ET UN « PRAGMATIQUE »
Le clan des républicains « modérés »,
dirigé par Colin Powell, n'est pas pour autant
composé de colombes opposées à
la guerre. Privilégiant avant tout une reprise
des inspections et l'endiguement de Saddam Hussein,
ils croient que la diplomatie doit précéder
la force. Ils recherchent l'appui de la communauté
internationale, y compris des pays arabes, et préfèrent
attendre le moment opportun avant de lancer une attaque.
Ironiquement, leur approche obtient l'approbation de
plusieurs militaires.

« L'Irak
a violé de nombreuses résolutions
de l'ONU au cours des 11 dernières années.
Comme première étape, voyons ce que
les inspecteurs y trouveront. »
- 3 septembre 2002 |
Colin
Powell, secrétaire d'État
« modéré »
« »
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APPELS À LA PRUDENCE
D'anciens politiciens et diplomates
républicains et démocrates, de même que d'anciens généraux,
ont fait entendre leurs voix pour inciter le clan Bush à
la prudence. Les uns affirment que la priorité devrait être
accordée à la lutte contre le terrorisme et le réseau Al-Qaeda,
ou font valoir les risques de déstabilisation de la région.
Les autres s'opposent à une action unilatérale ou invoquent
la nécessité de planifier soigneusement les actions à entreprendre.
Plusieurs militaires font notamment valoir que la guerre
ne devrait être qu'un dernier recours.
Au sein de la classe politique :
Edward Kennedy, sénateur
démocrate du Massachusetts.
Al Gore, vice-président dans l'administration
démocrate de Bill Clinton et candidat à la
présidence aux dernières élections.
Madeleine Albright, secrétaire d'État
de Bill Clinton.
Brent Scowcroft, ancien conseiller pour la Sécurité
nationale des présidents républicains Gerald Ford et George
Bush père, et principal stratège américain pendant la guerre
du Golfe.
James Baker, ancien secrétaire d'État de George Bush
père.
Henry Kissinger, ancien secrétaire d'État des
présidents républicains Richard Nixon et Gerald Ford.
Au sein de la classe militaire :
Anthony Zinni, ancien commandant
en chef pour la zone Centre et envoyé spécial américain
au Proche-Orient.
Norman Schwartzkopf, ancien commandant en chef pour
la zone Centre pendant la guerre du Golfe.
Wesley Clark, ancien commandant en chef des forces
de l'OTAN pendant la guerre au Kosovo, en 1999.
« La guerre
devrait être le dernier recours, pas la première
réponse. »
Edward
Kennedy, sénateur démocrate du Massachusetts
(septembre 2002)
« Nous ne devrions
pas nous tourner vers une action militaire tant que nous
n'aurons pas épuisé toutes les pistes du processus
diplomatique en cours. »
Henry Kissinger,
secrétaire d'État des présidents Richard Nixon
et Gerald Ford (26 septembre 2002)
« Dans la mesure
où nous nous préoccupons du soutien international,
pour sa valeur politique ou matérielle, accélérer le processus
s'avérera coûteux. »
Al Gore, vice-président
dans l'administration Clinton (23 septembre 2002)
« On
voit l'administration Bush utiliser son pouvoir pour contraindre,
soudoyer, menacer les pays afin d'être soutenue dans sa
guerre contre l'Irak. Nous arriverons peut-être à nous débarrasser
de Saddam Hussein, mais nous perdrons la guerre.
Celle au terrorisme, la guerre sur la façon dont le monde
nous voit. »
Scott Ritter, ancien inspecteur de l'UNSCOM et ancien officier
des renseignements du corps des Marines

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