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Le point de vue des pays voisins
(Dernière mise à jour : mars 2003)

Hormis quelques exceptions, les voisins de l'Irak s'opposent à toute agression envers l'Irak. Ils l'ont rappelé lors du Sommet de la Ligue arabe, réunissant 22 pays, qui s'est tenu en mars 2003, tout juste avant la guerre. Souvent aux prises avec des populations antiaméricaines, les pays arabes clament que la crise israélo-palestinienne est le problème le plus pressant à régler. Pour beaucoup de ces pays, en effet, l'intervention américaine en Irak n'a d'autre but que la prise de contrôle des réserves pétrolières du pays.

Même si le président de l'Irak compte très peu d'amis dans la région, les dirigeants arabes ne souhaitaient pas nécessairement la chute de son régime, autoritaire, mais laïc. La décision unilatérale de Londres et Washington de renverser par la force le régime de Saddam Hussein bouleverse non seulement l'équilibre des forces dans la région du Golfe, mais elle est de plus perçue dans plusieurs populations du Golfe comme une invasion, voire une provocation envers le monde musulman. Depuis le début de la campagne britanno-américaine, la fureur des foule exaltée n'a cessé de croître dans les pays limitrophes.

De plus, la majorité des régimes politiques entourant l'Irak étant des monarchies ou des régimes à tradition autoritaires, l'implantation d'une démocratie à l'américaine en Irak constitue carrément une menace pour des pays comme la Syrie, de l'Arabie saoudite ou l'Iran. Également, l'idée d'un Irak où la majorité chiite prendrait le pouvoir, comme en Iran, ajoute davantage aux craintes des dirigeants de ces pays majoritairement sunnites.

Une chose est certaine, l'invasion unilatérale de l'Irak par les États-Unis et la Grande-Bretagne crée un climat de confrontation dans la région où de plus en plus des musulmans se mobilisent pour aller combattre aux côtés des Irakiens. En font foi les avertissements servis à l'Iran et la Syrie par le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, voulant que tout acte de collaboration ou de support à l'égard du régime de Saddam Hussein serait perçu comme un acte hostile à l'endroit de l'Amérique. Une déclaration qui n'a en rien apaisée la fureur populaire anti-américaine dans ces pays et qui, au contraire, a agravé des relations déjà difficiles avec ces deux pays jusqu'ici neutres dans cette crise.


Afghanistan : En pleine reconstruction après avoir subi l'intervention américaine qui a chassé les talibans du pouvoir en 2002, l'Afghanistan estime qu'une « crise majeure dans cette région du monde est trop proche pour ne pas être gênante ». Les autorités afghanes craignent en effet que leurs voisins, l'Iran et le Pakistan, soient touchés par le conflit en Irak, ce qui aurait des répercussions sur leur pays.

Kaboul redoute également que le départ des forces américaines postées en Afghanistan pour l'Irak ne fragilise la défense du nouveau gouvernement installé par les Américains et déjà en position inconfortable face aux chefs de guerre afghans qui refusent de s'y soumettre.


Arabie Saoudite : L'Arabie Saoudite a vu son statut de grande alliée des États-Unis terriblement terni quand on a découvert que 15 des 19 pirates de l'air du 11 septembre 2001 étaient des ressortissants de ce pays. Après avoir fermement refusé que son territoire serve de base pour une intervention militaire contre l'Irak, Riyad s'est montré, au fil du temps, moins catégorique. Chose certaine, l'Arabie Saoudite ne jouera pas le rôle crucial qu'elle a joué en 1991, lors de la guerre du Golfe, et ses troupes resteront en territoire saoudien.

Piégée entre le sentiment antisaoudien observé États-Unis depuis les attentats de septembre 2001, et une opinion publique farouchement anti-américaine, l'Arabie Saoudite a préconisé, jusqu'à la dernière minute, une solution politique à la crise.


Bahreïn : Base de la cinquième flotte navale américaine, Bahreïn est un allié important de Washington dans la région du golfe Persique. Le roi s'oppose cependant à toute action militaire menée unilatéralement en Irak par les États-Unis. Bahreïn a participé à la guerre du Golfe de 1991, fournissant troupes militaires et aménagements portuaires. Le commandement central américain y dispose actuellement de forces aéronavales. C'est également là qu'est situé le commandement des opérations navales pour les opérations menées en Afghanistan. Dans la population bahreïnie, la grogne contre l'intervention américaine en Irak est très palpable. Les Bahreïnis n'apprécient visiblement pas que leur pays serve de base à une invasion de l'Irak.


Égypte : Conscient que son opinion publique est particulièrement hostile à une guerre contre l'Irak, le président Hosni Moubarak n'en oublie pas pour autant les trois milliards de dollars américains en aide militaire que lui versent annuellement les États-Unis. Le Caire a d'ailleurs informé Washington qu'une intervention militaire en Irak serait très dommageable à son économie, déjà chancelante. Entre six et huit milliards de dollars de revenus seraient perdus (tourisme, exportations et activités du canal de Suez). Sans compter que les exportations égyptiennes vers l'Irak s'élèvent à 1,7 milliard de dollars américains, selon Le Caire. Par ailleurs, sur le million d'Égyptiens qui travaillaient en Irak avant 1991, il en restait toujours la moitié récemment. La majorité de ces travailleurs semblent avoir été rapatriés avant de déclenchement des hostilités en Irak.



Iran : Moins d'une semaine après le début de la campagne anglo-américaine en Irak, les États-Unis ont servi une mise en garde à l'Iran par la voix du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, que toute aide apportée par l'Iran aux combattants irakiens serait perçue comme un geste hostile à l'égard des États-Unis. Bien que Saddam Hussein ne soit pas un ami des autorités iraniennes (les souvenirs de la guerre meurtrière que se sont livrée les deux pays entre 1980 et 1989 sont encore vifs), Téhéran n'approuve pas le projet américain de renverser Saddam Hussein. C'est que Téhéran ne voit pas d'un très bon œil la perspective que des forces militaires américaines soient désormais basées en permanence à sa frontière. De plus, placé dans les pays de « l'axe du mal » par George W. Bush, les Iraniens ont le sentiment qu'ils pourraient très bien être le prochain régime à abattre sur la liste de Washington.

Un renversement du régime de Saddam Hussein présenterait toutefois des perspectives intéressantes pour Téhéran. Alors que les sunnites, minoritaires en Irak, monopolisent, au détriment des chiites, majoritaires, les postes du gouvernement, de l'administration et de l'armée. Si, comme l'affirment les États-Unis, une intervention militaire permettait d'instaurer la démocratie en Irak, les chiites pourraient ainsi prendre une place proportionnelle à leur poids démographique dans les nouvelles institutions du pays. Ce qui rapprocherait peut-être Téhéran d'un nouveau gouvernement irakien chiite. Mais l'influence d'une démocratie à l'américaine aux portes de l'Iran pourrait également s'avérer être une réelle menace pour le gouvernement islamique iranien, déjà aux prises avec une jeunesse éprise de changement, de modernité et rejetant de plus en plus les dogmes de la Révolution.

Chef de file des chiites, l'Iran abrite le principal mouvement chiite irakien d'opposition, le Conseil de la révolution islamique en Irak, et exerce une influence certaine sur d'autres groupes d'opposition non seulement à Saddam Hussein, mais également aux Américains.


Israël : Favorable à une intervention militaire contre l'Irak, Israël demeure fidèle à Washington dans sa campagne contre Saddam Hussein. Ayant mobilisé ses troupes et adopté des mesures de protection importantes pour ses populations civiles, Israël n'a subi aucune attaque irakienne jusqu'ici. De plus, l'armée israélienne a développé de nouveaux missiles antimissiles Arrow, qui assurent aux Israéliens une protection accrue contre des attaques aériennes venant de l'Irak ou d'ailleurs. Durant la guerre de 1991, l'Irak avait lancé 39 missiles Scud sur Israël, faisant deux morts. Washington avait exercé une incroyable pression sur le premier ministre d'alors, Ytzhak Shamir, pour qu'il ne réplique pas à ces attaques. L'actuel premier ministre, Ariel Sharon, a pour sa part déjà prévenu les autorités américaines qu'en cas d'attaque bactériologique ou chimique, Israël riposterait avec force.


Jordanie : La Jordanie est farouchement opposée à toute intervention militaire en Irak. Le premier ministre Ali Abou Al-Ragheb a formellement exclu que son pays serve de « voie de passage pour une guerre contre l'Irak ». De même, le roi Abdallah II a estimé qu'une telle opération serait « catastrophique ». Avec une population à 70 % d'origine palestinienne, favorable à Saddam Hussein et ulcérée par l'alliance entre Israël et les États-Unis, le gouvernement jordanien n'a d'autre choix que de s'opposer à une guerre en Irak. D'autant plus que le pays dépend de l'Irak pour son approvisionnement en pétrole. Depuis le début de la campagne anglo-américaine, des milliers de volontaires et d'Irakiens extradés se massent à la frontière jordanienne pour aller se battre aux côtés des troupes irakiennes contre les forces coalisés. Le gouvernement jordanien doit tenir ses frontières très fermement pour éviter toute escalade ou incident fâcheux qui pourrait envenimer la situation déjà très tendue à ses frontières.

Koweït : Le Koweït ne cache pas son intérêt pour le renversement de celui qui a ordonné son invasion, en août 1990, et qui en a fait la 19e province de l'Irak, jusqu'à la libération du territoire par la guerre du Golfe de 1991. Pour le Koweït, la chute de Saddam Hussein sera la disparition de l'épée de Damoclès qui pensait constamment sur le petit émirat qui sert aujourd'hui de base aux forces américaines pour l'invasion de l'Irak et qui a par conséquent reçu plusieurs missiles irakiens sur son territoire depuis le début de la guerre.

Liban : Le Liban, comme la majorité des pays musulmans et arabes, n'est pas en faveur d'une intervention militaire américaine. Pendant la guerre du Golfe, Beyrouth avait soutenu la coalition, construite autour des Américains, pour libérer le Koweït. Avant le conflit, l'Irak était le principal partenaire commercial du Liban. Les deux pays ont rétabli leurs relations diplomatiques en 2001 et ils ont signé un accord de libre-échange en avril 2002. Il y a fort à parier que ces accords devront être renégociés une fois la guerre terminée.


Pakistan : Le Pakistan refuse de participer à des frappes contre l'Irak. Le président, Pervez Musharraf, dit craindre qu'une telle opération n'attise les foudres islamistes dans son pays et dans la région entière. Et pour cause, depuis le début de la campagne anglo-américaine en Irak, l'opinion publique pakistanaise est galvanisée par les discours haineux et anti-américains des mouvements islamiques très influents dans le pays. Plusieurs d'entre eux ont également appelé au Jihad contre l'Amérique et ses intérêts partout dans le monde. Et ce mécontentement populaire, le président-général Musharraf doit en tenir compte pour gouverner. Rappelons que la guerre du Golfe, en 1991, avait déclenché au Pakistan un anti-américanisme virulent qui a depuis été fortement attisé par la guerre menée en Afghanistan contre les talibans et le réseau Al-Qaeda.

Perves Musharraf dit par ailleurs craindre que son voisin indien ne fasse sienne la doctrine d'attaque préventive préconisée par Washington. Il y a deux ans, l'Irak et le Pakistan ont signé une entente de coopération culturelle et économique.


Qatar : Tout en affirmant préférer une solution politique, les autorités qatariennes ont accepté que les États-Unis érigent sur leur territoire des installations qui abritent le siège de l'état-major des forces américaines dans la région du Golfe. Des centaines de membres du commandement central basé à Tampa, en Floride, ont déjà été envoyés dans ce pays. Les Américains y disposent de deux bases militaires :al Udeid et as Sayliyah.

Déjà, en 1991, lors de la guerre du Golfe, malgré des liens historiques forts avec l'Irak, le Qatar avait fourni des bases à la coalition internationale. Le Qatar possède la troisième réserve de gaz naturel du monde. Le réseau de télévision Al-Jazira, popularisé par sa couverture des attentats du 11 septembre 2001 et de la campagne en Afghanistan, est également situé au Qatar.


Syrie : La Syrie, qui est aujourd'hui fortement opposée à la campagne anglo-américaine contre Saddam Hussein, avait pourtant fourni des forces armées à la coalition américaine, lors de la guerre du Golfe de 1991. Mais cette fois, la situation est fort différente. Accusée par Washington de ravitailler secrètement les forces irakiennes et de leur vendre des armes, Damas a répliqué que les États-Unis tentaient, en rejetant la faute sur la Syrie, de justifer la résistance des Irakiens à leur égard. Membre non permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, la Syrie s'est opposée jusqu'à la toute fin au déclenchement d'une guerre contre l'Irak.Comme d'autres pays arabes, la Syrie ne voit pas pourquoi la communauté internationale exigerait de l'Irak qu'il applique les résolutions de l'ONU, alors qu'Israël ne met pas en œuvre celles qui le concernent.

Le régime de Bachar al-Assad craint que les Américains ne se servent de la crise actuelle pour mettre en place des « dirigeants marionnettes » qui serviraient leurs intérêts en Irak. Rappelons que la Syrie fait partie des États que Washington accuse de commanditer le terrorisme international.


Turquie : Seul membre de l'OTAN à majorité musulmane, la Turquie est dans une situation plutôt difficile. Le Parlement turc a rejeté, le 2 mars 2003, la motion autorisant le déploiement de 62 000 militaires américains sur son territoire, rendant le déploiement de forces américaines dans le nord de l'Irak beaucoup plus complexe et risqué. De plus, si le renversement de Saddam Hussein ne plaît pas plus qu'il le faut aux Turcs, ces dernierscraignent bien davantage que les Kurdes du nord de l'Irak ne profitent du conflit pour se constituer un État à leur frontière. Une situation qui attiserait les luttes autonomistes des Kurdes de Turquie et qui, selon Ankara, engendredrait littéralement une guerre entre Turcs et Kurdes dans cette région. Bien que la Turquie ait mobilisé et déployé beaucoup de troupes à sa frontière avec l'Irak, la supervision des soldats kurdes irakiens par les Américains a réussi jusqu'ici à empêcher Kurdes et Turcs de se disputer le nord de l'Irak. Pour l'instant, les Kurdes sont traités en alliés par les Américains et combattent ensemble les torupes de Saddam Hussein.

Bien que le gouvernement turc ait refusé d'engager ses propres soldats aux côtés des Américains dans une éventuelle offensive contre l'Irak, le Parlement a tout de même décidé de permettre aux Américains de moderniser plusieurs aéroports et ports dans le sud et le sud-est du pays, pour les préparer à une éventuelle opération militaire. La Turquie a également autorisé les Américains à utiliser leur territoire pour acheminer le ravitaillement aux troupes américaines parachutées dans le nord de l'Irak.

Ankara s'oppose également à ce que l'industrie pétrolière irakienne tombe sous la coupe occidentale pour une durée prolongée. La population turque, quant à elle, est farouchement opposée à l'invasion de l'Irak par les troupes anglo-américaines et encore plus opposée à ce que le territoire turc ou ses troupes serve à accomplir cet objectif.


Yémen : Le Yémen est opposé à une attaque contre l'Irak. Le président Ali Abdallah Saleh dit redouter la suite des choses : « Après l'Irak, ce sera le tour de l'Iran, de l'Égypte et de l'Arabie saoudite ». Et pourquoi pas du Yémen, où une attaque terroriste a été menée en 2000 contre le USS Cole, un navire militaire américain, et où trois missionnaires américains ont été tués le 30 décembre 2002 ?





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