|
La communauté arabe de
Montréal, la guerre et Internet
Reportage réalisé par Anne Bergerot

Site www.aljazeerah.net |
Avec la chute du régime de Saddam Hussein, l'Irak
tourne une page de son histoire. Depuis le déclenchement
de la guerre, le monde entier a les yeux tournés vers
Bagdad. La fréquentation des sites web d'information
a fortement augmenté. La section spéciale Irak
du site de Radio-Canada, par exemple, a enregistré
un nombre record de connexions le jour du déclenchement
de la guerre par la coalition américano-britannique.
Les internautes ont d'abord voulu suivre les opérations
militaires heure par heure et se figurer la réalité
du conflit. Mais ils sont également à la recherche
d'analyses de la situation, pour comprendre ce qui se passe
actuellement et imaginer l'avenir du pays et de sa région.
Une étude, menée par l'entreprise américaine
comScore Media Metrix, montre que la fréquentation
des sites web de nouvelles a augmenté de 80 %
depuis le début de la guerre en Irak. Elle met aussi
en évidence l'énorme progression des sites arabes,
ou réalisés dans des pays voisins de l'Irak,
dans la faveur des internautes. Un élan auquel ont
participé les internautes montréalais originaires
de pays arabes ou musulmans.
L'étude de comScore Media Metrix consistait à
comparer la fréquentation de grands sites pour la journée
du lundi 24 mars 2003 et la fréquentation de ces
même sites pour les quatre lundis précédents.
Le site de la télévision qatarie Al-Jazira,
en arabe, est sorti grand gagnant de cette étude :
l'augmentation de sa fréquentation a été
évaluée à 679 %, le nombre de visiteurs
américains s'étant accru de 2230 %. En
second arrive le site de l'agence de presse britannique Reuters,
dont la fréquentation a augmenté de 383 %.
Cet engouement pour le site de la télévision
du Qatar illustre les progrès accomplis par les médias
du Moyen-Orient depuis la première guerre du Golfe,
en 1991. Suivant le mouvement mondial, les chaînes de
télévision arabes diffusées par satellite,
les sites d'information associés et les sites alternatifs
se sont multipliés. Les téléspectateurs
et les internautes profitent donc d'un choix beaucoup plus
large. Une différence que souligne Bechir Oueslati,
originaire de Tunisie, internaute averti qui vit depuis neuf
ans à Montréal : « Au moment
de la première guerre [du Golfe], même les Arabes
dépendaient plus de CNN pour avoir l'actualité,
car sur les chaînes nationales, on parlait surtout des
familles royales. À présent, les chaînes
et les sites sont plus nombreux, et ils font plus d'information. »

Bechir Oueslati |
Correspondant à une demande locale très forte,
ce phénomène s'avère aussi précieux
pour les populations émigrées de ces pays. La
communauté arabe de Montréal y trouve, par exemple,
une version de l'actualité quasiment absente des médias
nord-américains qu'elle consulte.
Pour les internautes, l'avantage d'Internet est évidemment
d'être consultable de partout, sans qu'on ait à
payer pour le câble ou une soucoupe donnant accès
aux chaînes transmises par satellite. Mais Bechir Oueslati
estime aussi qu'il trouve sur Internet un plus large éventail
d'idées que dans les médias traditionnels :
« Je consulte énormément les sites
Internet, c'est ma source préférée d'information
parce que je ne me fie pas trop aux médias. Il y a
actuellement une concentration très forte des médias,
et donc les perspectives ne sont pas très critiques. »
Avec peu de moyens, de nombreux sites dits « alternatifs »
ont vu le jour, donnant aux lecteurs un accès à
des informations ou des points de vue peu relayés dans
les médias traditionnels.
Un phénomène particulier : les warblogs
Suite : L'insuffisance
des médias nord-américains

|