| Les ONG sur un pied d’alerte
Comment soigner les victimes quand il n’y a plus de
matériel médical? Comment nourrir les indigents
quand il n’y a plus d’eau? Mais surtout, comment
accéder aux populations dans le besoin si la sécurité
des travailleurs humanitaires n’est pas assurée?
La question de la sécurité
Toutes les organisations humanitaires insistent sur ce point
: la question de la sécurité est primordiale.
Si leurs employés n’ont pas l’assurance
de pouvoir travailler dans un environnement «sécurisé»,
ils ne pourront pas effectuer leurs activités. «Notre
obstacle principal, c’est de circuler d’un endroit
à l’autre», observe Ginette Archambault,
agente de secours international pour la Croix-Rouge canadienne.
Dans les jours qui ont précédé le déclenchement
des hostilités, les Nations unies ont procédé
au retrait de leur personnel qui se trouvait en poste en Irak.
Au total, 195 employés travaillant dans le secteur
humanitaire et 134 autres chargés de l'inspection du
désarmement ont quitté le pays «pour raisons
de sécurité». Les quelque 3000 Irakiens
au service de l’ONU, eux, sont restés sur place.
Durant
les trois semaines qu’auront duré les bombardements,
seulement trois ONG avaient des représentants à
Bagdad : le Comité international de la Croix-Rouge
(CICR), Care et Médecins sans frontières (MSF).
L’équipe du CICR se composait de 10 étrangers
et 100 Irakiens, tandis que celle de MSF comptait six membres
(un chirurgien, un anesthésiste, un médecin
d’urgence, une infirmière et deux logisticiens).
Ainsi, le personnel médical de MSF a travaillé
en collaboration avec ses collègues de l’hôpital
Al-Kindi, dans le nord-est de la capitale irakienne.
Même si leur travail comporte inévitablement
une part importante de risques, le CICR et MSF ont chèrement
payé leur présence à Bagdad. Un employé
de la Croix-Rouge, le Canadien Vatche Arslanian, a été
tué lorsque son véhicule a été
pris sous le feu croisé des belligérants. «La
communauté est en deuil», note Mme Archambault,
qui avait déjà rencontré cet homme de
48 ans en charge de la logistique avant son départ
pour l’Irak, en juillet 2001. À la suite de ce
décès, le CICR a d’ailleurs suspendu ses
activités pendant environ 24 heures en raison de la
situation «dangereuse» prévalant dans la
capitale irakienne.
Quant à MSF, deux de ses membres ont été
portés disparus pendant environ cinq jours avant d’être
retrouvés sains et saufs. François Calas, un
chef de mission français âgé de 44 ans,
et Ibrahim Younis, un Soudanais de 31 ans chargé de
la logistique, avaient été enlevés au
terme d'une mission à l'hôpital Al-Kindi.
Des équipes pré-positionnées
en Iran, Syrie et Jordanie
Toutes
les organisations humanitaires étaient sur un pied
d’alerte depuis plusieurs mois, prêtes à
faire face à la crise humanitaire appréhendée
en Irak. La plupart d’entre elles s’étaient
d’ailleurs pré-positionnées dans les pays
voisins de l’Irak avant même le début des
hostilités.
À l’heure actuelle, l’organisme Oxfam
a des représentations qui sont prêtes en Iran,
en Syrie et en Jordanie et «commencera ses activités
à l'intérieur même de l'Irak aussitôt
que la situation de sécurité le permettra»,
note Mohamed Chikhaoui, directeur de la planification et du
plaidoyer pour Oxfam-Québec. De son côté,
MSF a monté des camps pour accueillir les réfugiés
irakiens dans ces trois mêmes pays. De nombreux convois
d’aide humanitaire sont également organisés
à partir de ces pays pour transporter l’aide
humanitaire à l’intérieur de l’Irak.
Règle générale, les activités
humanitaires sont coordonnées par les différentes
agences spécialisées des Nations unies, comme
le Programme alimentaire mondial (PAM), le Haut Commissariat
aux réfugiés (HCR) ou le Fonds des Nations unies
pour l’enfance (UNICEF). Même si les organisations
humanitaires privées bénéficient de leur
propre liberté d’action, elles sont souvent appelées,
dans la pratique, à collaborer les unes avec les autres
et à se diviser le travail.
Suite : La situation
humanitaire en Irak

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