| La bataille
des organisations humanitaires en Irak

L’anarchie qui règne en Irak depuis la chute
du régime de Saddam Hussein complique le travail des
organisations humanitaires qui tentent de porter secours aux
populations civiles sur le terrain. Pourtant, les besoins
sont criants : les hôpitaux ont été pillés
et saccagés, l’eau potable fait défaut
et les rations alimentaires seront épuisées
à la fin du mois d’avril.
Reportage réalisé
par Barbara Debays
La chute du régime de Saddam
Hussein : anarchie et pillages
La chute du régime de Saddam Hussein a plongé
l’Irak dans le chaos et l’insécurité.
Pendant plusieurs jours, les villes de Bagdad, Bassorah, Kirkouk
et Mossoul ont été livrées aux pillages
et aux règlements de compte, sous l’oeil impassible
des troupes de la coalition anglo-américaine qui n’avaient
pas reçu l’ordre d’intervenir.
Les
premières cibles des pilleurs ont naturellement été
les palais présidentiels, les ministères et
les résidences privées des dignitaires du défunt
régime. Les représentations diplomatiques étrangères
et les bureaux des Nations unies ont également été
saccagés. Même les symboles de l’identité
et de la culture irakiennes, comme la Bibliothèque
nationale et le Musée archéologique de Bagdad,
n’ont pas été épargnés.
Quant aux hôpitaux, ils ont littéralement été
vidés de tout leur matériel.
Par ailleurs, il n’y a plus d’électricité
à Bagdad depuis le 4 avril et la majorité des
5 millions d’habitants de la capitale sont également
privés d’eau et de téléphone. La
même situation prévaut à Bassorah, dans
le sud du pays, où les 1,3 million d'habitants n’ont
plus d'électricité, d'eau et de téléphone
depuis quelques semaines.
Exaspérés
par ce climat d’anarchie, des Irakiens en colère
manifestent tous les jours devant l’hôtel Palestine,
à Bagdad, où logent les militaires américains
et la presse étrangère. Ils réclament
le retour à l’ordre et la fin des pillages, de
même que le rétablissement de l’eau et
de l’électricité. Ils accusent en outre
les Américains de ne s'intéresser qu'au pétrole
et de négliger la reconstruction de leur pays.
Les organisations humanitaires ont également lancé
un appel aux troupes anglo-américaines pour qu’elles
restaurent et maintiennent l’ordre. Le Comité
International de la Croix-Rouge (CICR) a demandé «aux
forces de la coalition et à toutes les autres personnes
ayant autorité» en Irak de protéger les
infrastructures essentielles, notamment les hôpitaux,
les systèmes d'approvisionnement en eau et d'évacuation.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS), le
Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) et le Fonds
des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) ont déclaré
pour leur part que ce chaos mettait en danger la situation
sanitaire et humanitaire de l’Irak. «L'aide humanitaire
va s'en ressentir», a déclaré Véronique
Taveau, porte-parole de l’ONU en Irak, qui estime par
ailleurs que cette inaction est une violation de la convention
de Genève. En vertu de la IVe convention de Genève,
les forces occupantes ont le devoir de fournir protection
et assistance aux populations civiles qu’elles ont sous
leurs responsabilités.
L'armée américaine a finalement réagi
à ces demandes en annonçant, le 16 avril, un
plan visant à palier aux besoins les plus élémentaires
des Irakiens. Quatre domaines d'interventions ont été
délimités : l'électricité, le
maintien de l'ordre, l'eau et les services médicaux.
Les 33 hôpitaux de Bagdad devraient d’ailleurs
rouvrir au plus vite. Les Américains, qui ont été
accusés d’avoir négligé la protection
du patrimoine historique irakien, se sont aussi engagés
à réparer les dégâts causés
au Musée archéologique de Bagdad.
Suite : Les ONG
sur un pied d'alerte

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