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Fin tranquille du pèlerinage chiite à Karbala

Mise à jour le mercredi 23 avril 2003, 20 h 13 .

Des centaines de milliers de chiites irakiens ont achevé mercredi dans la ville sainte de Karbala, au centre du pays, deux jours de pèlerinage marqués par des manifestations ponctuelles contre les États-Unis.

Au cours de cette célébration, quelque 3000 fidèles ont crié mercredi «Non à un gouvernement américain, non à (Ahmad) Chalabi», chef du Congrès national irakien (CNI) parrainé par Washington. Mais ces manifestants n'étaient guère plus nombreux que la veille, alors que les dignitaires chiites avaient invité les pèlerins depuis mardi soir à rejoindre cette manifestation.

Aucun incident marquant n'a été signalé pendant cet événement et un haut dignitaire chiite a tiré parti de cette situation pour montrer que l'Amérique n'était pas utile à Karbala.

Pendant deux jours, les pèlerins ont commémoré le martyre de l'imam Hussein, figure centrale du chiisme et petit-fils de Mahomet, tué en 680 dans cette ville lors d'une bataille autour de la succession du prophète. Les chiites, qui représentent environ 60% des 25 millions d'Irakiens, fêtaient ainsi le retour d'une liberté de culte dont Saddam Hussein les avait largement privés.

Dans une effusion religieuse exceptionnelle, les pèlerins ont avançé lentement et calmement, certains marchant à quatre pattes dans la poussière, tandis que d'autres se fouettaient jusqu'au sang avec des chaînes en métal.

Cette célébration était farouchement interdite par le régime de Saddam Hussein, d'origine sunnite, qui craignait le pouvoir de la communauté religieuse chiite, majoritaire au pays. En 1991, le régime baasiste avait violemment réprimé un soulèvement de fidèles chiites, qui n'avaient plus le droit de se rendre dans les villes saintes à pied.

L'événement tient donc à la fois du symbole religieux et politique. Non seulement les chiites fêtent le retour à une liberté de culte réprimée par l'ex-dictateur, mais ils souhaitent aussi, par cette manifestation religieuse, signifier leurs intentions de s'impliquer activement dans la politique future de leur pays.

Les pèlerins scandaient d'ailleurs des slogans antiaméricains. «Non, non au colonialisme, non, non à l'occupation, non, non à l'impérialisme», pouvait-on entendre sur la grande esplanade de Karbala, où déambulaient les cortèges.

Ceux-ci, organisés par régions, arboraient fièrement des drapeaux verts et noirs symbolisant l'islam et le deuil, symboles de leur double intention, à la fois commémorative et revendicative.

Pour le cheikh Kazem al-Nassari, descendant d'une importante lignée de religieux, ce pèlerinage est l'occasion de «prouver que les chiites d'Irak sont majoritaires et de revendiquer leurs droits, dont celui de diriger l'État».

Aucune violence n'était toutefois à déplorer dans la ville, où le pèlerinage doit atteindre son point culminant mercredi.

Un dignitaire chiite enlevé

Un dignitaire chiite irakien, l'ayatollah Mohamed Taqi Al-Madrassi, a été enlevé lundi alors qu'il faisait route depuis l'Iran vers Karbala pour participer au pèlerinage organisé dans la ville sainte.

Dans un entretien diffusé à la télévision qatarie Al-Jazira, Azhar Al-Khafaji, secrétaire général du Front national islamique irakien au Koweït, a expliqué que le convoi de deux autobus dans lequel se trouvaient l'ayatollah Madrassi et une soixantaine de compagnons a été arrêté à un barrage routier dans une zone contrôlée par le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et l'Union patriotique du Kurdistan (UPK). «Mais nous ne savons pas quelles forces le détiennent», a-t-il affirmé.

M. Khafaji a indiqué que l'ayatollah rentrait en Irak après 32 ans d'exil, pendant lesquels il avait combattu le régime de Saddam Hussein. Il a affirmé que «des contacts sont en cours à un haut niveau» pour tenter d'identifier les auteurs de cette arrestation et d'obtenir la libération du dignitaire chiite.

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