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Anarchie

Mise à jour le samedi 12 avril 2003, 6 h 00 .

Tout comme dans le reste du pays, la situation dans la capitale irakienne se détériore de plus en plus. Dans le centre-ville, les pillages s'intensifient et partout des brasiers illuminent la nuit. Le ministère de la Planification et l'édifice abritant la Banque centrale irakienne ont été incendiés. Les services publics sont totalement désorganisés, voire totalement absents depuis la chute de Bagdad, de sorte qu'aucun pompier ne combat les incendies, pas plus que des ambulanciers ne portent secours aux malades et blessés. Quant aux forces de l'ordre, elles n'existent plus depuis plusieurs jours et la rue appartient désormais aux criminels, aux foules exaltées et aux vandales. Devant les demandes internationales pressantes pour le rétablissement de l'ordre en Irak, les États-Unis ont annoncé que 1200 policiers seraient envoyés en Irak pour tenter de rétablir l'ordre dans les villes en attendant l'instauration d'un nouveau gouvernement en Irak. Ils n'ont toutefois pas dit quand et de quelle façon cette mesure serait appliquée.Extrait vidéo

Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a indiqué que les forces américano-britanniques assureront la sécurité pour arrêter les pillages dans les villes irakiennes. Les forces de la coalition «patrouillent dans diverses villes et là où elles constatent des pillages, elles les font cesser et elles les feront cesser», a-t-il déclaré.

Bien qu'il a estimé «malheureux» ces pillages généralisés, la conséquence selon lui du passage d'un régime dictatorial, répressif et policier à la liberté, M. Rumsfeld a accusé les médias d'exagérer l'importance des pillages, et de déformer la réalité au lieu de se concentrer «sur la libération du pays».

Les hôpitaux particulièrement malmenés

La situation est particulièrement grave dans les hôpitaux, pillés de leur matériel et dont le personnel a fui. Jeudi, les pillards s'en sont pris à certains établissements, obligés de fermer leurs portes après s'être fait dérober des ambulances, des lits, de l'équipement médical et des installations électriques.

Selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui a visité certains établissements vendredi, pas un seul hôpital ne serait en mesure de soigner ses patients. Les blessés, les enfants et les femmes enceintes gisent dans les couloirs sans recevoir d'aide. Le personnel médical qualifié a fui les établissements, craignant pour sa sécurité. Aucune salle d'opération ne serait non plus en état de fonctionner. Même les petites cliniques ont dû fermer leurs portes.

Devant l'ampleur de la catastrophe humanitaire, le CICR a lancé un appel urgent aux forces de la coalition pour protéger les infrastructures essentielles du pillage, comme les hôpitaux. Le Comité rappelle dans son allocution qu'en vertu des conventions de Genève, la coalition se doit d'assurer la sécurité de la population.

Selon l'AFP, 25 personnes ont été admises vendredi matin dans l'hôpital Al-Kindi, le plus grand de Bagdad, pour des blessures par balles dans des affrontements avec des pillards. Mais les hôpitaux pillés ne peuvent rien pour leurs patients.

Toujours selon l'AFP, certaines zones de Bagdad seraient au bord du chaos, des commerçants ayant commencé vendredi à tirer sur des pillards pour protéger leurs magasins. «Nous voulons la loi et si les Américains ne nous défendent pas, nous nous défendrons nous-mêmes avec nos armes», a déclaré à l'AFP un habitant de Bagdad. Les forces américaines ont même tué un commerçant qui défendait sa boutique avec une Kalachnikov et que des voleurs ont dénoncé auprès d'eux comme étant un Fedayin de Saddam, ont raconté des voisins.

Conversation entre Michel Viens et Tamara Al Rifaï du CIRC, interrogée à l'antenne du RDI Extrait vidéo

Drame au siège des renseignements militaires irakiens

Ailleurs dans la capitale, les centaines d'Irakiens ont pris d'assaut le quartier général des services de renseignements militaires. Ils sont à la recherche de leurs proches enlevés par ces services. Des cachots du sous-sol, les prisonniers tentent de les guider en criant. Personne ne connaît les entrées de ces cachots, dissimulées dans des maisons banales.

La délivrance des prisonniers s'avère très difficile, puisque les structures en béton sont protégées par des plaques de métal. Les prisonniers seraient déjà restés plusieurs jours sans approvisonnement. En début d'après-midi, des chars et des blindés américains auraient pris position au sein du complexe bétonné.

Bassorah et Mossoul aussi livrées au chaos

Dans pratiquement toutes les grandes villes conquises par les Américains et les Britanniques, les populations se sont livrées au pillage systématique des biens publics et ont saccagé tout ce qui pouvait représenter le régime de Saddam Hussein.Extrait vidéo

Dans le sud du pays, l'exaspération se développait aussi parmi les habitants de Bassorah, la seconde ville d'Irak, également aux prises avec l'anarchie dans ses rues. En l'absence de toute autorité locale et de police, et devant l'apparente impassibilité des troupes britanniques, les scènes de pillage ont aussi été légion. À Mossoul, dans le nord, à peine les combats se sont-ils terminés vendredi que des pillards armés sont sortis dans les rues pour s'emparer de tout ce qu'ils pouvaient, s'attaquant eux aussi aux hôpitaux.

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