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La France et la Russie opposeront leur droit de veto

Mise à jour le lundi 10 mars 2003, 21 h 14 .

«Quelles que soient les circonstances, la France votera non» à une résolution ouvrant la voie à une guerre en Irak, a déclaré lundi le président français Jacques Chirac. Sortant pour la première fois du flou qui entourait un éventuel veto français au Conseil de sécurité de l'ONU, M. Chirac a réaffirmé sa détermination à s'opposer au projet de résolution déposé par les États-Unis, la Grande-Bretagne et l'Espagne donnant jusqu'au 17 mars à Bagdad pour se conformer pleinement à ses obligations.

Pour minimiser la portée d'une telle décision, Jacques Chirac a souligné qu'un veto français ne serait en tout cas pas «un phénomène exceptionnel». Le chef de l'État a ainsi rappelé que Paris avait usé de son droit de veto à 18 reprises depuis 1945. Jacques Chirac a par ailleurs balayé d'un revers de main les menaces de représailles américaines. «Il n'y a aucun risque que les États-Unis et la France se disputent ou se fâchent», a-t-il assuré.

D'ailleurs, Jacques Chirac a assuré que la France autoriserait un survol de son territoire par les avions américains si nécessaire et ne s'est pas montré inquiet non plus devant les divisions de l'Europe sur le dossier irakien. C'est une «crise avec un petit "c"», a-t-il estimé.

Le président français a déclaré que sa décision concernant un éventuel déplacement à New York n'était pas prise. «Nous verrons en fonction des discussions qui ont lieu actuellement si finalement il y aura intérêt pour les chefs d'État ou de gouvernement d'être présents», a-t-il déclaré lundi. Le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, avait proposé la semaine dernière que les chefs d'État et de gouvernement des 15 pays membres du Conseil de sécurité se rendent au siège des Nations unies, à New York, pour voter sur la deuxième résolution. George W. Bush a déjà annoncé qu'il ne s'y rendrait pas, tandis que le chancelier allemand, Gerhard Schröder, a réaffirmé son intention d'y aller afin de refuser une «résolution qui légitime la guerre» contre l'Irak. Le jour du vote sur cette résolution n'a pas encore été fixé.

La Russie opposera aussi son veto

Igor Ivanov (archives)
La Russie a elle aussi annoncé lundi qu'elle opposerait son veto à la résolution autorisant le recours à la force contre l'Irak. Mais le ministre russe des Affaires étrangères, Igor Ivanov, a dit douter que la guerre puisse être évitée.

Pour être adoptée par le Conseil de sécurité, une résolution doit au moins recueillir neuf voix sur 15 et ne doit faire l'objet d'aucun veto. À l'heure actuelle, le projet américano-hispano-britannique ne peut compter que sur quatre voix sûres (États-Unis, Grande-Bretagne, Espagne, Bulgarie).

Le président chinois, Jiang Zemin, a exhorté pour sa part son homologue américain George W. Bush à résoudre pacifiquement la crise irakienne. Pékin s'est rangé la semaine dernière aux côtés de Paris, Moscou et Berlin face à Londres et Washington.

Le Pakistan a annoncé lundi qu'il s'abstiendra de voter. L'Angola, la Guinée et le Cameroun, qui occupent également un siège au Conseil de sécurité, pourraient donc faire pencher la balance lors du vote du projet de résolution. De passage à Washington, le ministre guinéen des Affaires étrangères n'a pas révélé si son pays voterait ou non le projet de résolution américano-britannique.

De son côté, le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, a lancé une mise en garde à Washington contre une guerre en Irak sans l'accord du Conseil de sécurité. Selon lui, seules les Nations Unies peuvent garantir la légitimité d'une intervention en Irak.

Par ailleurs, le président en exercice du Conseil de sécurité, l'ambassadeur de Guinée, Mamady Traoré, a proposé la tenue, mardi, d'une nouvelle séance publique du Conseil sur l'Irak pour donner à tous les pays membres de l'ONU la possibilité de prendre la parole.

La Grande-Bretagne songe à repousser l'ultimatum

De son côté, la Grande-Bretagne envisage de repousser au-delà du 17 mars l'ultimatum fixé à l'Irak pour son désarmement dans le projet de résolution soumis au Conseil de sécurité. Toutefois, le porte-parole du premier ministre Tony Blair a indiqué que la nouvelle date-butoir ne devra pas être très éloignée de la première.

Cette résolution de compromis fixerait une liste précise d'exigences concernant le désarmement de l'Irak sur la base des évaluations des inspecteurs de l'ONU. Ce projet amendé de résolution exigerait par exemple du régime irakien qu'il révèle, dans un délai rapproché, la localisation des sites où seraient cachés du gaz moutarde, du sarin et du gaz neurotoxique VX.

Un nouveau rapport de Blix la semaine prochaine

Le chef des inspecteurs de l'ONU, Hans Blix, a annoncé qu'il déposera un nouveau rapport sur le désarmement de l'Irak la semaine prochaine. Dans ce rapport destiné au Conseil de sécurité, M. Blix présentera les tâches que doivent encore accomplir les Irakiens en matière de désarmement. Ce nouveau rapport du chef des inspecteurs devait être présenté le 27 mars, mais Hans Blix a accepté d'en devancer la publication à la suite d'une rencontre à huis clos avec les ambassadeurs des pays membres du Conseil de sécurité.



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