Irak: la Russie pourrait utiliser son droit de veto Mise à jour le vendredi 28 février 2003, 22 h 26 .  | | Igor Ivanov | La Russie fera usage de son droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies pour «maintenir la paix dans le monde», si cela s'avère nécessaire, a déclaré vendredi le ministre russe des Affaires étrangères, Igor Ivanov, lors d'une conférence de presse à Pékin, en Chine. Il a de plus ajouté que Moscou s'opposait formellement à toute résolution au Conseil de sécurité qui conduirait à une guerre pour débarrasser l'Irak de ses armes de destruction massive. Questionné sur la résolution anglo-américaine préconisant l'usage de la force contre Bagdad, M. Inanov a déclaré qu'une nouvelle résolution des Nations unies sur la crise irakienne n'était pas nécessaire.
La veille, au terme de la réunion à huis clos du Conseil de sécurité sur la marche à suivre en Irak, le Mexique et le Chili s'étaient également déclarés opposés à toute nouvelle résolution sur l'Irak, tant qu'il n'y aurait pas d'accord entre les différents membres du Conseil. Lundi, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont présenté un projet de résolution cosigné par l'Espagne qui affirme que l'Irak n'a pas su profiter de la dernière possibilité qui lui était offerte de désarmer volontairement. Ce projet de résolution ouvre la voie à l'utilisation de la force.
L'ambassadeur du Chili a déclaré que son pays n'était pas partisan de se «précipiter pour une résolution ou un accord, ni dans un sens ni dans un autre». Son homologue mexicain a été plus clair en soutenant que «les inspections doivent continuer parce que c'est une manière pacifique d'arriver au désarmement de l'Irak».
De son côté, la France, qui a présenté lundi, avec la Russie et l'Allemagne, un mémorandum prévoyant la poursuite et le renforcement des inspections a estimé qu'il était «clair qu'une majorité du Conseil ne pense pas que le temps de la guerre est venu».
On ne devrait pas procéder à un vote sur la résolution anglo-américaine avant le 7 mars prochain.
La position des 15 membres du Conseil sur la crise irakienne.
En faveur d'une nouvelle résolution:
États-Unis: membre permanent avec droit de veto. A présenté le projet de résolution ouvrant la voie à une intervention militaire en Irak.
Grande-Bretagne: membre permanent avec droit de veto. Soutient Washington. A présenté le projet de résolution avec les États-Unis. A engagé plus de 40 000 hommes dans la force mise en oeuvre par Washington pour combattre l'Irak.
Espagne: membre non permanent. A cosigné le projet de résolution de Washington.
Contre une nouvelle résolution :
France: membre permanent avec droit de veto. Opposée à une intervention militaire à tout prix, elle a présenté lundi son propre mémorandum auprès du Conseil de sécurité appelant à un renforcement des inspections accompagné d'un calendrier. Menace d'utiliser son droit de veto contre le projet américain.
Allemagne: membre non permanent. Préside le Conseil de sécurité jusqu'à la fin de février. A présenté avec la France le mémorandum sur un renforcement des inspections.
Russie: membre permanent avec droit de veto. A présenté avec la France le mémorandum sur un renforcement des inspections. A annoncé qu'elle utiliserait son veto pour «maintenir la paix mondiale», si cela s'avérait nécessaire.
Chine: membre permanent avec droit de veto. «Une nouvelle résolution est inutile», a déclaré mardi le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Kong Quan. Il est peu probable cependant que Pékin fasse jouer son droit de veto.
Syrie: membre non permanent. Le ministre des Affaires étrangères, Farouk al-Chareh, a qualifié la nouvelle résolution d'«injustifiée, si modérée soit elle».
Chili: membre non permanent. Le président Ricardo Lagos avait déclaré le 19 février qu'il était nécessaire de donner un peu plus de temps aux inspecteurs.
Mexique: membre non permanent. Mexico garde sur le conflit irakien une «position indépendante, sans compromis avec quelque partie que ce soit».
Les indécis:
Bulgarie: membre non permanent. C'est un indécis souvent classé dans les alliés de Washington. Malgré tout, le premier ministre bulgare, Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha, a déclaré mercredi après avoir rencontré George Bush, qu'il ne s'était pas encore rallié au projet de résolution américain sur l'Irak et qu'une «solution pacifique serait la plus désirable».
Angola: membre non permanent. N'a pas donné sa position sur le projet de résolution. Serait favorable à une solution pacifique de la crise, selon la presse angolaise, qui explique cette position par le souvenir de la guerre civile qui a ravagé le pays pendant 27 ans.
Cameroun: membre non permanent. N'a pas précisé sa position sur le projet de résolution. L'ambassadeur du Cameroun à l'ONU, Martin Belinza Eboutou, avait estimé à la mi-février que son pays était en faveur d'une solution pacifique, mais que cela dépendait de la détermination de l'Irak à coopérer pleinement avec les inspecteurs en désarmement de l'ONU.
Guinée: membre non permanent. Prendra la présidence du Conseil de sécurité le 1er mars. N'a pas précisé sa position sur le projet de résolution.
Pakistan: membre non permanent. N'a pas donné sa position sur le projet de résolution, mais s'est toujours opposé à une action militaire unilatérale des États-Unis.
L'adoption d'une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU requiert une majorité de neuf voix, sans qu'aucun des cinq membres permanents n'oppose son droit de veto.
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