Il y a une ville dans la région de Montréal où il n'est pas question de défusion. C'est à Laval. Pourtant c'est de force que le gouvernement libéral de Jean Lesage fusionnait les 14 ex-villes de l'île Jésus, le 6 août 1965.
Quelques mois plus tôt, le ministre des Affaires municipales, Pierre Laporte,avait mis sur pied une commission d'étude sur les problèmes intermunicipaux de l'île Jésus, présidée par le juge Armand Sylvestre.
Au terme de ses travaux, la commission Sylvestre estimait que la seule solution pour mettre un terme aux problèmes financiers des 14 villes, c'était la fusion.
Le gouvernement libéral de Jean Lesage, faisant fi d'un certain mécontentement, créa sans consultation populaire la ville de Laval. Elle devenait la deuxième ville du Québec.
Parlant de la loi qui a donné naissance à Laval, son maire Gilles Vaillancourt précise : « [...]ça n'a pas été un geste volontaire. Ça n'a pas été un geste acclamé par la population, [mais] un geste radicalement décrié par la population. »
Mais il poursuit : « Sauf que, finalement, le législateur n'a pas permis de remettre en question Laval. Laval s'est organisée, elle a eu très peu de temps pour le faire et très peu d'aide gouvernementale, et finalement Laval a réussi. »
En 1981, le maire de Montréal, Jean Drapeau, avait vanté les mérites de ce qu'il appelait l'annexion des 14 ex-villes de l'île Jésus.
« Il n'y a aucun mouvement, avait déclaré M. Drapeau, dans les 14 municipalités pour tenter de redevenir 14 municipalités. C'est donc que l'annexion en soi n'est pas une catastrophe. »
La population de Laval atteint 355 000 personnes. La ville est devenue un centre régional d'activités économiques, doté d'une structure commerciale forte et d'une structure industrielle diversifiée.
Gilles Vaillancourt explique : « Ici s'est développé ce que j'appellerais un esprit d'entrepreneur de gens qui voulaient réussir ».
De son côté, le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, commente : « Laval a aujourd'hui un développement que l'on connaît. Il y a un assentiment de ses citoyens au fil du temps et, pour le reste, en 1970, j'étais probablement trop jeune ».
Le ministre Fournier ne veut manifestement pas commenter la fusion forcée à Laval pour ne pas mettre son gouvernement dans l'embarras. Mais, près de 40 ans plus tard, il n'y a plus personne qui la remet en question.
Alain Robitalle est fier d'être Lavallois.
Albert Robitaille et sa femme habitent le quartier Saint-Vincent-de-Paul depuis 40 ans.
M. Robitaille a connu la fusion forcée en 1965. Il est fier d'être Lavallois : « On est terriblement attaché ici ».
Même son de cloche de la part d'un autre résidant, Jean-Claude Labelle : « D'après moi, ça s'est bien passé parce qu'on n'a pas eu de répercussions de ça ». Il conclut en disant qu'il n'a pas de mauvais souvenirs.