 Le programme des commanditesLe programme des commandites devait accroître la visibilité du Canada au Québec, à la suite du référendum de 1995 où l'option souverainiste avait obtenu 49,4 % des voix. Le mardi 10 février 2004, la vérificatrice générale, Sheila Fraser, rendait public son rapport final sur ce programme. Ce rapport avait été commandé par l'ancien premier ministre Jean Chrétien, à la suite de nombreuses allégations d'irrégularités et de malversations dans la mise en oeuvre du programme. En mai 2002, Mme Fraser avait produit un rapport intérimaire sur ce dossier, dans lequel elle concluait que l'agence de publicité Groupaction, de Montréal, avait facturé 1 625 000 $ au gouvernement pour trois rapports quasi identiques. Dans son rapport, la vérificatrice générale écrivait que toutes les règles de gestion avaient été ignorées et bafouées dans le processus d'attribution de ces contrats. Les commandites
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Le gouvernement fédéral a mis sur pied son programme de commandites en 1997, à la suite des résultats serrés du référendum du 30 octobre 1995 au Québec. Son objectif était d'accroître la « visibilité » du Canada au Québec. Doté d'un budget de 250 millions de dollars, le programme, qui relevait du ministère des Travaux publics, octroyait des sommes d'argent aux organisateurs d'événements, de festivals ou de rassemblements en exigeant d'eux qu'ils placent bien en évidence des symboles canadiens, comme l'unifolié, là où avait lieu leur activité. La particularité de ce programme, c'est que l'argent qui en provenait transitait par un certain nombre d'agences de publicité, lesquelles se rémunéraient en encaissant des commissions ou des honoraires souvent disproportionnés par rapport au travail effectué. (Dans certains cas, la charge de travail des agences se limitait à transmettre un chèque.) Dans son rapport, Sheila Fraser évalue à 100 millions (issus du budget de 250 millions) les sommes ainsi versées aux agences de publicité.
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Jusqu'en 2002, le programme était sous la responsabilité d'Alfonso Gagliano, ministre responsable du Québec dans le cabinet de Jean Chrétien. En janvier 2002, M. Chrétien nomme M. Gagliano ambassadeur au Danemark. Le 10 février, jour de la publication du rapport Fraser, M. Martin congédie M. Gagliano, en lui demandant de rentrer au pays. L'abolition du programme de commandites a été un des tout premiers gestes posés par Paul Martin en tant que premier ministre, depuis son accession au pouvoir, le 12 décembre 2003. Les principales agences impliquées : Groupaction Marketing inc. (Montréal, président Jean Brault): Groupaction a reçu des contrats d'une valeur de 1,6 million de dollars en 1997, 1999 et 2000. Avec d'autres agences (Lafleur, Media/I.D.A.Vision et Gosselin), Groupaction a touché 440 000 $ en commissions dans le contrat de 5 millions de dollars de commandites pour la série télévisée sur Maurice Richard, produite par la firme L'Information essentielle. Lafleur Communication Marketing (anciennement dirigée par Jean Lafleur, passée aux mains de Groupaction en 2001): Lafleur fut une des trois agences ayant obtenu 1,3 million en commissions à même la participation fédérale aux célébrations du 125e anniversaire de la GRC. À l'occasion de l'octroi de 1,5 million de dollars de Communication Canada à la Société du Vieux-Port de Montréal pour un nouvel écran lumineux, Lafleur et Media/I.D.A. Vision perçurent 225 000 $ en commissions. Groupe Everest/Media/I.D.A. Vision (Montréal, dirigée par Claude Boulay): En mai 2002, le ministre des Travaux publics, Don Boudria, fut rétrogradé au sein du cabinet après les révélations au sujet d'un week-end de ski passé au chalet de Claude Boulay. À la même époque, le ministre de l'Immigration, Denis Coderre, fut assailli de questions après avoir admis qu'il avait habité un condominium appartenant à M. Boulay en 1997. Le Groupe Polygone Éditeurs inc. (Montréal): Le Groupe a reçu près de 40 millions de dollars pour faire la promotion du gouvernement fédéral dans ses publications et pour l'organisation de salons de chasse et de pêche. En 2000, l'agence a reçu 330 000 $ pour un salon de chasse et de pêche qui n'a jamais eu lieu. Des sociétés d'État sont également impliquées : Postes Canada, dont le président était André Ouellet, qui a démissionné de son poste en 2004. Postes Canada a contribué pour 1,6 million de dollars à la production, par une compagnie privée, d'une série sur Maurice Richard, sans signature de contrat. Via Rail, dont le président du conseil d'administration, Jean Pelletier, a été congédié pour ses déclarations à caractère privé au sujet de Myriam Bédard. Son président et directeur général, Marc Lefrançois, a été suspendu sans traitement relativement à l'affaire des commandites, puis congédié. Via Rail a servi d'intermédiaire pour le versement, par Lafleur Communications Marketing, de près de 1 million de dollars aux producteurs de la série sur Maurice Richard. La transaction s'est faite au moyen de ce que la vérificatrice générale a appelé « un contrat fictif » (fictitious contract). Via Rail a récupéré tout son argent, sauf une somme de 160 000 $, dont 112 500 $ conservés par Lafleur. Banque de développement du Canada (BDC), dont le président est Michel Vennat. La BDC a participé au transfert d'argent des commandites à L'Information essentielle, compagnie productrice de la série Le Canada du millénaire. Ce transfert a été effectué sans contrat écrit. (Le président de la BDC, Michel Vennat, a été suspendu sans traitement le 23 février, à la suite d'un jugement de la Cour supérieure ordonnant à la Banque de verser à son ancien président, François Beaudoin, une indemnité de départ de 245 000 $ et une rente de retraite de 200 000 $ par année. M. Beaudoin alléguait avoir été forcé de démissionner de la Banque parce qu'il avait refusé d'accorder un prêt de 615 000 $ à Yvon Duhaime, propriétaire de l'Auberge Grand-Mère de Shawinigan et ami de Jean Chrétien). Société du Vieux-Port de Montréal : La Société a reçu 1,5 million de dollars pour l'installation d'un écran lumineux au Centre des sciences du Vieux-Port. Elle a touché son chèque par l'intermédiaire de Lafleur et I.D.A. Vision, qui ont reçu 225 000 $ en commissions pour leurs services. GRC : Le gouvernement a versé 3 millions pour la célébration du 125e anniversaire de la force policière. L'argent fut acheminé par trois agences : Lafleur, Media/I.D.A. Vision et Gosselin, qui ont conservé 1,3 million de dollars en commissions et ont remis le solde, soit 1,7 million, à la GRC.
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