Photo : AFP/David-Alexandre Alarie
Aujourd'hui, alors que les Jean Brault, Charles Guité et Paul Coffin purgent leurs peines, nombreux sont les analystes à se demander, une fois la poussière retombée, si tout ce bruit aura changé quelque chose dans les officines du pouvoir canadien.
Le scandale des commandites aura coûté aux contribuables canadiens plus que les millions de dollars détournés par quelques voleurs et les autres millions dépensés en frais judiciaires. En fait, à l'instar du juge Gomery, qui disait avoir « perdu son innocence » au lendemain de la commission, c'est justement cette innocence qu'une vaste majorité de Canadiens pourrait bien avoir perdue à l'écoute des témoignages accablants qui se sont succédé pendant de longues semaines.
Pour être en mesure de jauger tout changement, peut-être vaut-il mieux rappeler que toute cette affaire est d'abord issue d'une fraude. Et, dans ce cas, il faut se poser la question: est-ce que justice a été rendue?
Certains préciseront que les trois individus accusés au criminel dans la foulée du scandale sont aujourd'hui à l'ombre. Les publicitaires Paul Coffin et Jean Brault, qui se sont littéralement servis au buffet pendant des années, purgent des peines de 18 mois et de 30 mois respectivement. Le fonctionnaire responsable du programme, celui-là même qui a dressé la table, Charles Guité, a pour sa part été condamné à 42 mois de détention.
Et après?
Faut-il en conclure que ces seuls individus ont été responsables d'une fraude d'une telle ampleur? Peut-on estimer que justice a été rendue quand, comme le mentionnait le juge Gomery dans son premier rapport, « la commission a constaté la preuve incontestable d'une ingérence politique dans l'administration du programme des commandites »?
Certains estiment aujourd'hui que si l'exécutant, Charles Guité, a été puni, les véritables responsables, les politiques, eux, restent impunis.
Bien entendu, le nom du Parti libéral du Canada va désormais être accolé à ce scandale, et ce, pour encore bien des années. Ce même parti a d'ailleurs payé très cher le scandale, électoralement parlant, mais la question subsiste: justice a-t-elle été rendue?
Comme le précisait récemment le chroniqueur Vincent Marissal, dans les pages de La Presse, si les sentences prononcées contre Brault, Coffin et Guité envoient un message clair aux fraudeurs potentiels, elles ne sauront satisfaire « tous ceux qui se demandent comment il se fait que les élus de l'époque s'en tirent aussi bien ».
Rappelons que Charles Guité n'a eu de cesse, tout au long de son procès, de se dépeindre comme celui qui suivait les ordres de bien plus hauts responsables que lui au sein du gouvernement libéral de Jean Chrétien.
Rappelons aussi que la Gendarmerie royale du Canada et la Sûreté du Québec poursuivent leurs enquêtes respectives et qu'il ne faudrait pas être surpris de voir, d'ici quelque temps, d'autres témoins vedettes de la commission être formellement mis en accusation.
En attendant, les Canadiens ont porté au pouvoir un gouvernement conservateur qui s'est empressé de resserrer les lois pour rendre de telles affaires plus ardues à réaliser. En attendant, les Canadiens auront à payer la note d'une commission qui a coûté plus de 30 millions de dollars, dont 2,7 millions de dollars pour les seuls frais d'avocat des témoins appelés à comparaître devant le juge Gomery.