Guité-Brault: une relation d'affaires profitable

Les extraits non diffusés des témoignages de Jean Brault et Charles Guité devant la commission Gomery montrent les liens tissés entre les deux hommes pour leur bénéfice réciproque.

Jean Brault (archives)

Charles Guité, l'ancien directeur du programme de commandites, et Jean Brault, l'ancien président de Groupaction, entretenaient des relations d'affaires très profitables.

C'est ce qui ressort des témoignages des deux hommes soumis jusqu'ici à un interdit de publication et dont les juges John Gomery et Fraser Martin ont maintenant autorisé la diffusion.

Les avocats de MM. Brault et Guité craignaient que la diffusion des extraits de témoignages n'influence négativement le jury au procès pour fraude et complot des deux hommes, qui s'ouvrira en mai prochain.

On y apprend que de l'automne 1994 à avril 2002, Jean Brault a été très généreux pour Charles Guité, autant lorsque ce dernier gérait le programme de commandites que lorsqu'il est devenu consultant, sous le nom d'Oro Communication.

Les premières rencontres de Brault avec Guité visent à obtenir des renseignements sur les commandites. Puis, après la présentation d'un projet au ministère du Revenu, suivie le lendemain d'une rencontre avec la présidente du comité de sélection, la firme de Brault décroche le contrat.

À l'occasion d'une course à Vancouver en 1995, M. Brault discute plus avant du programme. En 1998, le président de Groupaction remet à M. Guité quatre billets pour le Grand Prix d'Italie, à Monza.

Charles Guité (archives)

En avril 2001, Jean Brault prête 25 000 $ à Charles Guité pour l'achat d'un bateau. Il explique qu'il veut éviter de sortir cette somme de sa compagnie pour des raisons fiscales. Le prêt ne sera pas remboursé.

De 1999 à 2002, Oro Communication reçoit 136 500 $ de Groupaction pour divers services. De plus, Jean Brault achète pour 35 000 $ la voiture sport Mustang de Charles Guité. Il achète aussi pour 1150 $ de pneus Pirelli pour la voiture aux frais des contribuables, une dépense imputée à un dossier de commandites de Groupaction.

M. Guité facilitera aussi la vente à Groupaction de la firme de Gilles-André Gosselin, qui figure sur la courte liste des agences par lesquelles transitent les contrats de commandites fédérales. Il fait valoir à M. Brault qu'il s'agit d'une volonté politique. M. Brault comprend que c'est la volonté du Parti libéral du Canada.

À l'inverse, M. Guité sera l'intermédiaire dans la vente de la firme de Jean Lafleur à Jean Brault.

50 000 $ pour le PLQ?

Jean Brault lors de son témoignage à la commission Gomery

Dans son témoignage, Jean Brault affirme aussi avoir fait un chèque de 50 000 $ au Parti libéral du Québec (PLQ), avant les élections de novembre 1998.

Le montant aurait transité par une autre agence, Groupe Everest, à la demande de M. Guité, qui aurait fait parvenir le montant à Claude Boulay, président de Groupe Everest, pour qu'il le fasse parvenir à la campagne du PLQ, grâce à un jeu de factures fictives.

Lors de son témoignage, M. Boulay a catégoriquement nié l'histoire des fausses factures. Il a toutefois admis avoir reçu 50 000 $ de Groupaction en novembre 1998, pour le paiement, dit-il, d'une dette liée à une transaction immobilière.

De son côté, le premier ministre Jean Charest a nié que le PLQ ait touché ce chèque.

M. Brault a dit qu'il s'attendait à ce que les 50 000 $ lui reviennent sous forme de frais de production gonflés pour des contrats et c'est ce qui s'est produit.

Les revenus de Groupaction ont augmenté rapidement après que la société eut commencé à recevoir des contrats du gouvernement fédéral. Ils sont passés de 11,2 millions de dollars en 1994, à plus de 40 millions en 2002, à la suite de l'achat de Gosselin Communications et Lafleur Communications Marketing.

À une occasion, Groupaction a obtenu le paiement de 9 millions avant même la tenue des événements commandités.

Charles Guité et Jean Brault devront répondre, en mai, à des accusations de fraude et complot d'une valeur de 1,6 million de dollars.