La charte des valeurs, entre division et inclusion

Sondage SOM/Radio-Canada : opposition au congédiement pour port de signe religieux

Le reportage d'Azeb Wolde-Giogis

Exclusif - Alors que les opinions sont très partagées quant à l'intention réelle du gouvernement Marois avec son projet de charte des valeurs, une majorité de Québécois s'opposent au congédiement d'un employé de l'État s'il refuse de retirer son signe religieux, selon un autre volet du sondage SOM commandé par Radio-Canada.

La croix est l'accessoire religieux recevant le plus d'indulgence parmi ceux à l'étude : 71 % des répondants croient qu'un fonctionnaire ne devrait pas être congédié s'il refuse de retirer sa croix.

Les non-francophones sont plus nombreux à exprimer leur opposition (84 % contre 66 % chez les francophones). Ce résultat peut s'expliquer par « une certaine volonté de neutralité religieuse chez les francophones face à un attribut de leur religion d'appartenance », selon la maison de sondage.

Un peu plus de la moitié des répondants croient qu'un fonctionnaire ne devrait pas être licencié s'il refuse de retirer sa kippa (52 %), son turban (57 %) ou son voile (55 %) lors de son quart de travail.

En plus forte proportion, les sous-groupes suivants sont de cet avis :

  • Les répondants de la région métropolitaine de recensement (RMR) - variant de 62 % à 63 % contre de 42 % à 50 % pour ceux à l'extérieur des RMR de Montréal et de Québec;
  • Les universitaires (variant de 63 % à 68 %);
  • Les non-francophones (variant de 73 % à 75 % comparativement aux francophones, de 46 % à 51 %).

Au moins un répondant sur 10 se dit indécis. On note aussi une proportion plus élevée d'indécis chez les femmes face au turban (15 % contre 10 % pour les hommes) et à la kippa (18 % contre 10 %).

La maison de sondage indique que les résultats concernant la kippa (le couvre-chef juif) doivent être pris avec un grain de sel, puisqu'elle estime que les répondants ont pu confondre ce symbole religieux avec le kirpan (le poignard sikh).

Méthodologie

Le sondage a été effectué auprès de 1153 internautes québécois âgés de 18 ans et plus, recrutés aléatoirement par téléphone, du 18 septembre au 20 septembre 2013. La marge d'erreur est de +/- 3,1 %.

La marge d'erreur est plus élevée pour les sous-groupes comme les régions métropolitaines de recensement de Montréal et de Québec.

La finalité perçue de la charte

Les opinions sont très partagées quant à l'objectif poursuivi par le gouvernement de Pauline Marois avec ce projet. Une minorité des répondants (47 % ) jugent que la charte des valeurs s'inscrit d'abord dans une perspective de gain de votes pour le Parti québécois aux prochaines élections.

Ceux qui partagent cette opinion sont proportionnellement plus nombreux dans les sous-groupes suivants :

  • Les internautes de la RMR de Montréal (54 %);
  • Les universitaires (56 %);
  • Les hommes (53 % contre 40 % pour les femmes);
  • Les répondants dont la langue maternelle est autre que le français (70 % contre 39 % chez les francophones).

À l'opposé, une autre minorité (41 %) estime que ce projet vise d'abord à répondre à une préoccupation de la population.

Les sous-groupes suivants sont davantage de cet avis :

  • Les internautes résidant à l'extérieur des RMR de Montréal et de Québec (50 %);
  • Les répondants ayant complété un diplôme de niveau secondaire ou moins (50 %);
  • Les francophones (48 % contre 18 % chez les non- francophones).

Plus d'un répondant sur 10 s'abstiennent toutefois de prendre position (16 % chez les femmes contre 8 % chez les hommes).

La charte des valeurs, un débat de société

Dans la première partie de ce sondage dévoilée lundi soir, il ressort qu'une forte majorité de Québécois accepteraient de se faire soigner par un médecin arborant un signe religieux. Les opinions étaient toutefois partagées pour ce qui est du port de signes religieux dans les services de garde.

Qu'est-ce que l'échantillonnage probabiliste?

L'échantillonnage probabiliste est basé sur la sélection d'un échantillon au hasard - ou aléatoire - à partir d'une population. Il est plus complexe, nécessite davantage de temps et est habituellement plus coûteux, mais produit des estimations fiables, ainsi que des estimations de l'erreur d'échantillonnage.

Dans un échantillonnage aléatoire simple, chaque membre d'une population a une chance égale d'être sélectionné et chaque combinaison de membres de la population a aussi une chance égale de composer l'échantillon.

Un tirage à la loterie constitue un bon exemple : lorsqu'un échantillon de six numéros est généré au hasard à partir d'une population de 49 numéros, chacun de ces derniers a une chance égale d'être sélectionné et chaque combinaison de six numéros a la même chance d'être la combinaison gagnante.

Contrairement à l'échantillonnage probabiliste, l'échantillonnage non probabiliste fait « l'hypothèse » que la distribution des caractéristiques à l'intérieur de la population est égale. Les unités sont choisies arbitrairement, et non aléatoirement, ce qui fait qu'il est impossible de mesurer la fiabilité de l'échantillonnage.

Source : Statistique Canada

En complément

Facebook