La charte des valeurs, entre division et inclusion

Les signes religieux, plus dérangeants à la garderie qu'à l'hôpital

Le reportage d'Azeb Wolde-Giorgis

Exclusif - Une forte majorité de Québécois accepteraient de se faire soigner par un médecin arborant un signe religieux, selon un sondage exclusif commandé par Radio-Canada. Toutefois, les opinions sont partagées quand il s'agit du port de signes religieux dans les services de garde.

Dans son projet de charte des valeurs québécoises, le gouvernement Marois propose d'interdire le port de signes religieux ostentatoires pour le personnel de l'État.

Les signes religieux en milieu hospitalier

Le sondage mené par SOM auprès de 1153 internautes, du 18 au 20 septembre, révèle qu'une nette majorité de répondants accepteraient certainement ou probablement de se faire soigner par un médecin portant une croix (90 %), un voile (73 %), un turban (71 %) ou une kippa, couvre-chef porté par certains hommes juifs (65 %).

Les sous-groupes suivants se distinguent par une attitude favorable (certainement ou probablement) concernant les symboles religieux à l'étude :

  • Les répondants de la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal (92 % pour la croix, 80 % pour le voile, 76 % pour le turban et 74 % pour la kippa);
  • Les universitaires (84 % pour le voile, 83 % pour le turban et 77 % pour la kippa);
  • Les non-francophones (96 % pour la croix, 88 % pour le voile et 84 % respectivement pour la kippa et le turban);
  • Les hommes (70 % pour la kippa contre 61 % chez les femmes).

Finalement, les francophones expriment en plus forte proportion que les non-francophones leur refus à l'égard de la croix (11 % contre 3 %), du voile (29 % contre 11 %), du turban (31 % contre 14 %) ou de la kippa (36 % contre 14 %).

La maison de sondage indique que les résultats concernant la kippa (le couvre-chef juif) doivent être pris avec un grain de sel, puisqu'elle estime que les répondants ont pu confondre ce symbole religieux avec le kirpan (le poignard sikh).

Méthodologie

Le sondage a été effectué auprès de 1153 internautes québécois âgés de 18 ans et plus, recrutés aléatoirement par téléphone, du 18 septembre au 20 septembre 2013. La marge d'erreur est de +/- 3,1 %.

La marge d'erreur est plus élevée pour les sous-groupes comme les régions métropolitaines de recensement de Montréal et de Québec.

Les signes religieux dans les services de garde

Une forte majorité de répondants s'estiment très (50 %) ou assez à l'aise (29 %) à l'égard d'éducateurs et éducatrices en garderie portant la croix dans leur milieu de travail. En fait, la croix recueille la plus forte proportion de répondants à l'aise par rapport au port d'accessoires religieux faisant l'objet de ce sondage.

Toutefois, les résultats sont partagés quand il s'agit des autres symboles religieux.

Moins de la moitié des répondants s'estiment très ou assez à l'aise pour le port du voile (49 %) ou du turban (46 %) par les éducateurs en garderie.

Les sous-groupes suivants expriment davantage un sentiment favorable relativement à chacun de ces signes religieux :

- Les personnes dont la langue maternelle est autre que le français sont plus favorables au port du voile en garderie (73 %), comparativement aux francophones (42 %). La différence est aussi notable concernant le port du turban (69 % chez les non-francophones contre 39 % chez les francophones).

- Les répondants ayant obtenu un diplôme universitaire sont plus à l'aise que ceux ayant un diplôme de niveau secondaire ou moins concernant le port du voile (62 % contre 42 %) et du turban (60 % contre 37 %) par les employés des services de garde.

- Ceux qui considèrent qu'il n'est pas urgent de présenter le projet de charte des valeurs québécoises sont aussi plus à l'aise que ceux qui pensent le contraire, concernant le port du voile (68 % contre 22 %) et du turban (65 % contre 20 %).

- La RMR de Montréal se distingue du reste du Québec concernant l'acceptation du port du voile en service de garde (57 % contre 39 % pour les répondants de l'extérieur des RMR de Montréal et de Québec) et du turban (53 % contre 37 % pour les répondants de l'extérieur des RMR de Montréal et de Québec).

Par ailleurs, seulement 41 % des internautes interrogés s'estiment très (24 %) ou assez à l'aise (17 %) en ce qui a trait au port de la kippa par les éducateurs en garderie.

Cette proportion s'avère significativement plus faible que celle observée pour chacun des autres accessoires vestimentaires religieux à l'étude.

De leur côté, les jeunes de 18 à 24 ans sont proportionnellement plus nombreux à se dire très à l'aise avec le port de symboles religieux en garderie que les autres groupes d'âge :

  • La croix : 61 % contre 50 % dans l'ensemble;
  • Le voile : 37 % contre 28 % dans l'ensemble;
  • La kippa : 34 % contre 24 % dans l'ensemble.

Urgence d'adopter une charte des valeurs québécoises

Près de 6 personnes sur 10 affirment aussi qu'il n'était pas très urgent ou pas du tout urgent de déposer un projet de charte des valeurs québécoises.

Plus spécifiquement, les sous-groupes suivants sont davantage de cet avis :

  • Les répondants de la RMR de Montréal (65 %);
  • Les répondants âgés de moins de 34 ans (65 %);
  • Les universitaires (67 %);
  • Les personnes dont la langue maternelle est autre que le français (75 % contre 52 % chez les francophones).

À l'opposé, les sous-groupes suivants croient que ce projet est une priorité urgente (très ou assez urgent) :

  • Les répondants résidant à l'extérieur des RMR de Montréal et de Québec (46 %);
  • Les répondants âgés de 55 ans et plus (47 %);
  • Ceux ayant un diplôme de niveau secondaire ou moins (47 %);
  • Les personnes dont la langue maternelle est le français (44 % contre 23 % chez ceux ayant une autre langue).

La charte des valeurs, un débat de société

Qu'est-ce que l'échantillonnage probabiliste?

L'échantillonnage probabiliste est basé sur la sélection d'un échantillon au hasard - ou aléatoire - à partir d'une population. Il est plus complexe, nécessite davantage de temps et est habituellement plus coûteux, mais produit des estimations fiables, ainsi que des estimations de l'erreur d'échantillonnage.

Dans un échantillonnage aléatoire simple, chaque membre d'une population a une chance égale d'être sélectionné et chaque combinaison de membres de la population a aussi une chance égale de composer l'échantillon.

Un tirage à la loterie constitue un bon exemple : lorsqu'un échantillon de six numéros est généré au hasard à partir d'une population de 49 numéros, chacun de ces derniers a une chance égale d'être sélectionné et chaque combinaison de six numéros a la même chance d'être la combinaison gagnante.

Contrairement à l'échantillonnage probabiliste, l'échantillonnage non probabiliste fait « l'hypothèse » que la distribution des caractéristiques à l'intérieur de la population est égale. Les unités sont choisies arbitrairement, et non aléatoirement, ce qui fait qu'il est impossible de mesurer la fiabilité de l'échantillonnage.

Source : Statistique Canada

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